Monsieur le Premier ministre, Mesdames et messieurs les ministres, Monsieur le Président de la Commission du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale, Mesdames et Messieurs, les membres de la commission, J'ai souhaité donner une certaine solennité au lancement de vos travaux, à la fois pour marquer l'importance que j'y attache personnellement, comme chef de l'Etat, chef des armées, garant de l'indépendance du pays et du respect des traités internationaux, et pour souligner les impulsions nouvelles que j'entends imprimer à notre politique de défense et de sécurité. Pourquoi un livre blanc ? Un livre blanc est un texte de référence qui définit, pour une certaine période, les objectifs d'une politique publique, le cadre dans lequel elle se développe, les choix qu'elle appelle, notamment pour adapter l'Etat. Les livres blancs sur la défense et la sécurité nationale sont d'une nature particulière : ils traduisent concrètement l'ambition de l'Etat sur l'essentiel, c'est-à-dire la survie de la nation. Et dans ce domaine, je fais mienne la phrase du général de Gaulle : " La défense ! C'est la première raison d'être de l'Etat. Il n'y peut manquer sans se détruire lui-même ". Mais aujourd'hui dans le domaine de la défense et de la sécurité nationale, nous avons besoin d'un nouveau cadre. Le Livre blanc dont vous engagez la préparation et que j'approuverai en mars prochain sera le troisième depuis le début de la Vème République, après celui de 1972 et celui de 1994. Il sera différent des précédents. Différent parce que le monde se transforme vite. Différent parce que nos conceptions, notre doctrine, notre organisation doivent s'adapter, en conséquence, plus rapidement, sauf à prendre le risque que l'Etat manque à son premier devoir : protéger la population, le pays, le caractère républicain de ses institutions, les grands choix internationaux qui conditionnent sa sécurité et son bien-être. Différent enfin parce que j'en ai confié la réalisation à une commission au format et à la composition inédits, j'y reviendrai. Mais vous ne partez pas de rien, tout n'est pas à réinventer. Les grandes fonctions de notre défense ; dissuasion, prévention, protection et projection restent valides. Notamment la dissuasion qui reste un impératif absolu sur lequel je me suis déjà clairement prononcé. Dans ce cadre, je souhaite que la réflexion que vous allez mener soit fidèle à la conception française de la défense et de la sécurité : c'est à dire globale dans sa vision du monde, exigeante sur son indépendance, ambitieuse pour l'Europe mais ouverte et pragmatique sur ses alliances, audacieuse dans son approche des droits de l'homme et particulièrement attentive aux régions du monde dans lesquelles la France est historiquement et culturellement présente. J'ai voulu, d'emblée, que plusieurs changements marquent vos travaux. Le premier tient à la nécessaire ouverture qui doit marquer la réflexion. C'est vital si nous voulons faire évoluer notre défense et notre sécurité nationale vers une meilleure prise en compte des enjeux du XXIème siècle. Nous devons construire la sécurité et la défense de demain en fonction des besoins, non en fonction d'habitudes ou de certitudes préétablies. Bien entendu, puisqu'il s'agit de défense et de sécurité, ces travaux, notamment dans la phase de préparation des décisions, appelleront une certaine confidentialité, chacun le comprend. Mais je souhaite une vraie rupture dans les méthodes. J'ai donc demandé au président de votre commission, dont je sais qu'il partage pleinement cette vision, de prêter une attention particulière à la prise en compte d'une grande diversité d'opinions, d'expertises, de sensibilités, politiques, professionnelles et sociales. Cela impliquera des consultations larges auprès des différents acteurs de notre défense et de notre sécurité, à tous les niveaux, avec l'appui des ministres concernés. Vous devrez aussi procéder à des auditions publiques au cours de vos travaux. Il faut sortir des cercles fermés et des réflexions en chambre. Je souhaite donc que vous puissiez recueillir l'avis de personnalités étrangères, notamment européennes, sur l'évolution future de l'environnement international et sur l'idée qu'elles se font de la politique française. Vous pourrez demander l'avis de scientifiques, philosophes ou sociologues susceptibles d'éclairer l'avenir et la pertinence de nos choix. Ou encore faire appel au témoignage et à l'expérience d'acteurs de terrain que l'on a peu l'habitude d'entendre. Pour les mêmes raisons, je vous encourage également à aller à la rencontre de celles et ceux qui, au quotidien, servent la défense et la sécurité nationale : il faut bouger, écouter, apprendre, pour que cette réflexion tienne compte des réalités sociales, professionnelles, humaines que connaissent ceux qui ont choisi de servir la défense et la sécurité du pays. L'ouverture, c'est aussi la présence parmi vous de membres de la représentation nationale et d'élus locaux. J'ai tenu personnellement à ce que le Parlement soit, cette fois, associé à la commission dès l'amont des travaux. Ceux-ci déboucheront, nous le savons, sur plusieurs traductions législatives. C'est en tout état de cause une dimension essentielle pour notre politique de défense et de sécurité nationale, essentielle pour le lien entre la nation, sa défense et ses choix en matière de sécurité. Je salue et remercie chaleureusement les membres des deux assemblées qui ont accepté cette tâche, dans le respect des prérogatives respectives et de la diversité des choix politiques de chacun. Enfin, je tiens à souligner l'appel à contributions que vous allez lancer prochainement, notamment auprès des centres universitaires compétents, et la mise en place à cette fin d'un forum sur Internet. C'est une voie d'expression et de sensibilisation aujourd'hui indispensable. Je l'ai dit, je souhaite que les Français entendent parler de la défense à d'autres occasions que le seul 14 juillet. L'autre changement tient à la conception large de la défense et de la sécurité nationale que je vous demande de définir. Comme vous, j'entends dire depuis des années que la sécurité extérieure de la France et la sécurité de et sur son territoire sont indissociables. Mais je n'en vois pas toujours la traduction concrète dans notre organisation, nos moyens, ou même notre réflexion ! A dire vrai, il faut s'interroger sur l'adéquation à la situation de demain de textes d'organisation de notre défense. Nous sommes tous d'accord pour estimer que la fin de la guerre froide aurait probablement du se traduire de façon plus concrète dans notre organisation et dans nos moyens. Le moment est venu de revoir des textes, certes vénérables comme les ordonnances de 59, mais qui datent d'un demi-siècle. Cette réflexion doit notamment permettre d'accélérer la réforme du ministère de la défense qui est une des clés de cette modernisation. Je laisse cela à votre appréciation : vous pressentez la mienne. Je vous demande de me proposer une stratégie globale de défense et de sécurité nationale actualisées qui garantisse les intérêts de la nation si une surprise stratégique venait à les menacer. Avec pour objectifs majeurs, compréhensibles par tous nos concitoyens, la protection de la population et la défense des intérêts fondamentaux de la nation, y compris ses intérêts européens et internationaux. Sur une base ainsi élargie, je souhaite engager une réforme de l'Etat, pour l'adapter aux défis futurs de notre sécurité, aux dimensions transnationales des menaces et des réponses aux menaces .Il faut à l'évidence décloisonner les services et les administrations, renforcer la dimension interarmées de nos capacités , mieux coordonner l'action interministérielle, être capables d'agir efficacement en coordination avec nos partenaires européens et internationaux, qui se sont dotés de structures modernisées. Les Français attendent de l'Etat qu'il dispose de capacités d'anticipation et de capacités de réaction très rapides. C'est la contrepartie légitimement attendue des efforts, notamment financiers, consentis en faveur de la défense et de la sécurité nationale. Nous nous devons de répondre à cette attente. Anticipation et réactivité seront donc les maîtres mots de cette nouvelle stratégie. Dans ce cadre, il faudra aussi aborder des aspects de cette politique publique qui n'avaient pu être traités à fond en 1994 : bien entendu, les conséquences de la professionnalisation des forces armées sur la relation entre la défense, la sécurité et la société ; mais aussi l'organisation de nos moyens sur le territoire métropolitain et outre-mer, ou encore les dimensions nouvelles de la sécurité civile face aux risques de catastrophes naturelles, de crise sanitaire internationale, ou d'hyper terrorisme. Comme je m'y suis engagé devant les Français, cette réflexion sera conduite sans tabou. Les compétences qui sont ici rassemblées et leur diversité sont un gage de crédibilité. La sécurité des Français exige en effet une identification aussi claire que possible des dangers contre lesquels il faut se prémunir, mais aussi des coopérations et des conditions de paix dans le monde qu'il faut encourager. D'ores et déjà, le terrorisme et la prolifération apparaissent comme des enjeux majeurs. Ils étaient clairement identifiés dans le Livre Blanc de 1994 mais ils sont en passe de franchir un seuil particulièrement inquiétant. Notre sécurité ne s'y réduit pourtant pas. D'autres enjeux, moins évidents, d'autres données, moins connues, seront déterminants ou vont apparaître en pleine lumière dans les années à venir : je pense notamment à toutes les conséquences de la mondialisation. Ne cédons pas aux visions réductrices, simplificatrices ou manichéennes du monde : elles sont rarement un gage de paix, elles ne sont guère dans la tradition de la France. Il est de notre responsabilité de préparer l'avenir en prenant en compte la complexité des enjeux, les causes des conflits possibles, et aussi les raisons d'espérer. Au demeurant, et c'est une dimension essentielle de vos travaux, la France définit sa défense et sa sécurité nationale dans un cadre européen, transatlantique et international. Elle doit être à même de peser dans les organisations qui déterminent la paix et la sécurité internationale, comme de répondre aux obligations qui découlent de sa participation et de sa place au Conseil de sécurité. Il conviendra que vous me fassiez les propositions qui vous paraîtront les meilleures en ce sens. Je souhaite adapter notre politique et nos moyens à ces enjeux. Je souhaite que la France contribue activement à la définition d'un cadre international plus efficace, plus juste aussi, qui réponde aux défis des quinze ans à venir. Car, là également, réside l'une des clés de la sécurité des Français. Enfin, votre travail, large et libre, devra être opérationnel et conclusif. Votre rôle est d'aider à déterminer des choix particulièrement importants pour le pays : objectifs hiérarchisés de défense et de sécurité nationale, stratégie, équipements, formats des forces, financement, ressources humaines, cohérence de l'effort de renseignement, politique industrielle et de recherche. Rien ne doit vous être étranger. La tâche est rude, car les contraintes sont multiples, les nécessités de changement importantes et l'héritage lourd. J'ai fixé le cadre général de l'effort de la nation autour de 2% de la richesse nationale. C'est une indication importante pour vos travaux. Cet objectif doit permettre à la France de se doter des capacités nécessaires et de rester dans le peloton de tête des nations européennes, avec le Royaume Uni. Les arbitrages et décisions relèveront du chef de l'Etat. Leur traduction législative, qui sera sans doute diversifiée compte tenu du champ qui vous est assigné, sera soumise au Parlement par le gouvernement. Il conviendra, à cette fin, de disposer de scénarios crédibles, de choix clairs. Je ne me déroberai pas, quant à moi, aux responsabilités que m'ont confiées les Français. Il me reste, Monsieur le conseiller d'Etat, Mesdames, Messieurs, à vous remercier d'avoir accepté de consacrer votre temps, votre énergie et votre expérience à cette entreprise essentielle de modernisation de notre défense et de notre sécurité. Monsieur le Président, Comme vous en avez été informé par notre représentation diplomatique à la fin de la semaine dernière, les recherches engagées pour connaître les circonstances du naufrage au large des côtes bretonnes, le 17 août, du navire de pêche français " Sokalique " ont amené les Autorités françaises à s'interroger sur la possible implication dans cet accident du navire " Ocean Jasper " battant pavillon du Kiribati. Les premiers éléments recueillis au cours de cette enquête technique et administrative entreprise dans le respect de l'esprit de coopération et des prérogatives de l'Etat du pavillon établis par la Convention sur le droit de la mer, font apparaître un faisceau d'indices (traces de peinture sur la coque, aveu du capitaine d'avoir été impliqué dans une collision) de nature à engager la responsabilité de ce navire dans l'accident. Toutefois, ces investigations à caractère technique ne pourront être poursuivies avec toute l'efficacité voulue que dans le cadre d'une enquête judiciaire diligentée à la demande des Autorités du Kiribati. Le naufrage du " Sokalique " et la mort de son capitaine ont soulevé une très vive émotion en France et plus particulièrement sur le littoral breton. Les accidents de ce type y sont en effet d'année en année de plus en plus nombreux. L'opinion publique française demande à ce que justice soit faite. Votre pays n'est, naturellement, en rien mis en cause dans cette affaire. Bien au contraire, la France sait qu'elle peut compter sur votre entière compréhension de l'émoi suscité par cet accident tragique. Aussi, de manière à ce que toute la lumière soit faite sur ce naufrage, vous serais-je reconnaissant, Monsieur le Président, de bien vouloir donner instructions aux Autorités compétentes de votre pays, de demander au plus vite à leurs homologues françaises d'immobiliser l'" Ocean Jasper " dans le port français de Brest où il se trouve actuellement ainsi que d'ouvrir au titre de la coopération prévue en la matière par la Convention sur le droit de la mer, une enquête judiciaire sur les circonstances du naufrage. Par ailleurs, une décision des Autorités de Kiribati de confier aux juridictions françaises le soin de se prononcer sur les éventuelles responsabilités de l'" Ocean Jasper ", de son capitaine et de son équipage dans le naufrage du " Sokalique " serait perçue ici comme une décision de nature à apaiser l'émotion que ce naufrage a suscitée, et un acte d'une profonde et sincère amitié entre nos deux pays. C'est pourquoi je vous serais particulièrement reconnaissant si vous acceptiez de prendre une décision de transfert de compétence juridictionnelle en faveur des tribunaux français dans cette affaire. Je vous prie d'agréer, Monsieur le Président, l'expression de ma très haute considération. Mesdames et Messieurs, bonjour. J'ai voulu en présence de Rachida DATI, la Garde des Sceaux et de Roselyne BACHELOT, la ministre de la Santé, de la Jeunesse et des Sports, d'abord recevoir le père et le grand-père du petit Enis qui a été enlevé et qui a subi des violences sexuelles dans des conditions particulièrement scandaleuses. Puis, j'ai voulu tenir une réunion avec le Premier ministre, avec la ministre de l'Intérieur, avec la Garde des Sceaux et avec la ministre de la Santé, pour tirer les conséquences d'une situation inacceptable qui a beaucoup choqué les Français. Tout doit être mis en œuvre pour que cela ne se reproduise pas. Que s'est-il passé ? Un individu qui, dans sa vie, a commis plusieurs viols sur mineurs, a été condamné à vingt-sept années de prison. Il en a effectué dix-huit. Je ne comprends pas que l'on soit condamné à vingt-sept années de prison, et que l'on en fasse que dix-huit. J'ai donc demandé au Garde des Sceaux qu'elle prépare un texte pour le mois de novembre, parce qu'il y aura une loi pénitentiaire en novembre qui intégrera ses propositions. Concernant les délinquants sexuels, la question des remises de peine ne doit se poser qu'en fin d'exécution et non au début. Aujourd'hui, un homme qui est condamné à vingt-sept ans de prison, sait qu'il n'en effectuera que dix-huit. Deuxième remarque : tout le monde savait que cet individu était dangereux. Les médecins le savaient, ses codétenus le savaient, les magistrats le savaient. Et pourtant, cet homme a pu sortir, a pu mentir, c'est-à-dire donner une fausse adresse, a pu disparaître, a pu kidnapper un enfant et a pu lui faire subir un traitement indigne. Cette situation n'est pas acceptable. Je ne peux pas accepter, en tant que chef de l'Etat, que l'on ait fait inscrire dans la Constitution le principe de la précaution et que ce principe de précaution que j'ai voté par ailleurs, ne s'applique pas aux victimes innocentes. Et des cas de cette nature, il y en a eu dans le passé, de nombreux. J'ai donc demandé au Garde des Sceaux, au ministre de la Santé de rédiger au mois de novembre, un texte qui marquera clairement la différence entre l'exécution de la peine conséquence d'un crime et les questions de sûreté. Un détenu, comme ce M. EVRARD, ne pourra pas sortir de prison uniquement parce qu'il a exécuté sa peine. Des détenus de ce type, à la fin de leur peine, seront examinés par un collège de médecins. Si ce collège reconnaît leur dangerosité, ils ne seront pas remis en liberté, ils iront dans un hôpital fermé où ils seront soignés. Ceux qui n'accepteront pas d'être soignés, resteront dans cet hôpital fermé, le temps qu'on estimera qu'ils sont dangereux. Ceux qui accepteront d'être soignés, pourront avoir des permissions pour sortir de cet hôpital fermé mais ils le feront en portant un bracelet électronique et en suivant un traitement, traitement hormonal appelez-le comme vous le souhaitez ou non, castration chimique. Les mots ne me font pas peur. On ne peut pas laisser en liberté des prédateurs, des malades, des gens qui peuvent tuer et briser la vie d'enfants. Quand on a violé plusieurs fois des mineurs, même une fois, on ne vous demande pas votre avis pour savoir si vous voulez être soigné. Vous présentez un danger grave pour les enfants, pour la société et ce n'est pas à vous de décider si vous êtes soignés ou pas. Le premier hôpital fermé de ce type dédié aux pédophiles sera ouvert à Lyon en 2009, de façon à ce qu'il n'y ait aucune ambigüité sur notre volonté d'agir et d'agir rapidement. Par ailleurs, la ministre de la Santé, Roselyne BACHELOT prépare un ensemble de mesures pour améliorer, Dieu sait si elle en a besoin, le traitement des malades psychiatriques actuellement en prison. Voila les mesures que nous avons voulu prendre et j'ai voulu que nous réagissions extrêmement rapidement car on ne peut pas se retrouver dans la même situation avec une autre victime innocente dans les semaines ou les mois qui viennent. Mon devoir de chef de l'Etat, c'est d'agir, d'être à l'écoute de ce qu'il se passe dans la société française et de prendre les bonnes décisions au bon moment. Je respecte le droit des coupables. Je comprends parfaitement que chaque homme a le droit d'être défendu et de se défendre. Je reconnais bien volontiers que chacun ne doit pas être laissé seul face à son propre destin. Mais mon devoir, c'est de protéger les victimes et de tirer les conséquences d'un effroyable désastre. Car c'est un désastre, que de laisser sortir de prison, un homme dont tout le monde sait qu'il est dangereux. Vous savez que je n'emploierai pas la langue de bois. Je dis les choses telles que je les pense. Quand je me suis retrouvé devant la famille d'Enis, je me suis dit et si j'avais été à leur place. Je demande à chacun de réfléchir. Qu'est-ce qu'on dirait de l'Etat et quelle serait ma part de responsabilités si j'avais considéré que, parce que l'on était au mois d'août, il ne fallait pas réagir et ne pas prendre de décisions. Le premier des droits à défendre, c'est le droit de la victime. Je ne mets la pression sur personne. Je comprends parfaitement qu'il puisse y avoir des failles, des erreurs humaines. Mais là, c'est un désastre parce que tout le monde savait qu'il était dangereux. Et donc, on ne devait pas le laisser sortir. La loi ne prévoit pas justement ce que l'on fait des individus dangereux. D'autres pays, comme l'Allemagne notamment, ou la Hollande, ont des dispositions de ce type, qui font la différence entre la peine et la sûreté. La France va se doter du même dispositif et chacun prendra ses responsabilités. Il ne s'agit pas d'être répressif. Il s'agit de tirer les conséquences d'une faille épouvantable dans notre dispositif. De tirer les conséquences rapidement afin que cela ne se reproduise pas. En tout cas, je ne laisserai pas des prédateurs de ce type en liberté alors même que de tels drames auraient pu être évités. Vous savez très bien que c'est pour moi une préoccupation constante depuis que j'ai été ministre de l'Intérieur, que j'ai développé le FNAEG et demandé que les obligations de suivi des délinquants sexuels soient renforcées. Voila, Mesdames, Messieurs, les décisions que j'étais amené à demander au gouvernement de prendre. QUESTION – Cela s'accompagne-t-il de moyens supplémentaires pour la justice ? LE PRESIDENT – Je viens d'annoncer qu'un hôpital dédié aux pédophiles sera ouvert à Lyon en 2009. J'ai demandé à Roselyne BACHELOT de prévoir un autre établissement pour les détenus psychiatriques de façon à renforcer considérablement le suivi psychiatrique des détenus. Mais, en l'occurrence, ce n'était pas une question de moyens. Cette personne qui sort, tout le monde sait que c'est dangereux, qu'elle est dangereuse. Ne me dites pas que l'on n'avait pas les moyens de suivre un homme de cette nature. On ne peut pas tout mettre sur la question des moyens. On ne peut pas tout mettre sur la question de la fatalité. La vérité, c'est que les uns disent : « la peine a été exécutée, il était donc libre ». Les autres, la famille, me disent « que faisait le prédateur dehors » C'est mon rôle de chef de l'Etat de tirer les conséquences d'un vide juridique qui fait que des hommes de cette nature, des individus de cette nature, on ne peut pas dire que l'on les remet en liberté uniquement parce qu'ils ont fait leur peine. Et j'ajoute que, de mon point de vue, quand on doit faire vingt-sept ans de prison, on fait vingt-sept ans de prison et pas dix-huit. Voila ce que j'ai voulu dire et les décisions que j'ai voulu prendre. On ne peut pas simplement dire aux contribuables : il n'y a pas assez de dépenses, il n'y a pas assez d'argent, il n'y a pas assez de moyens. Parce que, en l'occurrence, les moyens étaient suffisants pour dire que cet homme était dangereux. Moi, après, il ne m'appartient pas de me prononcer sur le fait de savoir si on lui a prescrit ou pas du viagra. Cela rajoute à l'odieux. Mais il ne m'appartient pas de me prononcer. La justice enquête. Un certain nombre de services enquêtent. Ce n'est pas à moi de le dire. Moi, vous savez, je dois tirer les conséquences de ce qui s'est passé. Et je dois le faire comme si cela était arrivé à quelqu'un de ma famille. Je demande à chacun d'y réfléchir. Ce n'est pas une question de gauche ou de droite. C'est une question de bon sens. Il y a dans notre société, un certain nombre de malades. Dans nos prisons, à l'heure actuelle, il y a 6 000 délinquants sexuels qui ont violé ou porté atteinte sexuellement à des mineurs. Je ne peux pas simplement considérer qu'il est normal qu'ils sortent de prison uniquement quand ils auront fait leur peine. Imaginez ce que cela représente 6 000 personnes. S'ils sont malades, on les soigne. S'ils ne veulent pas se soigner, ils ne sortent pas. On ne peut pas considérer que l'on va traiter un délinquant sexuel qui viole un mineur comme un patient normal qui va chez le médecin de quartier pour demander à être soigné pour une angine. Ce n'est pas la même chose. Les principes, c'est parfaitement nécessaire dans un état de droit, mais moi, le principe, en chef de l'Etat, je suis là, garant de la protection des Français et notamment des victimes. Il y a ceux qui disent : vous réagissez parce qu'il y a eu l'enlèvement du petit Enis. Mais, bien sûr ! Vous imaginez que je ne dois pas réagir devant un scandale de cette nature. Je dois rester insensible. Je dois considérer que c'est la faute à pas de chance. Que c'est la fatalité. Qu'il n'y a aucune conséquence à en tirer. Non. J'étais en colère, parce que la vie de cet enfant s'est jouée à très peu de chose. La vie de cet enfant s'est jouée au courage d'un cafetier qui a donné tout de suite des renseignements à la police, à la vigilance des policiers que je veux féliciter pour la qualité du travail, au plan enlèvement qui a été mis en œuvre. Je veux les féliciter. Mais je dois tirer les conséquences de cela et je dois les tirer rapidement. La Garde des Sceaux proposera un texte qui sera examiné par le Conseil des ministres dans les toutes prochaines semaines, passera au Conseil d'Etat, et sera défendu devant le Parlement au mois de novembre, au plus tard. Je n'ai pas dit « plus aucun pédophile dehors ». J'ai dit « que les délinquants sexuels ne sortiraient de prison qu'à deux conditions : l'exécution de leur peine, première condition et l'examen par chacun d'entre eux par un collège de médecins pour voir s'ils sont dangereux ou pas. Aujourd'hui, un homme dangereux qui a exécuté sa peine, sort de prison. Je veux que cela cesse. QUESTION –Est-ce que c'est possible de généraliser le bracelet qui est assez peu répandu en France justement pour surveiller ces personnes ? LE PRESIDENT –J'ai demandé au Garde des Sceaux d'envoyer une circulaire, dès demain, pour demander l'extrême vigilance pour les délinquants sexuels, en attendant le vote de cette nouvelle loi, qui sortent de prison, pour que les conditions de suivi de leur contrôle judiciaire et du respect du traitement médical soient renforcés. Merci à vous. | Mes chers compatriotes de Martinique et de Guadeloupe, Les Antilles françaises viennent d'être durement touchées par le cyclone DEAN. Mes premières pensées vont aux victimes, heureusement peu nombreuses. Je veux, à cet égard, saluer l'efficacité de la gestion de l'alerte par les autorités locales et le sens civique des Martiniquais et des Guadeloupéens qui ont fait preuve d'un grand sang-froid, sans lequel le nombre des blessés aurait pu être plus important. Je sais que les dégâts matériels sont, en revanche, considérables. Même si les grandes infrastructures ne semblent pas avoir été trop endommagées, un certain nombre d'habitations ont subi des avaries. Par ailleurs, beaucoup d'exploitations agricoles ont été ravagées, notamment les plantations de bananes. C'est la raison pour laquelle, avec le Premier Ministre, j'ai demandé à Christian ESTROSI de venir, dès aujourd'hui, à votre rencontre afin d'évaluer, sur le terrain, l'ampleur des dégâts. Je veux, sans attendre, exprimer à chacun d'entre vous ma profonde sympathie et mon soutien personnel. Je veux aussi que vous sachiez que l'État sera présent à vos côtés car la France de métropole et la France d'outre-mer constituent une unité indivisible. Nous partageons, ensemble, les joies comme les peines. La solidarité nationale s'exercera donc pleinement à votre égard. Monsieur le Président, C'est avec beaucoup d'émotion que j'ai pris connaissance du bilan du violent séisme qui a frappé votre pays ce mercredi 15 août. Dans ces circonstances douloureuses, je tiens à vous adresser, au nom du peuple français comme en mon nom personnel, mes condoléances attristées. Je vous saurais gré de bien vouloir les transmettre aux familles et aux proches des victimes, que je tiens à assurer de la solidarité du peuple français en ces moments dramatiques. La France est disposée, si vous le jugiez nécessaire, à répondre à toute demande d'aide humanitaire de votre part. Je vous prie d'agréer, Monsieur le Président, l'expression de ma haute considération. Madame le Chancelier, Chère Angela Les évènements qui affectent actuellement les marchés financiers mondiaux constituent un sujet d'intérêt commun pour le groupe des pays du G7 dont vous assurez la Présidence cette année. Les corrections de marché que nous constatons amènent les autorités compétentes dans chacun de nos pays à être très vigilantes face aux évolutions de la situation. En particulier, les banques centrales sont intervenues pour apporter de la liquidité quand elle était nécessaire. Je me félicite que les régulateurs de place et les autorités monétaires puissent ainsi coordonner leurs efforts. Je suis convaincu que ces mouvements de marché ne sauraient affecter durablement la croissance de nos économies, qui est robuste. Pour autant, et tout en restant extrêmement attentifs aux évolutions de la situation, il me paraît de notre responsabilité de chefs d'Etat et de gouvernement de tirer dès à présent les conséquences et les enseignements des évènements qui affectent les marchés. Il me semble en effet essentiel que nous veillions à la transparence du fonctionnement des marchés et à la capacité pour ces derniers de financer de façon efficace et stable l'économie mondiale. Des travaux significatifs ont déjà été menés dans ce domaine. Ainsi, les institutions financières internationales, notamment le Fonds Monétaire International et le Forum de Stabilité Financière, ont relevé la solidité des fondamentaux économiques et les innovations utiles intervenues dans les marchés. Ils avaient cependant souligné depuis plusieurs mois les très faibles niveaux de valorisation du risque, tout particulièrement sur les marchés des crédits hypothécaires américains. Ils nous mettaient également en garde contre la trop faible différenciation des risques dans les prix de marché. Mon appréciation est que, pour aller au-delà de ces travaux et apporter une réponse que chacun attend aux évolutions constatées au cours des derniers jours, nous devons d'abord veiller à la transparence des marchés internationaux. C'est le principal instrument de régulation sur lequel nous pouvons nous appuyer. Il nous permet de progresser tout en poursuivant les objectifs de croissance mondiale que nous partageons. Ainsi, nous constatons que les opérations de titrisation qui se sont développées de façon très dynamique au cours des dernières années ont certes contribué à financer le développement de nos économies, mais ont, dans le même temps, transféré des risques bancaires sur de très nombreux acteurs économiques. Chacun constate que les porteurs finaux de ces risques sont très mal identifiés aujourd'hui et que cette méconnaissance est, en elle-même, un facteur d'instabilité : elle peut jeter le doute, souvent à tort, sur la situation financière d'acteurs économiques sans lien direct avec le risque initial. Il me semble donc utile d'assurer les moyens d'une meilleure connaissance par les acteurs de marché et par les superviseurs des risques auxquels ils sont réellement exposés. De même, nous devons nous interroger sur le rôle exact que doivent jouer les agences de notation dans la cartographie des risques. Il leur revient en effet d'apprécier la solidité des produits grâce auxquels les transferts de risque de crédit sont réalisés. Leur rôle, qui conjugue la mise au point de ces produits et la notation de ces risques, doit faire l'objet d'un examen attentif. Cet examen doit également porter sur le rôle et la responsabilité des banques dans le bon fonctionnement des marchés de crédit. Enfin, compte tenu de la dispersion très large des risques dans les réseaux d'investisseurs, nous devons veiller à l'efficacité de nos systèmes d'alerte et à la diffusion efficace de la liquidité à l'ensemble des acteurs économiques qui peuvent être confrontés aux mouvements soudains affectant les marchés de crédit : il faut se mettre en mesure d'éviter une contagion injustifiée de tensions locales à l'économie réelle. Naturellement, les axes de progrès que j'esquisse ainsi ne doivent pas nous conduire à instaurer des mesures qui seraient de nature à rigidifier le financement de nos économies et à brider la croissance mondiale. Il s'agit bien plutôt pour moi de vous proposer de faire progresser encore la connaissance que nous avons du fonctionnement des marchés internationaux et la vigilance collective que leur développement et leur importance justifient. Au vu de l'analyse que je fais et que je souhaitais partager avec vous et avec nos autres collègues du G7, à qui j'adresse copie de cette lettre, je vous propose de demander à nos ministres des Finances de porter leur attention sur ces enjeux dans les semaines à venir, en liaison avec nos Banques Centrales, le Forum de Stabilité Financière et le FMI. A ce titre, ils pourraient nous soumettre un rapport d'analyse et de propositions lors de leur réunion d'octobre prochain à Washington. Je vous prie d'agréer, Madame le Chancelier, l'expression de mes respectueux hommages. Le Président de la République félicite les équipes de l'Agence Spatiale Européenne, le Centre National d'Études Spatiales, Arianespace et l'industrie spatiale européenne pour la mise sur orbite réussie des satellites Spaceway 3 et BSAT-3a lancés depuis Kourou dans la nuit du 14 au 15 août. Ce succès est la juste récompense du travail, de la rigueur et de l'excellence technologique. Ce lancement représente le 19ème lancement réussi d'affilée d'Ariane 5. Cela souligne la fiabilité de ce lanceur, par ailleurs le seul lanceur commercial au monde capable de lancer deux charges utiles simultanément. Chère Madame, Vos deux courriers relatifs à l'interdiction de diffusion par le BVP de spots télévisés dénonçant la corrida, et à la contradiction entre cette position et le fait que les arènes ne soient pas interdites aux enfants et aux adolescents, me sont bien parvenus. Soyez assurée que je les ai lus avec attention et que je suis sensible au fait que vous soyez prête à vous déplacer de Las Vegas pour me rencontrer à Wolfeboro. Je comprends votre préoccupation concernant la protection des enfants et respecte votre point de vue sur la corrida. Cela étant, la question que vous posez soulève en réalité plusieurs problèmes et engage de multiples parties. Je souhaite qu'elle soit abordée dans le cadre d'un dialogue ouvert à tous et transparent. Cela ne serait pas le cas si je vous recevais seule à Wolfeboro. Le Grenelle de l'environnement, qui se tiendra à l'automne, sera l'occasion d'aborder la question des rapports entre la publicité et l'environnement. D'ici là, je veillerai à ce que la demande que vous avez formulée soit étudiée par le gouvernement et qu'une réponse vous soit apportée au plus vite. Je vous prie d'agréer, chère Madame, l'expression de mes respectueux hommages. Le décès de Heinz Barth, l'un des responsables nazis du massacre de 642 civils dont plus de 200 enfants à Oradour-sur-Glane le 10 juin 1944, dans des conditions d'une barbarie et d'une atrocité inouïes, rappelle à la France l'un des épisodes les plus tragiques de son histoire. Le Président de la République s'associe à la mémoire des victimes et à la douleur de leurs descendants | Monsieur le Président, Je tiens à vous remercier très sincèrement pour le message de félicitations que vous avez bien voulu m'adresser à propos du discours que j'ai prononcé à l'Université de Dakar le 26 juillet dernier. Je suis très touché que vous ayez pris le temps de lire ce discours auquel j'accordais une importance toute particulière et suis sensible à votre proposition de porter mon message au peuple sud-africain mais aussi au continent africain tout entier. Venant de vous qui êtes un des dirigeants qui incarnez la fierté retrouvée de l'Afrique et qui contribuez sans relâche à insuffler une nouvelle dynamique à ce continent, je ne peux qu'être honoré d'un tel jugement. Vous voulez bien souligner « le courage et la franchise » de ce discours de Dakar. Je vous en remercie. Mais vous le savez, l'Afrique a besoin d'amis francs pour relever les défis auxquels elle doit faire face et je suis convaincu qu'elle y parviendra. Soyez persuadé, Monsieur le Président, que vous pouvez compter sur la France et sur moi-même dans vos efforts en faveur d'une renaissance africaine. J'espère vivement avoir très vite l'occasion d'un échange avec vous sur ce sujet. Je vous prie d'agréer Monsieur le Président, l'assurance de ma haute considération et amicale. Madame le Ministre, Depuis plusieurs années, les attractions et manèges fréquentés par nos compatriotes lors des fêtes foraines se sont considérablement transformés, devenant toujours plus rapides et plus spectaculaires. Dans le même temps, plusieurs accidents sont intervenus, dont le dernier particulièrement grave à Saint-Germain-en-Laye samedi dernier. Les forains et leurs représentants eux-mêmes demandent un changement de la réglementation pour tenir compte de ces évolutions. C'est pourquoi je vous demande de prendre dès aujourd'hui les dispositions nécessaires pour que, d'une part, la sécurité des manèges et attractions en service sur l'ensemble du territoire français soit immédiatement vérifiée et confortée, d'autre part, la réglementation en vigueur et les modalités de sa mise en œuvre soient modernisées pour préserver en toutes circonstances l'intégrité physique de tous ceux de nos concitoyens qui utilisent ces attractions. Les fêtes foraines sont des moments de joie pour les Français. Elles ne sauraient devenir des moments de drame. Je vous remercie de me faire part des dispositions que vous aurez prises et d'associer naturellement l'ensemble des acteurs concernés. Je vous prie d'agréer, Madame le Ministre, l'expression de mes respectueux hommages. C'est à l'occasion de la 23ème édition du Festival de Ramatuelle, que je souhaite rendre un hommage particulier à Jean-Claude Brialy qui nous a quitté au printemps dernier. Il était comme vous le savez l'un des personnages préféré des français et c'est cet ami commun que je tiens à honorer ce soir encore. Nous avons perdu avec lui, je le redis, un grand comédien de cinéma, de théâtre et de télévision, un humaniste gourmand, un mémorialiste inépuisable, une sentinelle de la nuit de la fête et de la poésie. Mais il était aussi, vous le savez, un entrepreneur, un directeur de salle et un créateur de festival de théâtre. Au-delà de sa carrière cinématographique de près de 200 films qui lui a permis d'associer son nom à l'œuvre des plus grands notamment avec Jean-Luc Godard, Claude Chabrol, Jean Renoir, François Truffaut, Louis Malle, Philippe de Broca, Eric Rohmer ou Luis Buñuel (que de géants !), c'est à cet aspect particulier de sa très riche personnalité que je souhaite m'attacher. En effet, c'est avec vous, chère Jacqueline Franjou, que Jean-Claude a fondé le Festival de Ramatuelle, cette entreprise théâtrale à l'alchimie presque étrange que vous avez-vous-même qualifiée de « rencontre entre l'artiste et l'entrepreneur ». Ce festival qui a célébré ses vingt-trois ans d'existence l'année dernière est devenu avec le temps l'une des manifestations importantes de nos soirées culturelles estivales. Imaginiez vous ce succès et cette reconnaissance du public lorsque vous l'avez créé avec Jean-Claude à travers champs, l'espace, sinon d'une nuit, du moins de quelques semaines, au milieu des figuiers et des odeurs de lavande ? Soirées de théâtre classique ou contemporain, nuits de poésie, de musique, one man shows, spectacles de variété···tous les genres artistiques se sont succédés sous la voûte des cieux de Ramatuelle au service du public le plus large : le public ! Par son intelligence, sa finesse mais aussi sa générosité, Jean-Claude Brialy a su inscrire tous les genres de spectacles sans exclusive au programme de son festival : c'était la recette de son succès. Notre tristesse au moment de sa disparition est désormais remplacée par l'espérance puisque son œuvre perdure, grâce à tous qui poursuivez son oeuvre, mais aussi grâce à son cher public venu si nombreux ce soir. Ainsi nous sommes, encore une fois, les invités de cet ami élégant et généreux que nous avons perdu. J'aime à penser cependant qu'il est parmi nous ce soir, quelque part dans la salle : Bonsoir Monsieur le Directeur ! Monsieur le Président, Nous souhaitons étudier le rapprochement des missions, des structures et des modes de financement des grandes institutions publiques en charge de la formation, de la recherche et de l'analyse des questions de sécurité et stratégiques. Ce travail portera notamment, sans que ce champ soit exclusif, sur l'Institut des hautes études de défense nationale, l'Institut national des hautes études de sécurité et l'Institut d'études et de recherche pour la sécurité des entreprises. Nous désirons également que soit étudiée la façon de dynamiser et de favoriser la cohérence des travaux des institutions financées par des fonds publics, ainsi que des universités. Au vu des nombreuses missions que vous avez conduites au sein de l'Observatoire National de la Délinquance et de votre expertise sur ces sujets, nous vous demandons de bien vouloir présider un groupe de travail dont vous voudrez bien nous proposer la composition, qui sera chargé de cette étude. Vous vous entourerez des avis des responsables des structures concernées et de tous autres que vous jugerez utiles. Vous disposerez des moyens humains et administratifs nécessaires. Vous voudrez bien vous mettre en relation, sur les sujets communs, avec la commission du livre blanc sur la défense et la sécurité nationale afin de garantir la cohérence de vos travaux respectifs. Vous voudrez nous rendre compte de vos constatations et propositions au plus tard à la fin du premier trimestre 2008. Nous vous prions de croire, Monsieur le Président, à l'assurance de nos sentiments les meilleurs. Mesdames et Messieurs Je voudrais tout d'abord vous dire que cela me fait quelque chose de très particulier d'être parmi vous, au côté de notre ministre de l'Intérieur, Michèle ALLIOT-MARIE, en présence des élus de ce département. Ce n'est pas la première fois que je viens à Evry, mais c'est la première fois que j'y viens en tant que Président de la République. J'ai souhaité placer cette visite sous le thème de la fidélité : fidélité que je dois aux femmes et aux hommes de la sécurité intérieure, fidélité au travail que nous avons réalisé ensemble, fidélité aux engagements que j'ai pris pendant la campagne présidentielle. La France peut s'enorgueillir de disposer en toutes circonstances de 150.000 policiers, de 100.000 gendarmes et de 250.000 pompiers, civils et militaires, professionnels ou volontaires, qui assurent leur protection, leur sauvegarde, et leur sécurité. Je vous connais bien. J'ai été à vos côtés durant ces années, dans vos joies, vos réussites. J'ai admiré votre courage, votre professionnalisme pour affronter les situations les plus difficiles. J'ai été avec vous aussi dans ces instants sombres, que l'on ne peut pas banaliser, auxquels personne ne peut s'habituer. Il y a quelques semaines encore, un jeune policier, Reynald CARON, a trouvé la mort à la foire du Trône. La justice, M. le Président, M. le Procureur, dira les responsabilités. Mais cette violence n'est plus tolérable. Cette violence qui aboutit à la mort d'un jeune homme de 31 ans, qui avait voué sa vie au service des autres, je ne peux l'accepter, comme je ne peux accepter l'assassinat du lieutenant colonel AMBROSSE ou le décès du Major JOACHIM de la gendarmerie nationale. Je ne peux accepter les drames que cette violence provoque dans leurs familles, pour leur épouse, leur conjoint, leurs enfants··· Que vaut mon soutien si sincèrement prodigué face à des pertes inacceptables, irréparables pour une famille ? Au nom de quoi faudrait-il trouver normal de frapper quelqu'un, sous le prétexte qu'il est policier ? 4.711 fonctionnaires de police ont été blessés en mission de police en 2006 : Parmi ceux-ci, certains de vos collègues, le capitaine AUBRIOT, le gardien AUDIFFREN aux Tarterêts, et bien d'autres encore. Je n'accepte pas que les représentants de l'Etat soient insultés, soient menacés, soient agressés. Je veux que cette violence fasse l'objet d'une tolérance zéro, parce qu'il s'agit de la dignité de ces fonctionnaires, de la dignité de l'Etat, parce qu'à travers vous c'est à l'autorité de l'Etat que l'on porte atteinte, c'est la République que l'on offense. Cette violence gratuite n'appelle que la sévérité. S'il est légitime de vous accorder un soutien sans faille lorsque vous êtes injustement attaqués, je veux vous rappeler que les fautes graves commises, les compromissions, les abus d'autorité ne sauraient faire l'objet d'aucune mansuétude. Les détenteurs de l'autorité que vous êtes doivent l'exercer avec discernement et sens de la responsabilité. Je suis meurtri quand je rencontre les parents du petit Nelson, tué par un véhicule de police qui ne respectait aucune des règles de conduite en dehors de toute urgence. Il vous appartient, à tous les niveaux de la hiérarchie, d'être exemplaires et d'être irréprochables. Quand l'un d'entre vous se comporte mal, c'est toute l'institution qui en supporte les conséquences. J'y ai toujours veillé. Je sais que Michèle ALLIOT-MARIE le fera de la même façon, c'est-à-dire de façon intraitable. La pensée unique nous disait qu'on ne pouvait rien faire contre la délinquance, que c'était la violence, que c'était la société qui était comme ça, que pour faire reculer l'insécurité et la violence il fallait changer la société. Nous avons prouvé qu'une autre politique était possible, qu'il fallait arrêter de chercher des excuses aux délinquants, qu'il fallait arrêter de faire comme si toutes les causes de la violence étaient dans la société et aucune dans les voyous, qu'il fallait concentrer les moyens de la police sur les missions qui sont les siennes : identifier ceux qui commettent des délits, les rechercher, les arrêter les mettre à la disposition de la justice. On m'a dit qu'il ne faut pas créer de tension, qu'il ne faut pas donner de prétexte aux casseurs, qu'il faut à tout prix éviter de créer les conditions de l'affrontement. Je connais ce raisonnement. Est-ce que l'on veut que la police se dérobe ? Est-ce que l'on veut que la police ferme les yeux ? Est-ce que l'on veut que la police n'interpelle pas les fraudeurs ? Est-ce que l'on veut que la police laisse les voyous libres d'agir ? Moi je ne le veux pas. Si nous interdisons aux policiers de poursuivre les délinquants de peur qu'il leur arrive un accident, quelle société préparons-nous à nos enfants ? Ne rien faire parce que l'on veut avoir la paix, pratiquer une forme d'angélisme où on se voile la face pour ne pas voir ce qui se passe, interdire aux policiers d'intervenir pour éviter tout incident serait une politique irresponsable. Si le fait d'être mineur excuse tout, si nous laissons le petit voyou devenir un héros dans son quartier faute de sanction susceptible de faire réfléchir ceux qui seraient tentés de l'imiter, si le petit caïd, après chaque délit, revient impuni dans sa cité pour y être accueilli en héros, c'est une insulte à la République et c'est une injure à son propre avenir. Car cette impunité va conduire le petit voyou à recommencer et à servir d'exemple aux autres. Si on continue comme cela, la société se défera jusqu'au jour où l'autodéfense s'installera et l'Etat ne pourra plus agir. Cela sera la négation de la République. L'ordre, c'est l'échelle des valeurs qui est reconnue. L'ordre c'est la sécurité des personnes et des biens. Entre 1997 et 2001 la délinquance avait augmenté de 15%. Depuis, elle a chuté de 13,5%. En 2001, on interpellait un auteur de crimes et délits sur 4. Aujourd'hui, on en interpelle 1 sur 3. Ce n'est pas encore assez. Mais si la stratégie que nous avions retenue n'était pas la bonne - peut-être qu'il y en a des meilleures - alors qu'est-ce que l'on doit dire de celles d'avant ? Bien sûr qu'il y a des progrès à faire. Mais ces chiffres sont incontestables. Il y a des indicateurs plus précis qui montrent que des améliorations ont été réalisées dans tous les domaines. Je veux vous rendre hommage pour l'efficacité de votre travail. On a mis en œuvre beaucoup de réformes. La loi de programmation pour la sécurité intérieure a été scrupuleusement respectée. Nous avons donné beaucoup de moyens à la police scientifique et technique. Je ne saurais trop recommander à Michèle ALLIOT-MARIE d'abandonner cette culture de l'aveu, si ancrée dans la police, pour aller vers la culture de la preuve, par le biais de la police scientifique et technique, qui ne doit pas être simplement réservée aux grandes affaires, mais qui doit être dans les commissariats pour vous donner tous les moyens de faire votre travail. Je sais que beaucoup reste à faire, et je sais que rien n'est plus important que le respect de la parole donnée. Il faut un Etat fort. Il faut combattre l'impuissance publique. Mais le rôle du Président de la République, c'est de veiller à l'application de la loi et de protéger les honnêtes gens. Je me suis engagé à faire du rétablissement de l'autorité républicaine une priorité. Sans autorité, il n'y a pas de vie en société possible. Je dois dire que le mot autorité ne me fait pas peur. L'autorité, ce n'est pas l'autoritarisme. L'autorité ce n'est pas l'obéissance aveugle, c'est l'obéissance consentie. L'autorité ce n'est pas la crainte, c'est le respect. L'autorité ce n'est pas la force, c'est la légitimité. Mais arrêtons de faire croire que la contestation systématique de toute forme d'autorité conduirait à l'amélioration de la société. Il faut une autorité, et que cette autorité assume ses responsabilités. C'est comme cela que cela peut marcher. On doit respecter la loi. On doit respecter les fonctionnaires en charge de faire appliquer la loi. On doit respecter la personne âgée. On doit respecter la femme. On doit respecter l'enfant. On doit respecter le plus faible. Pour cela, il faut qu'il y ait une autorité qui fasse appliquer la loi. Et cette autorité, c'est vous. En niant toutes les formes d'autorité, en récusant toutes les manifestations de l'autorité, on risque de réinstaller la barbarie dans notre société. En contestant l'autorité, on croyait s'émanciper. La vérité c'est que l'on s'est aliéné. Je sais bien qu'un jeune se construit en disant non, ce n'est pas une raison pour lui dire oui. Je sais bien qu'un jeune se construit en contestant la règle établie. Mais s'il n'y a pas de règle, qu'est-ce qu'il conteste ? Quelle société préparons-nous ? Quand l'autorité est défaillante, ce sont les plus humbles, les plus vulnérables, ceux qui n'ont pas les moyens de se protéger qui en pâtissent le plus. Quand il n'y a plus d'interdit, quand il n'y a plus de tabou, quand il n'y a plus de hiérarchie de valeurs, quand il n'y a plus de limite, quand il n'y a plus rien de sacré, alors il n'y a plus de liberté. Allez donc voir dans les autres pays, quand l'on porte atteinte à un uniforme. Cela ne viendrait jamais à l'idée de personne. Les fonctionnaires doivent être respectés. Je ne cherche pas à être l'ami des voyous, je ne cherche pas à être populaire parmi les trafiquants et les fraudeurs. Je ne cherche pas à être bien vu des casseurs. Je ne mettrai jamais sur le même plan la victime à laquelle nous devons tout et le délinquant qui doit répondre des faits dont il est coupable. Peut-être qu'un délinquant était une ancienne victime? Dans ce cas, cela n'arrange pas sa situation de faire de quelqu'un d'autre une victime à son tour. Je veux être le Président d'une France dans laquelle tous les moyens de l'Etat seront mobilisés pour améliorer la sécurité des Français. Il faut donc poursuivre le travail engagé dans les forces de sécurité intérieure. J'ai demandé à Michèle ALLIOT-MARIE de préparer une nouvelle loi d'orientation et de programmation pour la sécurité intérieure, pour conforter les acquis opérationnels, développer la place des nouvelles technologies, améliorer nos modes d'organisation, mutualiser nos deux forces, renforcer au-delà de la performance brute l'efficience des services. Ces objectifs sont ambitieux. Elle a toutes les qualités pour les remplir, avec vous. Les enjeux sont vitaux. Nos concitoyens attendent des résultats, des résultats en matière de baisse de la délinquance. Il faut notamment enrayer la montée des violences faites aux personnes et encore augmenter les taux d'élucidation. Il faut adopter une nouvelle politique pour changer la situation actuelle des banlieues. C'est un enjeu majeur. L'Etat, les collectivités locales ont déjà considérablement investi sur ces territoires. Qu'est-ce que l'on voit ? On voit que la situation perdure, que les améliorations que l'on était en train d'attendre, on ne les a pas. L'objectif est donc républicain : c'est la fin des ghettos, la sécurité, l'emploi, l'égalité des chances pour tous. La méthode, c'est la fermeté et la solidarité : la lutte contre les bandes et la criminalité, et en même temps le droit à la meilleure éducation pour ceux qui ont la volonté de réussir. Le combat contre les discriminations, et en même temps le travail plutôt que l'oisiveté. Tous ceux qui veulent s'en sortir, il faut qu'on les aide. Tous ceux qui veulent empoisonner la vie des autres, il faut qu'on leur fasse comprendre que la société ne se laissera pas faire. La situation internationale, les évènements de Londres et Glasgow doivent nous inciter à une très réelle vigilance en matière de lutte contre le terrorisme. La France n'est pas un sanctuaire. Nous devons améliorer nos dispositifs. C'est dans cet esprit que j'ai demandé au ministre de l'intérieur de concevoir un très vaste plan de développement de la vidéosurveillance, tant en termes d'implantation de caméras dans les lieux stratégiques, qu'en termes de mutualisation et d'exploitation des images par les forces de police. J'ai été très impressionné par la façon dont nos voisins ont pu interpeller des criminels qui avaient déposé des bombes. Est-ce que l'on a le droit de refuser l'apport extraordinaire que représente la vidéosurveillance pour les enquêtes criminelles ? Je me suis engagé, pendant la campagne électorale, à donner une réponse au problème des multirécidivistes avant la fin de l'été 2007. 5% des délinquants font 50% de la délinquance. On ne peut tout de même pas tolérer d'avoir toujours les mêmes clients qui viennent dans les mêmes conditions pour les mêmes faits. Je ne trouve aucune excuse aux multirécidivistes. C'est pour cela que j'ai souhaité qu'il y ait des peines planchers pour les récidivistes. J'avais pris l'engagement auprès des Français, de donner à la justice les moyens de lutter contre ce fléau qu'est la récidive. J'ai tenu cet engagement. Le Parlement a adopté le projet de loi renforçant la lutte contre la récidive. Le message que nous adressons aux délinquants est clair : la prison est désormais la règle pour les multirécidivistes et plus important encore, ils ne peuvent désormais plus ignorer la peine minimale qui leur sera infligée. Je veux bien que l'on le conteste, il y a peut-être d'autres solutions, mais alors que l'on nous les donne. Mais dans mon esprit les choses sont claires : quand on est multirécidiviste, on doit être puni plus sévèrement quand on revient devant le même tribunal. C'est une question républicaine pour la société. Il y avait aussi la question de la justice des mineurs. Nos principes sont dépassés. Il ne s'agit pas de mettre les mineurs en prison. Il s'agit de remettre dans le droit chemin ceux qui s'en écartent, en leur faisant le plus tôt possible prendre conscience de ce qui est permis et de ce qui ne l'est pas. L'ordonnance de 1945, c'est un texte généreux et humaniste. Mais comment ignorer que les 62 années qui se sont écoulées depuis sa rédaction l'ont rendue obsolète et parfaitement inadaptée à la délinquance des mineurs d'aujourd'hui ? C'est quant même extraordinaire de ne pas pouvoir comprendre cela. C'est un texte tout à fait respectable, mais qui a 62 ans. Est-ce que les jeunes mineurs délinquants n'ont pas changé depuis 62 ans ? Qui peut dire cela ? D'ailleurs, cela n'est pas une question de gauche ou de droite. Ici, à mes côtés, il y a des responsables de gauche qui connaissent ces questions. Il n'y a pas une personne honnête qui puisse dire que les choses n'ont pas changé. Cela n'est pas une question de vision des policiers ou de vision des magistrats. Chacun est bien convaincu que l'on ne peut pas sanctionner un mineur récidiviste de 17 ans en 2007 comme on le faisait il y a 62 ans. Sans compter ce sentiment d'impunité considérable qui fait que les mineurs sont aujourd'hui utilisés par des majeurs sans scrupule, arguant de cette impunité. La loi qui vient d'être votée met un terme à ce décalage incompréhensible entre la commission d'actes graves, et des condamnations trop légères. Pour le mineur multirécidiviste, l'excuse de minorité est terminée. Les peines minimales d'emprisonnement seront applicables aux mineurs multirécidivistes de plus de 16 ans. Cette fermeté, nous la devions aux victimes, mais nous la devions aussi aux policiers qui en ont plus qu'assez d'arrêter toujours les mêmes. Je me souviens d'ailleurs - c'était dans le département de l'Essonne – qu'on m'avait expliqué que l'on avait interpellé cinq jeunes, le plus jeune avait 13 ans, dans un laboratoire de confection de cocktails Molotov. Ces mineurs avaient été mis en garde à vue pour être interrogés. Je parle sous contrôle du Procureur, il pourra porter témoignage pour confirmer que ce que je dis est exact. La question a été posée aux mineurs: mais comment cela ce faisait-il qu'ils avaient constitué un laboratoire? On était tous stupéfaits : le plus vieux, je crois, avait 16 ans, et le plus jeune 13 ans, et ils ont constitué un laboratoire de cocktails Molotov. Vraiment, est-ce que c'est une occupation quand on a 13 ans ? On s'était posé la question : mais pourquoi y avait-il que des mineurs ? Les 24 premières heures de garde à vue, on n'a pas eu la réponse. Puis, le dernier jour de la garde à vue, dans les dernières heures, on a eu la réponse. Parce que c'est ceux que l'on appelle les « grands frères », expression pour un caïd, qui avait mis des mineurs pour fabriquer les cocktails explosifs, uniquement parce qu'ils se disaient que les mineurs resteraient impunis. Si les pouvoirs publics, ministre de l'Intérieur, Président de la République, Premier ministre, parlementaires, si nous ne tirons pas les conséquences de cette situation, nous laissons les fonctionnaires que vous êtes, qui travaillez sous nos ordres et sur nos instructions, totalement démunis face à une situation que plus personne ne peut piloter et ne peut contrôler. Voilà pourquoi il fallait y apporter des réponses. Alors, on verra bien Michèle, est-ce que cela marche ? Est-ce que cela sera suffisant ? Est-ce qu'il faudra aller plus loin, est-ce qu'il faudra adapter ? Nous le ferons. Mais ce que nous voulons, c'est que le cancer de la multirécidive, soit terminé. Vous comprenez, quand on voit des citoyens de 20 ans qui ont déjà 70 inscriptions au casier, c'est une démission de la société de les juger comme s'il ne s'était rien passé. Quand on voit des jeunes, de plus en plus jeunes, se lancer dans cette impasse qu'est la violence, une violence gratuite, une violence sauvage, et que la société ne réagit pas avec fermeté, c'est de la non assistance en personne en danger, pour la victime innocente de la rue, pour le policier ou le gendarme qui sera blessé, et même pour le coupable. Evidemment, si l'on ne lui dit rien··· Je me souviens de cette affaire du « gang des barbares » - vous vous rendez compte, déjà, quand on a l'idée de se nommer comme cela ! Vous vous rendez compte à quel point lamentable on en est arrivé ! Le chef présumé, un dénommé FOFANA, 24 ans. Quand on a récupéré le petit ALIMI, il a été torturé sur 90% de son corps. Je pose la question : est-ce que l'on devient barbare à ce point là entre 23 ou 24 ans ? Ou est-ce qu'il y a eu des alertes, des signaux, des dérives, à un moment où la société n'a pas voulu y répondre avec assez de fermeté ? Que seraient-ils devenus, tous ces voyous, tous ces barbares, si la société, au lieu de fermer les yeux, s'était comportée normalement et avait sanctionné sévèrement au premier comportement délictuel ? C'est quand même des questions que je veux poser devant les Français. C'est mon devoir de les poser. Si, Michèle, nous ne les posions pas nous, qui le ferait à notre place et qui le dirait ? C'est bien beau les bonnes consciences, c'est bien beau les grandes digressions sur ce n'est pas de leur faute. Ah oui, ce n'est pas de leur faute, mais quand même, à un moment donné, il y en a un qui fait quelque chose qu'il ne doit pas faire. Parce que dans la République Française on doit se comporter normalement. Ce n'est pas normal d'aller kidnapper un malheureux jeune qui n'avait rien fait et d'aller le torturer, quand même ! Ce n'est pas cela que l'on veut comme vie dans nos quartiers, ou d'aller attendre un CRS, pour le seul fait qu'il a un uniforme, pour le tabasser et le frapper à coups de batte de base-ball, à la tête naturellement. C'est quand même, M. le Procureur, une circonstance aggravante. On peut bien dire tout ce que l'on veut. Quand j'ai été voir votre collègue à l'hôpital, et que j'ai constaté ses blessures, toutes à la tête, ce n'est pas un hasard. Cela prouve que l'on a frappé pour faire mal, voire pour tuer. Disons les choses comme elles sont. La justice, la police, les forces de sécurité, main dans la main, nous devons apporter une réponse. Je ne considère pas normal que dans certains quartiers, on doit vous envoyer à 80 pour rétablir l'ordre. Dans une démocratie, il suffit qu'un ou deux policiers ou gendarmes arrivent et que la seule vision de l'uniforme impose suffisamment de respect et, pourquoi ne pas le dire, parfois de crainte, pour que cela suffise. Regardez ce qui se passe ailleurs. Quand, pendant des années, on considère que cela est normal, que cela fait partie des risques du métier de se faire jeter des pierres, pareil pour les voitures brûlées. Cela fait 25 ans que cela devient un sport national, donc a décidé d'interpeller - même si cela est très difficile, M. le Président, parce que c'est très facile de mettre le feu à une voiture. En général, ceux qui mettent le feu ne mettent pas le feu à la leur, mais à la voiture du voisin, comme si cela les amusait. S'ils veulent faire brûler des voitures, qu'ils fassent brûler les leurs et pas celle du voisin. Le jour où les sanctions tomberont vraiment, cela dissuadera ceux qui veulent les imiter. Messieurs, je tenais à vous le dire, à vous le dire du fond du cœur, vous faites un travail très utile. Je vous demande de le faire sous l'autorité de votre ministre de façon exemplaire, parce que vous êtes la police de la République, une force légitime qui obéit à un code de déontologie. On ne se laisse aller à rien, même pas la familiarité, pas le tutoiement, même pas la fenêtre ouverte avec le bras ballant. Non, cela ne se fait pas. C'est la police de la République. Mais en même temps, quand l'un d'entre vous est frappé, insulté, blessé, on doit être totalement à vos côtés. Il faut obtenir des résultats. Vous savez, les Français nous font confiance, vous font confiance. Mais les résultats, on doit en obtenir. Après tout, vous avez choisi un métier qui est passionnant, un métier ou il y a un peu de stress, beaucoup de responsabilités. Vous l'avez choisi ! Vous vouliez du travail, vous allez en avoir. Vous vouliez des responsabilités, on vous les donne. Mais on veut des résultats. Oui, mais alors, on me dit que je vous mets la pression. Ah bon ? Mais qu'est-ce que l'on attend de moi ? Que je dise que l'on se moque que vous ayez des résultats ou pas. Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? Ce n'est pas la même chose d'avoir des résultats ou de ne pas en avoir. Les policiers, c'est sur le terrain. J'ai vu notamment, que la main courante, l'informatique, vous la développiez à fond pour savoir, dans chaque commissariat, comment on utilise les effectifs. Vous me parlez souvent des effectifs. Les effectifs, bien sûr que c'est important, mais en même temps je suis persuadé que l'on a des gains de productivité formidables à accomplir. C'est une discussion que l'on aura avec les élus. Je ne suis pas persuadé que tout le monde veut son commissariat ou son poste de police. Moi, je préfère de beaucoup qu'il y ait moins de commissariats, moins de postes de police, et plus de policiers en patrouille. En patrouille, il y a aussi des barrettes jaunes, pas simplement les épaulettes bleues. Tout le monde, les chefs aussi, en patrouille, pour l'encadrement, c'est très important. Je sais ce que je dis. Tout le monde doit être sur le terrain. Je vous assure vous en aurez une récompense formidable. D'abord, parce qu'il y a une prime de mérite, que Michèle va répartir. Et puis, le regard de nos concitoyens sur l'uniforme de la police, l'image de la police, s'en trouvera renforcé. L'image de la police est très bonne. Soyez fiers de l'uniforme que vous portez et du regard que les gens portent. Les gens ont confiance en vous. C'est la vérité. On a beaucoup fait, d'ailleurs, pour qu'il en soit ainsi. Continuez bien ce travail. J'espère que vous avez compris que cela m'a vraiment fait plaisir de venir ici. Allez, bon courage et bon été. | Monsieur le Professeur, La maladie d'Alzheimer qui touche aujourd'hui en France 860 000 personnes est un drame pour notre société, un drame familial. Chaque année ce sont 225 000 nouveaux cas qui se déclarent en France engendrant beaucoup de souffrance et de détresse tant pour la personne qui est atteinte par la maladie que pour son entourage. Dans les années à venir, les coûts humains et financiers de la maladie, qui sont d'ores et déjà élevés tant pour les familles que pour la société, vont encore s'alourdir. Récemment, des efforts ont été accomplis. Des groupes de recherche ont apporté des contributions importantes à l'aide de multiples techniques de génétique, de biochimie, d'anatomo-pathologie, d'imagerie, de pathologie expérimentale, d'investigation clinique, d'essais thérapeutiques et d'études épidémiologiques toutes nécessaires pour progresser dans le domaine de la connaissance et du traitement. Le système de soins a été mobilisé par la création des Centres Mémoire de ressources et de recherches et par l'effort fait pour structurer la gériatrie. Enfin, l'approche sociale et médico-sociale a été développée au niveau départemental pour accompagner les malades et leur famille. Toutefois, ces premiers efforts ne suffisent pas. Il est essentiel que les pistes de recherche nombreuses et prometteuses finissent par aboutir. C'est par comparaison avec ce qui se fait dans d'autres pays que doit être apprécié l'effort réel que la nation y consacre. Il est ensuite nécessaire de soulager les souffrances les plus diverses, dont la démence des personnes âgées n'est que l'une des composantes, et de faire en sorte que l'appui apporté aux malades soit le même en tout point du territoire. Enfin, il est indispensable que l'attitude de la société française à l'égard de la dépendance et de la fin de vie en général évolue. J'ai donc décidé de lancer un Plan Alzheimer ambitieux pour mieux connaître, mieux diagnostiquer et mieux prendre en charge la maladie. Son élaboration sera réalisée sous l'égide d'une commission dont je vous confie la présidence. Le Plan Alzheimer que vous bâtirez aura une double priorité. En premier lieu, il devra permettre de fédérer les efforts de recherche pour favoriser la découverte en France d'un diagnostic validé et d'un traitement à l'efficacité indiscutable. En second lieu, ce Plan devra améliorer la qualité de la prise en charge des malades. Quand la maladie s'installe, chaque patient, chaque famille doit pouvoir trouver un mode de prise en charge adapté. Dans cette perspective, la commission que vous présiderez devra examiner les conditions dans lesquelles peuvent être optimisés les efforts de recherche français dans le contexte d'un système de recherche mondial qui a sa dynamique propre, à la fois prévisible par les techniques et les modes de raisonnement, et imprévisible par les découvertes. Vous réfléchirez à la meilleure manière de structurer des partenariats entre le public et le privé. Des coordinations nouvelles sont à établir, à faciliter et à évaluer. Vous veillerez à ce que les objectifs de recherche, de soins, et de prise en charge soient définis en parallèle. Des liens constants entre ces trois objectifs doivent être établis pour accélérer à la fois le transfert des progrès de la recherche vers le système de soins et le transfert des observations de terrain à la recherche technologique, biologique, psychologique et sociale. Dans l'élaboration du Plan, vous ferez par conséquent de la continuité de la recherche aux soins une priorité. L'accès aux soins doit être harmonieux et la recherche clinique soigneusement couplée aux soins dans des sites sélectionnés sur des critères de qualité et d'organisation. Vous prêterez également une attention vigilante à la continuité et à l'équité territoriale de la prise en charge des malades et de leur famille à toutes les étapes de l'altération des fonctions cognitives et des fonctions de relation. Le rôle essentiel des familles et des soignants qui assistent les personnes aux fonctions comportementales et cognitives altérées, par une aide discrète ou par la prise en charge d'une dépendance totale, doit être reconnu. Dans les propositions que vous serez amené à formuler, je vous demande d'accorder une attention particulière à l'évaluation continue des résultats. Ce Plan n'aura un réel impact que si on évite certaines erreurs du passé. De grandes actions nationales ont pu parfois avoir des résultats positifs, mais avec une efficience mal mesurée. Je souhaite enfin que soient mobilisés sur cet enjeu national non seulement tous les acteurs déjà impliqués dans les différentes structures de recherche fondamentale et clinique, publiques et privées et dans les établissements et associations prenant en charge les malades, mais plus largement la société dans son ensemble. La commission sur laquelle vous vous appuierez fera appel notamment à des acteurs intervenant dans le secteur sanitaire et médico-social et à des responsables des administrations concernées. Elle s'entourera des groupes techniques appropriés pour faire un état des lieux sur la base des analyses déjà disponibles, proposer des objectifs, sélectionner des indicateurs et estimer les coûts. Les moyens appropriés seront mis à votre disposition pour que la qualité du travail de votre commission soit à la hauteur des attentes ainsi exprimées. Le Plan Alzheimer que je vous demande de présenter devra être prêt à la date du 1er novembre 2007, pour une mise en œuvre au début de l'année 2008. Les premières orientations du Plan devront avoir été dessinées dès le 21 septembre, date de la journée mondiale de la maladie d'Alzheimer. Je vous prie de croire, Monsieur le Professeur, à l'assurance de mes sentiments les meilleurs. Madame la Ministre, Les résultats de l'élection présidentielle et des élections législatives qui viennent d'avoir lieu dans notre pays montrent l'ampleur de l'attente de changement manifestée par les Français. En élisant au Parlement une large majorité présidentielle, ils ont voulu donner au gouvernement, sans aucune ambiguïté possible, tous les outils nécessaires à la réussite de sa mission. Ce gouvernement, auquel vous appartenez, n'a désormais qu'un seul devoir : celui de mettre en œuvre le programme présidentiel et, au-delà, de réconcilier nos compatriotes avec l'action politique en lui prouvant qu'elle peut encore changer les choses et rendre à notre pays la maîtrise de son destin. Tout au long de la campagne présidentielle, des engagements ont été pris dans le champ de vos compétences ministérielles. Il va de soi que nous attendons de vous que vous les teniez. L'objet de cette lettre de mission est de vous préciser les points qui, parmi ces engagements, nous paraissent prioritaires et sur lesquels nous vous demandons d'obtenir rapidement des résultats. En 1959, Malraux définissait ainsi les missions du nouveau ministère des affaires culturelles : " rendre accessibles les œuvres capitales de l'humanité, assurer la plus vaste audience à notre patrimoine culturel et favoriser la création des œuvres de l'art et de l'esprit qui l'enrichissent ". Signe de leur pertinence et de leur permanence, ces missions s'incarnent un demi-siècle plus tard dans les nouveaux " programmes " du ministère (patrimoine, création, transmission des savoirs). Après l'ère Malraux, un second cycle politique a conduit dans les années 1980 à une forte croissance des moyens d'intervention du ministère (budget, aides fiscales et réglementaires comme le prix unique du livre), permettant de soutenir des formes artistiques toujours plus nombreuses, et se traduisant par le lancement régulier de " grands projets ". Les acquis de cette politique sont considérables : une offre artistique foisonnante, des musées et des monuments rénovés, un cinéma rivalisant avec la production internationale. Ces succès ne doivent cependant pas faire oublier les lacunes et les ratés : un déséquilibre persistant entre Paris et les régions, une politique d'addition de guichets et de projets au détriment de la cohérence d'ensemble, une prise en compte insuffisante des publics, et surtout l'échec de l'objectif de démocratisation culturelle. De fait, notre politique culturelle est l'une des moins redistributives de notre pays. Financée par l'argent de tous, elle ne bénéficie qu'à un tout petit nombre. L'environnement dans lequel s'inscrit la politique culturelle est par ailleurs en pleine transformation. La révolution numérique crée une possibilité d'accès quasi infini aux œuvres de l'esprit, tout en menaçant gravement la création par les atteintes aux droits d'auteur et aux droits voisins qu'elle permet. Et les industries culturelles sont de leur côté à l'origine d'une part croissante de la richesse et de l'emploi. L'heure d'un nouveau souffle pour notre politique culturelle est donc venue, celle d'adapter l'ambition d'André Malraux au XXIème siècle. Il vous revient de proposer les voies et moyens d'une politique culturelle nouvelle, audacieuse, soucieuse de favoriser l'égalité des chances, d'assurer aux artistes une juste rémunération de leur travail, de développer la création et nos industries culturelles, de s'adresser à tous les publics. Votre première mission sera de mettre en œuvre l'objectif de démocratisation culturelle. Celle-ci a globalement échoué parce qu'elle ne s'est appuyée ni sur l'école, ni sur les médias, et que la politique culturelle s'est davantage attachée à augmenter l'offre qu'à élargir les publics. Nous souhaitons qu'avec le ministre de l'Education nationale, vous fassiez de l'éducation culturelle et artistique à l'école une priorité de votre action en faisant tomber, pour cela, la barrière qui s'est progressivement dressée entre le monde éducatif et le monde de la culture du fait de la séparation des deux ministères. L'école doit transmettre à tous les élèves les bases culturelles fondamentales leur permettant de connaître et d'aimer l'histoire, la langue et le patrimoine littéraire et artistique de notre pays - condition pour se sentir membres d'une même Nation -, de vivre en homme ou en femme libre, et d'apprécier, tout au long de leur vie, l'art, le spectacle, la littérature, et toutes les autres formes de pratiques culturelles. Nous pensons que la création d'un enseignement obligatoire d'histoire de l'art peut constituer le support de cette éducation culturelle qui fait aujourd'hui si cruellement défaut à nos enfants. Vous veillerez également à ce que tous les enfants, durant toute leur scolarité, puissent avoir une pratique artistique effective, en diversifiant les possibilités et en favorisant les pratiques collectives. Chaque établissement scolaire devra établir des liens privilégiés avec un établissement culturel. L'épreuve artistique au baccalauréat sera davantage valorisée. Enfin, vous encouragerez ceux de nos jeunes qui ont une activité artistique d'excellence tout en poursuivant une scolarité normale, par exemple en aménageant celle-ci et en facilitant leur accès aux grandes écoles ou leur réussite universitaire. La mise en œuvre de cette politique d'éducation culturelle et artistique suppose un partenariat renouvelé et durable entre votre ministère et celui de l'Education nationale afin que les administrations et le monde de l'éducation se rapprochent de ceux de la culture. Avec le ministre de l'Education nationale, vous nous proposerez les modalités de ce partenariat pérenne, qui associera les collectivités locales. L'accès aux œuvres de l'esprit passe aussi, de plus en plus, par la médiation audiovisuelle. A la télévision comme à l'école, la culture doit être davantage présente dans les programmes. France Télévisions doit fortement affirmer son identité de service public à travers une offre culturelle plus dense, plus créative, plus audacieuse ; une offre qui marque une plus grande différence avec les chaînes privées ; une offre fondée sur des programmes populaires de qualité aux heures de grande écoute. Un cahier des charges rénové sera rédigé pour encadrer les activités et préciser les identités des différentes chaînes de France Télévisions. Un certain nombre de synergies importantes, qui n'ont été que trop longtemps différées, doivent être mises en œuvre. Pour les permettre, vous expertiserez et nous proposerez les modifications souhaitables de structures. Radio France devra également poursuivre sa modernisation et promouvoir la diversité éditoriale, culturelle et musicale. S'agissant des radios privées, vous dresserez avec le CSA un bilan des règles applicables en matière de quotas et proposerez des aménagements permettant d'améliorer l'exposition de toutes les musiques. Quant à la révolution numérique, elle doit être l'occasion de conduire un public toujours plus nombreux vers le patrimoine culturel français et de langue française, et vers la création contemporaine. L'Etat peut l'encourager par la mise à disposition gratuite, sur Internet, du patrimoine public ou financé par des fonds publics, et par l'incitation à la diffusion numérique croissante de contenus culturels privilégiant des solutions innovantes, interactives et éducatives. La gratuité des musées nationaux fait partie des engagements du projet présidentiel. Si elle est possible et réussie ailleurs, on ne voit pas pourquoi elle ne le serait pas en France. Celle-ci faisant toutefois l'objet de débats au sein du monde de la culture, vous conduirez d'abord une expérimentation de la gratuité avec un échantillon d'établissements, sans perte de recettes pour les musées concernés. Son objet sera d'en mesurer toutes les conséquences et de déterminer les conditions de réussite de sa généralisation. Vous créerez à l'échelon de la France ou, mieux encore, à l'échelon de l'Union européenne, en profitant à cet effet de la présidence française de l'Union au second semestre de l'année 2008, un " pass culture " pour les jeunes, leur donnant un droit de visite gratuit aux musées et aux sites les plus remarquables du patrimoine français ou européen. Vous vous appuierez sur des intermédiaires compétents pour faire venir à la culture des publics qui en sont aujourd'hui très éloignés et expertiserez la proposition d'un " chèque culture " remis aux familles pour leur permettre d'accéder aux équipements culturels de leur choix. La démocratisation culturelle, c'est enfin veiller à ce que les aides publiques à la création favorisent une offre répondant aux attentes du public. Vous réformerez à cette fin les conditions d'attribution des aides en créant des commissions indépendantes d'attribution associant des experts, des artistes et des représentants du public. Vous exigerez de chaque structure subventionnée qu'elle rende compte de son action et de la popularité de ses interventions, vous leur fixerez des obligations de résultats et vous empêcherez la reconduction automatique des aides et des subventions. Dans le même esprit, et de manière alternative, vous examinerez dans quelle mesure le dispositif d'aide à la production cinématographique, qui repose en partie sur le succès public des œuvres subventionnées, pourrait être appliqué au théâtre, ce qui n'interdit pas de le moderniser par ailleurs. Deux secteurs traversent actuellement une crise particulièrement grave. Ils devront mobiliser particulièrement votre ministère. Nous souhaitons conduire dans les plus brefs délais un plan de sauvetage de l'industrie musicale et, plus largement, de protection et de promotion des industries culturelles couvertes par les droits d'auteur et droits voisins. Ce plan devra être mené avec la ministre de l'Economie, des finances et de l'emploi, et s'appuyer sur trois volets : la montée en puissance d'une offre numérique diversifiée, bon marché et simple d'utilisation ; la prévention et la répression de la piraterie numérique ; l'aide à l'adaptation des structures et des modèles économiques des industries concernées. A cette fin, vous favoriserez la mise à disposition du public d'offres commerciales attractives de musique, de films et de toutes les formes de création enregistrée sur les nouveaux réseaux fixes et mobiles. La chronologie des médias doit poursuivre son adaptation. Vous inciterez les titulaires de catalogues à numériser leurs œuvres et à les distribuer sur tous les supports. Vous ferez de l'interopérabilité une priorité majeure. Parallèlement, vous rechercherez les voies et moyens pour conclure un accord interprofessionnel permettant de dissuader efficacement et de réprimer la contrefaçon de masse. Les solutions techniques existent, elles doivent être expérimentées et mises en œuvre. Vous nous proposerez les mesures d'accompagnement utiles à la sauvegarde et à la transition des industries culturelles vers de nouveaux modèles de développement et de croissance. A partir d'un bilan de la loi DADVSI, vous préparerez enfin les prochaines échéances législatives et communautaires. Notre pays doit être en position pionnière en Europe pour la défense des droits, la diffusion de contenus numériques, la promotion de l'interopérabilité et la responsabilité des acteurs de l'Internet. Par ailleurs, vous prendrez les dispositions nécessaires pour permettre à la presse quotidienne de sortir de la crise qu'elle traverse depuis des années, en particulier en ce qui concerne le régime de sa distribution et son adaptation à l'univers numérique. Les Français sont, vous le savez, très attachés à notre patrimoine. Vous poursuivrez l'effort de remise à niveau des crédits alloués à la politique du patrimoine et vous vous efforcerez d'augmenter le nombre des sites et monuments accessibles au public. Nous vous demandons d'expertiser le projet de créer un centre de recherche et de collections permanentes dédié à l'histoire civile et militaire de la France. De même, en prévision des soixante-dix ans de l'appel du Général de Gaulle (2010), vous étudierez le projet d'un ambitieux mémorial de la résistance et de la France libre, en hommage à tous les résistants. Leurs témoignages, histoires, récits et mémoires seraient collectés puis réunis dans l'enceinte d'un monument qui serait lui-même un geste architectural. En lien avec le ministre des Affaires étrangères et européennes, nous vous demandons de moderniser en profondeur l'action culturelle extérieure de la France. Nous souhaitons que la France soit plus déterminée à promouvoir sa langue, sa culture et ses artistes à travers le monde. Vous appuierez l'effort de rationalisation des structures de la politique culturelle extérieure de la France demandé au ministre des Affaires étrangères et européennes, afin que cette politique gagne en cohérence, en visibilité et en impulsion. Vous étudierez les moyens de mieux déployer nos implantations culturelles à l'étranger en fonction de la nouvelle géographie des zones d'influence et de création dans le monde, et des conséquences de l'intégration européenne sur l'étendue de notre réseau diplomatique et consulaire. A partir d'une étude définissant nos objectifs selon les différentes parties du monde, vous élaborerez un schéma de réorganisation et de rationalisation des instruments de la politique audiovisuelle extérieure de la France pour une présence audiovisuelle plus forte, plus cohérente, plus ambitieuse, plus efficace. De même, nous voulons que la France joue un rôle majeur dans l'accueil et la formation des futures élites culturelles et artistiques des pays étrangers. En lien avec le ministre de l'Immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du codéveloppement et la ministre de l'Enseignement supérieur et de la recherche, vous prendrez les dispositions nécessaires pour les attirer en France et créer des liens étroits et durables entre ces élites et nos artistes. Par ailleurs, vous rechercherez des collaborations européennes et internationales dans le domaine de l'enseignement artistique supérieur. Si elle ne saurait être soumise aux seules lois de l'argent et du profit, la culture n'en est pas moins de plus en plus une source d'emplois et de richesses. Nous ne pouvons que nous réjouir de ce que les Français dépensent plus qu'autrefois en matière culturelle. Nous devons également prendre conscience que les industries culturelles sont l'objet d'une lutte d'influence entre plusieurs pays dans le monde et que les enjeux ne sont pas seulement économiques, mais aussi de civilisation. C'est pourquoi vous prendrez toutes les dispositions nécessaires pour donner à nos industries culturelles les meilleures chances de se développer ou de se renforcer, et, à l'image du cinéma français dont le succès est incontestable, ou de la politique du livre qui globalement remplit ses objectifs, vous consoliderez l'action des pouvoirs publics au service de l'indépendance et de la prospérité de ces industries. Dans le cadre d'une renégociation de la sixième directive TVA, qui sera pilotée par la ministre de l'Economie, des finances et de l'emploi, vous vous efforcerez d'obtenir le droit pour notre pays d'appliquer un taux de TVA réduit à l'ensemble de nos biens culturels, dans l'univers physique comme sur les réseaux. A l'issue d'une réflexion stratégique associant tous les acteurs et couvrant tous les sujets, vous nous proposerez, avec la ministre de l'Economie, des finances et de l'emploi, une remise à plat des dispositions législatives et réglementaires qui s'appliquent au secteur de l'audiovisuel. En tenant compte de la nouvelle donne du marché comme des exigences de la création, l'objectif doit être de supprimer les incohérences croissantes de la législation actuelle et de permettre l'émergence de groupes de communication audiovisuelle français de premier plan, capables de structurer une industrie française puissante des contenus et d'affronter les nouveaux défis liés à la multiplication des canaux de distribution. Vous accorderez une attention particulière aux arts numériques interactifs. La France dispose d'un capital humain très recherché et de sociétés créatives dans le domaine du jeu vidéo et nous souhaitons que ce secteur soit intégré dans vos priorités. Vous prendrez les dispositions nécessaires pour redresser rapidement le marché de l'art français. Vous analyserez notamment sa situation juridique et fiscale (TVA, droit de suite···) au regard de la situation dans les autres pays, et ferez des propositions d'amélioration. Vous examinerez les raisons qui freinent la reconnaissance des talents français à l'étranger. Vous étudierez la pertinence de l'organisation des commandes d'art (FNAC et FRAC) et engagerez une réflexion sur la possibilité pour les opérateurs publics d'aliéner des œuvres de leurs collections, sans compromettre naturellement le patrimoine de la Nation, mais au contraire dans le souci de le valoriser au mieux. Vous lutterez contre les abus au régime d'indemnisation du chômage des artistes et techniciens du spectacle, et inciterez les partenaires sociaux à limiter l'accès à ce régime aux professions et fonctions qui le justifient. Enfin, vous nous proposerez un pilotage rénové de l'organisation de la profession d'architecte et de son enseignement et vous veillerez à favoriser la diffusion de l'architecture contemporaine et sa prise en compte dans les programmes d'urbanisme et de construction. Pour réaliser ces missions et mettre en œuvre ces priorités, vous devrez disposer d'une administration rénovée, moderne, et dégager des marges de manœuvre accrues. Nous souhaitons que les dépenses de fonctionnement du ministère et de ses organismes rattachés soient réduites au profit de l'aide à la création et de la démocratisation culturelle. Vous encouragerez le financement privé de la culture, en étendant encore davantage les avantages alloués en faveur du mécénat et des fondations, en favorisant l'extension du mécénat à la politique de sauvegarde du patrimoine, en fixant des objectifs de résultats aux grands établissements dans la recherche de mécènes. A la tête de tous les établissements et administrations relevant de votre autorité, vous veillerez à associer des personnalités d'envergure du monde culturel et artistique à des gestionnaires confirmés. Vous le savez, le programme présidentiel devra être mis en œuvre en respectant scrupuleusement notre volonté de préserver l'avenir des générations futures grâce à une gestion rigoureuse des finances publiques, conforme à nos engagements européens et composante essentielle de la démocratie irréprochable que nous souhaitons mettre en place. Réussir les réformes attendues par les Français et cesser la spirale de l'endettement ne sont nullement inconciliables, mais sont au contraire deux objectifs complémentaires dès lors qu'il est décidé d'abandonner les politiques qui ne marchent pas au profit de politiques qui marchent. Répartir la pénurie est aussi lâche et inefficace que laisser courir la dette publique. Si nous voulons modifier en profondeur les structures et les modes d'intervention des administrations publiques, c'est pour que chaque euro dépensé soit un euro utile et que le potentiel humain inestimable de notre administration soit beaucoup mieux valorisé. Dès cet été, une révision générale des politiques publiques, à l'instar de celle réalisée par le Canada au milieu des années 90, sera donc entreprise. Elle sera conduite, sous notre autorité, par le Secrétaire général de la Présidence de la République, le Directeur du cabinet du Premier ministre, le ministre du Budget, des comptes publics et de la fonction publique, le secrétaire d'Etat chargé de la Prospective et de l'évaluation des politiques publiques, ainsi que des personnalités qualifiées issues du secteur public et du secteur privé, et des parlementaires. L'objet de cette révision générale des politiques publiques sera de passer en revue, avec la collaboration, naturellement, des ministres concernés, chacune des politiques publiques et des interventions mises en œuvre par les administrations publiques, d'en évaluer les résultats et de décider des réformes nécessaires pour améliorer la qualité du service rendu aux Français, le rendre plus efficace et moins coûteux, et surtout réallouer les moyens publics des politiques inutiles ou inefficaces au profit des politiques qui sont nécessaires et que nous voulons entreprendre ou approfondir. C'est dans le cadre de cette révision générale que sera mis en œuvre l'engagement présidentiel d'embaucher un fonctionnaire pour deux partant à la retraite et que nos objectifs de finances publiques sur cinq ans seront poursuivis et atteints (réduction de la dette publique à moins de 60% du PIB, équilibre budgétaire, baisse aussi rapide que possible des prélèvements obligatoires avec l'objectif d'une réduction de quatre points sur dix ans). Nous vous demandons de vous impliquer personnellement et sans réserve dans cet exercice qui ne saurait remettre aucunement en cause la mission que la présente lettre vous confie. Les premières grandes réformes issues de la révision générale des politiques publiques interviendront dès la préparation des budgets pour 2008. Nous insistons sur le fait qu'un bon ministre ne se reconnaîtra pas à la progression de ses crédits, mais à ses résultats et à sa contribution à la réalisation du projet présidentiel, y compris sur le plan financier. Sur l'ensemble des points de cette lettre de mission, vous nous proposerez des indicateurs de résultat dont le suivi sera conjoint. Nous souhaitons que figurent, notamment, parmi ceux-ci, l'augmentation des enseignements culturels et artistiques à l'école, l'accroissement des programmes culturels à la télévision, l'augmentation de la fréquentation des musées, des théâtres, des bibliothèques et de tous les autres lieux de culture, l'ouverture de nouveaux sites et monuments au public, les progrès de la gratuité, le développement du mécénat et des autres formes de financement privé de la culture, l'amélioration de la place de Paris sur le marché de l'art et de nos artistes sur le marché mondial, l'accueil des élites culturelles et artistiques étrangères, l'amélioration de la situation de l'industrie musicale et de la presse écrite. Nous ferons le point d'ici un an de l'avancement de votre mission et des inflexions qu'il convient, le cas échéant, de lui apporter. En vous renouvelant notre confiance, nous vous prions d'agréer, Madame la Ministre, l'expression de nos respectueux hommages. Monsieur le Ministre, Les résultats de l'élection présidentielle et des élections législatives qui viennent d'avoir lieu dans notre pays montrent l'ampleur de l'attente de changement manifestée par les Français. En élisant au Parlement une large majorité présidentielle, ils ont voulu donner au gouvernement, sans aucune ambiguïté possible, tous les outils nécessaires à la réussite de sa mission. Ce gouvernement, auquel vous appartenez, n'a désormais qu'un seul devoir : celui de mettre en œuvre le programme présidentiel et, au-delà, de réconcilier nos compatriotes avec l'action politique en lui prouvant qu'elle peut encore changer les choses et rendre à notre pays la maîtrise de son destin. Tout au long de la campagne présidentielle, des engagements ont été pris dans le champ de vos compétences ministérielles. Il va de soi que nous attendons de vous que vous les teniez. L'objet de cette lettre de mission est de vous préciser les points qui, parmi ces engagements, nous paraissent prioritaires et sur lesquels nous vous demandons d'obtenir rapidement des résultats. La réhabilitation de la valeur travail est au cœur des engagements du projet présidentiel. Elle est la condition du redressement économique, mais aussi social et même moral de notre pays. Elle passe par la liberté de travailler plus pour gagner plus, ou même seulement s'épanouir davantage. Elle passe par l'augmentation des revenus du travail, l'amélioration des conditions de travail, tout ce qui contribue au respect du travail, notamment salarié. Elle passe par le retour au plein emploi d'ici cinq ans. D'autres pays y sont parvenus en Europe : alors que le chômage de masse mine notre pays depuis des années, déséquilibre nos finances sociales, compromet nos régimes de retraite, fragilise la situation de millions de familles, le seul objectif assez ambitieux pour notre pays est celui d'atteindre le plein emploi. Le projet de loi sur le travail, l'emploi et le pouvoir d'achat, qui sera promulgué dans les prochaines semaines, prévoit déjà un certain nombre de dispositions capitales qui vont dans le sens de la réhabilitation du travail. Il vous incombe désormais d'entreprendre, avec les autres ministres concernés, les réformes de structure permettant de remettre le travail et l'emploi au cœur de notre système économique et social. Nous voulons d'emblée le souligner car cela est essentiel à nos yeux : pour l'accomplissement de votre mission, vous associerez pleinement les organisations représentatives des salariés et des employeurs. Un dialogue social réel, franc et responsable, constitue la garantie de l'efficacité des réformes dans le champ des relations du travail et de l'emploi. La réforme du marché du travail est une condition impérative pour atteindre le plein emploi. En tant que ministre chargé du travail, vous avez naturellement un rôle particulier à jouer pour la mettre en œuvre. A partir des conclusions auxquelles seront parvenus les partenaires sociaux, et en liaison ou en complément avec la ministre de l'Economie, des finances et de l'emploi, vous mettrez en place un nouvel équilibre du marché du travail permettant de concilier une triple exigence : le développement des entreprises, la mobilité de l'emploi rendue nécessaire par les mutations économiques et la sécurité des salariés. En particulier, vous vous attacherez à simplifier et à unifier le cadre juridique du contrat de travail et à redonner au marché du travail, aujourd'hui marqué par une segmentation excessive, davantage de cohérence et d'unité. Vous trouverez les moyens de faciliter les transitions entre les emplois, en permettant la transférabilité des droits associés au contrat de travail, notamment en matière de formation professionnelle et de garanties collectives. Vous prendrez les dispositions nécessaires pour faciliter le développement des nouvelles formes du travail indépendant dans un cadre plus sécurisé. Vous contribuerez à l'organisation de la conférence tripartite sur les salaires et le pouvoir d'achat conduite par la ministre de l'Economie, des finances et de l'emploi avec les partenaires sociaux à la rentrée 2007, qui s'attachera notamment à moderniser le mode de fixation du SMIC et à impulser une stratégie d'augmentation des revenus du travail. Vos proposerez les modifications nécessaires à la législation du travail pour permettre l'ouverture des commerces le dimanche dans le cadre du volontariat des salariés. En lien avec la ministre de l'Economie, des finances et de l'emploi, vous ferez de l'emploi des seniors une priorité. Il faut modifier profondément le comportement des entreprises et des salariés en aidant les premières à donner du travail aux seniors plutôt que de les encourager à s'en séparer. Vous mettrez fin aux dispositifs de préretraite et à toutes les autres mesures qui entrent en contradiction avec cet objectif. Vous ferez en sorte de prolonger l'activité des seniors qui le souhaitent en autorisant le cumul d'un revenu d'activité et d'une pension de retraite. Nous voulons le souligner à nouveau : c'est en travaillant davantage que nous atteindrons le plein emploi car c'est l'activité des uns qui crée le travail des autres. Vous lutterez contre toutes les formes de discriminations qui existent dans le monde professionnel. En liaison avec la ministre de l'Economie, des finances et de l'emploi, vous porterez notamment une attention particulière à la situation professionnelle des femmes, qui sont les premières victimes du travail précaire, du sous-emploi et des faibles rémunérations. A cet effet, vous organiserez à l'automne, avec les partenaires sociaux, une conférence sur l'égalité professionnelle et salariale entre les hommes et les femmes. Il s'agit d'abord de mettre en place les moyens techniques de constater les pratiques discriminatoires à l'égard des femmes et de les sanctionner à la juste mesure de leur gravité. Ces dispositions devront être applicables en 2009, date à laquelle nous souhaitons que l'égalité salariale homme-femme soit une fois pour toutes atteinte. Il s'agit ensuite de prendre dans tous les domaines (éducation, enseignement supérieur, formation professionnelle, accès et promotion dans la fonction publique, parité, vie quotidienne···) les dispositions permettant aux femmes de mener de front les multiples dimensions de leur vie et d'avoir les mêmes chances d'épanouissement professionnel que les hommes. De même, en lien avec les autres ministres concernés, vous lutterez particulièrement contre les discriminations qui existent dans le monde du travail à l'encontre des minorités dites visibles. La réhabilitation de la valeur travail passe enfin par l'amélioration des conditions de travail qui, paradoxalement, ne progressent plus aussi nettement qu'autrefois, voire se sont dégradées au cours des années récentes. Vous organiserez à cette fin à l'automne une conférence avec les partenaires sociaux. Vous entreprendrez une modernisation profonde de la médecine du travail, qui doit se concentrer particulièrement sur la prévention des risques sanitaires au sein des entreprises. Vous veillerez à la poursuite et au succès des négociations en cours sur la pénibilité. Vous attacherez une attention particulière à la question du stress dans le milieu professionnel. En tant que ministre chargé des relations sociales, vous vous attacherez à moderniser profondément les règles de la démocratie sociale. Vous conduirez d'abord à son terme le projet de loi sur le service minimum dans les transports terrestres de voyageurs, dont l'objectif prioritaire est centré sur les déplacements quotidiens de la population. Vous veillerez, en lien avec le ministre chargé des transports, à sa mise en œuvre, dans le respect des échéances prévues par le projet de texte. A partir des conclusions des négociations que les partenaires sociaux vont engager sur ce sujet, votre priorité sera ensuite de réformer les règles de la représentativité syndicale. C'est en étant plus représentatifs et plus légitimes que nos syndicats seront plus forts et plus responsables. Nous voulons également que, sous réserve bien sûr des protections d'ordre public, la vie des entreprises soit davantage régulée par la négociation sociale au sein des entreprises que par des règles législatives ou conventionnelles uniformes et prises loin du terrain. A cette fin, nous souhaitons que vous étudiez notamment les conditions dans lesquelles une meilleure répartition pourrait intervenir entre ce qui relève de la loi et ce qui relève de la négociation collective. En tant que ministre de la solidarité, et grâce aux richesses créées par tous ceux - salariés, entrepreneurs, investisseurs, fonctionnaires,···- auxquels il aura été reconnu et donné la possibilité de travailler plus et mieux, votre troisième mission sera de mener, avec la secrétaire d'Etat placée auprès de vous, des politiques de solidarité ambitieuses pour tous. Pour assurer la solidarité entre les générations, conformément à l'objectif de rendez-vous sur les retraites prévu en 2008, vous prolongerez les orientations de la loi du 21 août 2003. Vous définirez en concertation avec les partenaires sociaux les voies et moyens d'assurer à moyen et long terme le financement des retraites. Vous ferez converger les règles des régimes spéciaux vers celles des autres régimes et vous examinerez les conditions dans lesquelles les petites retraites et les pensions de réversion devront être revalorisées pour mettre un terme à l'érosion du pouvoir d'achat subie par certains retraités. Vous accompagnerez ces réformes en veillant à rassurer les Français sur la pérennité de notre système de retraite par répartition, et à leur fournir une information simple et fiable sur leurs droits, ainsi que des conseils adaptés à leur situation individuelle. La campagne présidentielle a été l'occasion de rappeler l'importance de la famille et des familles pour l'épanouissement de chacun d'abord, pour l'équilibre de notre société ensuite. C'est pourquoi vous veillerez à conforter le rôle fondamental des familles en matière d'éducation et de solidarité, et à assurer leur stabilité et leur épanouissement. A ce titre, et en lien avec l'objectif d'égalité professionnelle entre les hommes et les femmes, vous prendrez toutes les dispositions nécessaires pour que les parents soient en mesure de concilier plus facilement leurs vies professionnelle et familiale, notamment en développant et en diversifiant l'offre de garde d'enfants. Notre objectif est la mise en place d'un droit de garde opposable effectif à la fin de la présente législature. En lien avec la ministre de la Justice, garde des sceaux, vous créerez un statut du beau-parent dont l'objectif est de permettre aux adultes qui vivent avec des enfants dont ils ne sont pas les parents biologiques de pouvoir procéder pour eux aux démarches habituelles de la vie quotidienne, et de protéger juridiquement, dans l'intérêt de tous, les liens affectifs incontestables qui se nouent entre ces enfants et ces adultes. Nous voulons soutenir et aider toutes les familles, sans exclusion, pourvu qu'elles soient des lieux de repères affectifs et moraux. Vous vous attacherez à développer la politique en faveur de l'adoption, et à l'adapter aux évolutions récentes de la situation internationale, dans la plus grande transparence vis-à-vis des familles et des associations. Nous souhaitons que la protection de l'enfance soit considérée comme une question majeure. Il n'est pas acceptable que tant d'enfants soient encore victimes de traitements qui rendent impossible leur épanouissement dans une vie adulte. A cet effet, vous veillerez à ce que les dispositions visant à renforcer leur protection soient prises dans les meilleurs délais. Vous poursuivrez également les efforts entrepris ces dernières années contre les violences faites aux femmes, en donnant à celles qui les subissent les moyens de mieux faire reconnaître leur situation de victime, et en garantissant leur sécurité et leur autonomie. Enfin, dans la conduite de cette action au service de la famille et des familles, vous veillerez à améliorer la gouvernance de la branche famille de la sécurité sociale et de l'ensemble des questions familiales. Vous agirez de manière résolue pour que les personnes handicapées puissent vivre au quotidien dans les mêmes conditions que le reste de nos concitoyens. L'engagement présidentiel est celui de la mixité : mixité à l'école, à l'université, dans l'entreprise, pour le logement, dans les transports, dans les pratiques culturelles, dans les clubs de sport, en vacances etc. Vous faciliterez et encouragerez donc l'accès des personnes handicapées à toutes les activités qui sont celles de la vie en société dans les mêmes conditions que les personnes dites valides. A cet effet, vous vous assurerez d'abord que la loi du 11 février 2005 sur l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées est appliquée dans toutes ses dispositions. La mise en place des maisons départementales des personnes handicapées doit être effective sur tout le territoire et tournée vers la satisfaction des besoins des usagers. Dans les plus brefs délais, le droit opposable à la scolarisation des enfants handicapés dans la même école que les autres enfants devra être effectif. Cela suppose des mesures d'organisation et d'accompagnement que vous mettrez en œuvre avec le ministre de l'Education nationale. Nous voulons également que le droit d'accès aux transports publics, aux services publics, aux établissements culturels ou sportifs, devienne opposable dans les meilleurs délais. C'est d'ailleurs en le rendant opposable que nous obtiendrons rapidement des progrès dans la mise en œuvre des règles d'accessibilité. Chacun comprend que le fait pour les personnes handicapées de pouvoir se déplacer et entrer dans les établissements ouverts au public dans les mêmes conditions que le reste de la population est une condition impérative à une vie professionnelle, sociale, familiale, culturelle normale. Vous développerez l'emploi des personnes handicapées, qui sont les plus victimes de discriminations sur le marché de l'emploi. Vous vous attacherez notamment, en liaison avec le ministre du Budget, des comptes publics et de la fonction publique, à ce que l'administration atteigne elle-même le quota de 6% avant la fin du quinquennat, et à développer l'accès des personnes handicapées à l'enseignement supérieur. Enfin, vous veillerez à proposer des solutions adaptées pour prendre en charge certaines catégories de personnes ayant un handicap spécifique, notamment celles qui souffrent de polyhandicap ou d'autisme. Vous créerez les places nécessaires à l'accueil des personnes lourdement handicapées. Il est inacceptable qu'une grande nation comme la nôtre laisse tant de parents dans la crainte de mourir avant d'avoir pu trouver une solution d'accueil pour un de leurs enfants lourdement handicapé. Enfin, vous mènerez une grande politique en faveur des personnes âgées, en veillant à respecter la diversité de leur situation. Vous favoriserez le maintien en activité des personnes valides à la retraite, notamment en permettant et en encourageant leur implication au service de la collectivité, en particulier en milieu rural et dans le secteur scolaire. En liaison avec la ministre de la Santé, de la jeunesse et des sports, vous inciterez les personnes âgées à conserver une activité physique le plus longtemps possible. Avec la ministre de l'Enseignement supérieur et de la recherche, vous apporterez votre concours à la ministre chargée de la santé pour mettre en place un plan ambitieux de prévention et de lutte contre la maladie d'Alzheimer et les autres maladies associées, qui touchent plus de 800 000 personnes aujourd'hui en France. Il n'est guère de plus grand souhait, pour nos personnes très âgées, que de pouvoir rester à leur domicile. C'est pourquoi vous prendrez les dispositions nécessaires pour que le libre choix entre le maintien à domicile et l'accueil en établissement soit possible sur tout le territoire, tout en veillant à améliorer significativement les conditions d'hébergement en établissement. Vous mettrez en place à cette fin des mécanismes qui permettent d'évaluer la qualité de la prise en charge dans ces établissements et améliorerez la professionnalisation des personnels qui y travaillent et l'attractivité de leur métier. Vous prendrez également toutes les mesures utiles pour lutter contre la maltraitance des personnes âgées. De manière générale, le risque de dépendance des personnes handicapées et âgées est un défi majeur pour l'avenir de notre pays. Le respect et la protection des plus fragiles sont l'honneur d'une civilisation. Nous devons anticiper cette situation par la création d'une cinquième branche de la protection sociale dont vous nous proposerez les modalités d'organisation et de financement. Vous le savez, le programme présidentiel devra être mis en œuvre en respectant scrupuleusement notre volonté de préserver l'avenir des générations futures grâce à une gestion rigoureuse des finances publiques, conforme à nos engagements européens et composante essentielle de la démocratie irréprochable que nous souhaitons mettre en place. Réussir les réformes attendues par les Français et cesser la spirale de l'endettement ne sont nullement inconciliables, mais sont au contraire deux objectifs complémentaires dès lors qu'il est décidé d'abandonner les politiques qui ne marchent pas au profit de politiques qui marchent. Répartir la pénurie est aussi lâche et inefficace que laisser courir la dette publique. Si nous voulons modifier en profondeur les structures et les modes d'intervention des administrations publiques, c'est pour que chaque euro dépensé soit un euro utile et que le potentiel humain inestimable de notre administration soit beaucoup mieux valorisé. Dès cet été, une révision générale des politiques publiques, à l'instar de celle réalisée par le Canada au milieu des années 90, sera donc entreprise. Elle sera conduite, sous notre autorité, par le Secrétaire général de la Présidence de la République, le Directeur du cabinet du Premier ministre, le ministre du Budget, des comptes publics et de la fonction publique, le secrétaire d'Etat chargé de la Prospective et de l'évaluation des politiques publiques, ainsi que des personnalités qualifiées issues du secteur public et du secteur privé, et des parlementaires. L'objet de cette révision générale des politiques publiques sera de passer en revue, avec la collaboration, naturellement, des ministres concernés, chacune des politiques publiques et des interventions mises en œuvre par les administrations publiques, d'en évaluer les résultats et de décider des réformes nécessaires pour améliorer la qualité du service rendu aux Français, le rendre plus efficace et moins coûteux, et surtout réallouer les moyens publics des politiques inutiles ou inefficaces au profit des politiques qui sont nécessaires et que nous voulons entreprendre ou approfondir. C'est dans le cadre de cette révision générale que sera mis en œuvre l'engagement présidentiel d'embaucher un fonctionnaire pour deux partant à la retraite et que nos objectifs de finances publiques sur cinq ans seront poursuivis et atteints (réduction de la dette publique à moins de 60% du PIB, équilibre budgétaire, baisse aussi rapide que possible des prélèvements obligatoires avec l'objectif d'une réduction de quatre points sur dix ans). Nous vous demandons de vous impliquer personnellement et sans réserve dans cet exercice qui ne saurait remettre aucunement en cause la mission que la présente lettre vous confie. Les premières grandes réformes issues de la révision générale des politiques publiques interviendront dès la préparation des budgets pour 2008. Nous insistons sur le fait qu'un bon ministre ne se reconnaîtra pas à la progression de ses crédits, mais à ses résultats et à sa contribution à la réalisation du projet présidentiel, y compris sur le plan financier. Sur l'ensemble des points de cette lettre de mission, vous nous proposerez des indicateurs de résultat dont le suivi sera conjoint. Nous souhaitons que figurent, notamment, parmi ceux-ci, des indicateurs relatifs à l'égalité professionnelle et salariale entre les hommes et les femmes, à la réduction des discriminations dans le monde du travail, à l'emploi des seniors, à l'amélioration des conditions de travail, aux progrès de la syndicalisation, à l'amélioration dans tous les domaines de la situation des personnes handicapées, à la préservation du pouvoir d'achat des retraités, au développement de l'offre de garde d'enfants et à la protection de l'enfance, à la montée en puissance du dispositif de prise en charge de la dépendance. Nous insistons sur le fait que c'est particulièrement dans le domaine de nos politiques de solidarité qu'une nouvelle mentalité de l'action publique doit se mettre en place. Nos politiques de solidarité doivent se fixer des objectifs de résultats et s'efforcer de les atteindre, comme nous le faisons en matière de finances publiques ou en matière de sécurité. Si elles n'y parviennent pas, elles doivent changer de méthode et de moyens. Nous ferons le point d'ici un an de l'avancement de votre mission et des inflexions qu'il convient, le cas échéant, de lui apporter. En vous renouvelant notre confiance, nous vous prions de croire, Monsieur le Ministre, en l'assurance de nos sentiments les meilleurs. QUESTION - Vous avez rencontré le Président Hosni Moubarak, une fois en tant que candidat à la présidence, aujourd'hui vous allez l'accueillir en tant que Président de la République. Est-ce que le dialogue que vous avez entamé avec le Président Moubarak continuera au même rythme que précédemment ? LE PRESIDENT - Je tiens tout d'abord à souligner, s'agissant du rythme des rencontres franco-égyptiennes, que celui-ci est particulièrement dense en ce moment : le ministre des Affaires étrangères, M. Bernard Kouchner, s'est rendu en Egypte le 29 juillet ; la France a accueilli le ministre égyptien de l'Investissement le 11 juillet et le ministre de l'Industrie et du Commerce extérieur lundi 30 juillet. Je voudrais également dire ma grande joie de recevoir à Paris le Président Hosni Moubarak. J'éprouve beaucoup d'intérêt à évoquer avec cet homme d'expérience et de sagesse les problèmes de la région, les relations bilatérales et plus généralement les problèmes du monde. Le Président Hosni Moubarak est un partenaire incontournable, soucieux des responsabilités de l'Egypte au Moyen-Orient naturellement, mais aussi en Afrique et en Méditerranée. Nous sommes tous deux confiants dans le fait que le partenariat noué entre nos deux pays peut contribuer à faire prévaloir l'esprit de modération, de dialogue, de concorde, de réconciliation et de modernité dont les peuples de cette région ont tant besoin pour rétablir la paix, la stabilité et le développement. Dans le contexte international actuel, où se multiplient les tensions dans la région et les motifs de friction ou d'incompréhension entre l'Orient et l'Occident, il est toujours important que deux pays comme l'Egypte et la France se concertent en permanence. La visite du Président Moubarak sera l'occasion de confirmer la convergence de vues qui existe entre nos deux pays sur les grands dossiers d'actualité et d'identifier les sujets sur lesquels notre dialogue politique peut contribuer à faire progresser la situation. QUESTION - L'Egypte et la France ont toujours eu des relations exceptionnelles sur les plans politique, économique et culturel. Dans votre nouvelle politique de " rupture tranquille ", comment envisagez-vous les relations futures entre les deux pays ? LE PRESIDENT - La force de l'amitié qui unit l'Egypte et la France est une chance pour nos deux pays. Cette relation si spéciale plonge ses racines dans l'histoire. Mais elle est surtout une promesse pour l'avenir. Cette relation, nous devons continuer à l'enrichir et à la faire prospérer. L'Université française d'Egypte, en fonction depuis maintenant 4 ans, a su asseoir la qualité de ses enseignements et conquérir un public. Elle a accueilli près de 400 étudiants pour l'année scolaire 2006-2007. Elle doit demeurer un élément phare de notre coopération, car elle contribue à former les élites égyptiennes de demain. Cette université devrait accélérer l'insertion de ces jeunes dans l'économie mondialisée, en particulier au sein des entreprises françaises qui emploient, je le rappelle, plus de 36 000 personnes en Egypte dans des secteurs d'avenir tels que les technologies de pointe, l'environnement, les services financiers ou le tourisme. C'est tout à fait essentiel dans un pays où les jeunes constituent une part très importante de la population et à un moment où l'on constate chaque jour davantage la nécessité de jeter de nouveaux ponts entre les deux rives de la Méditerranée. Nos entreprises souhaitent naturellement profiter pleinement des opportunités offertes par le développement de l'économie égyptienne. Mais elles souhaitent également être de bonnes citoyennes et apporter leur talent, leur créativité, leur savoir-faire au service du développement de l'Egypte. Je suis convaincu que les entreprises françaises participeront pleinement à cette priorité capitale pour l'avenir de l'Egypte : l'effort de création d'emplois pour tous les jeunes Egyptiens. Nous travaillerons main dans la main, comme nous l'avons toujours fait, avec les très nombreux partenaires que nous avons en Egypte, pour définir, ensemble, les priorités de notre coopération dans l'ensemble des domaines. QUESTION - La France est engagée dans beaucoup de projets économiques comme des investissements avec l'Egypte. Envisagez-vous de continuer ces projets ? Y a-t-il d'autres projets dont vous allez discuter avec le Président Moubarak ? LE PRESIDENT - Je souhaite que nos relations économiques continuent à se hisser à la hauteur des relations politiques qui unissent si étroitement l'Egypte et la France. Nous voyons en effet depuis trois ans la croissance tout à fait remarquable de nos échanges commerciaux bilatéraux et, plus encore, celle de l'implantation des entreprises françaises en Egypte. C'est pour moi une grande satisfaction de voir les entreprises françaises prendre toute la mesure du remarquable potentiel offert par le développement de l'économie égyptienne. L'attribution des marchés de la première phase de la construction de la ligne 3 du métro du Caire a été un succès pour nos entreprises. Nous sommes reconnaissants à l'Egypte de la marque de confiance adressée au savoir-faire français, dans le prolongement de la réalisation des lignes 1 et 2. La France est le cinquième fournisseur mondial de l'Egypte. Depuis 2006, les ventes égyptiennes à la France ont doublé, ce qui a permis un rééquilibrage de nos échanges bilatéraux. Cela s'explique par la forte augmentation des ventes de gaz naturel liquéfié. Mais de fortes perspectives de croissance pour nos échanges résident également dans les secteurs clés du développement économique à long terme de l'Egypte, à savoir les infrastructures, l'agroalimentaire, les télécommunications, la santé, le tourisme et l'environnement. Le Conseil présidentiel France-Egypte des affaires créé l'an dernier, et dont une première réunion plénière s'est tenue le 9 novembre à Paris, nous aidera à renforcer cette dynamique positive. Enfin, l'installation de l'Agence Française de Développement en Egypte depuis janvier 2007 a ouvert de nouvelles perspectives d'intervention et permettra de répondre avec des moyens appropriés aux opportunités d'actions identifiées par l'Agence dans le secteur économique et du développement urbain. QUESTION - La France comme l'Egypte tentent de faire des réformes institutionnelles. Comment envisagez-vous le rôle du Président de la République dans les nouvelles réformes par rapport au rôle que lui a donné la Constitution de 1958 ? LE PRESIDENT - Dans mon esprit, le Président de la République est élu pour gouverner, pas pour contempler. Parce qu'il a été élu, il a la légitimité pour agir. Mais dès lors que le Président gouverne, il doit rendre des comptes, car il ne peut y avoir de pouvoir sans responsabilité. Cette évolution de la fonction présidentielle doit d'abord s'inscrire dans les mentalités. Il s'agit donc moins de changer la constitution que d'en faire évoluer la pratique. Certains changements nécessiteront néanmoins de faire évoluer le texte constitutionnel. Je souhaite par exemple limiter nombre de mandats présidentiels successifs à deux, car l'énergie que l'on met à durer, on ne la met pas à agir. Je souhaite également que le pouvoir de nomination du Président soit mieux encadré par le Parlement, pour garantir que la compétence prime la connivence. Enfin, je souhaite que l'opposition soit dotée d'un véritable statut, afin de mieux jouer son rôle. Mais j'insiste, le changement doit d'abord venir de la pratique, de notre manière de faire vivre nos institutions. QUESTION - M. le Président, vous avez commencé une politique d'ouverture aux partis de l'opposition et pris quelques personnalités du centre et de la gauche dans le gouvernement de François FILLON. Comment un gouvernement de droite peut-il atteindre l'homogénéité politique nécessaire entre les différents domaines intérieurs et extérieurs avec des ministres de positions politiques différentes ? LE PRESIDENT - L'ouverture, pour moi, c'est d'abord une conviction : celle que le Président doit être le Président de tous les Français, qu'il ne peut pas être l'homme d'un seul parti, d'un seul clan. Cette ouverture, je l'ai faite d'autant plus facilement que je n'en avais pas besoin arithmétiquement. Mais le rôle du Président de la République, c'est de rassembler, de parler pour tout le monde, de faire vivre la diversité française. Je dois travailler pour tous les Français : ceux qui m'ont choisi, mais aussi ceux qui n'ont pas voté pour moi. Je n'ai pas le droit d'abandonner une partie de la France parce qu'elle n'a pas fait le choix de ma candidature. Vous me posez la question de la cohérence de l'action gouvernementale, mais c'est un faux débat. J'ai été élu sur un programme clair, et ce programme, je l'appliquerai. Les personnalités de gauche et du centre qui sont entrés au Gouvernement l'ont fait en sachant parfaitement cela, et c'est pour mettre en œuvre ce projet présidentiel qu'ils ont accepté de me rejoindre. Mais je ne vois pas pourquoi j'aurais dû me passer de leurs talents et de leur énergie au seul motif qu'ils n'appartenaient pas à ma famille politique. J'ajoute que cette ouverture était d'autant plus indispensable que mon projet pour la France est ambitieux, et que pour mener de grandes réformes, il faut une grande majorité. QUESTION - Dans votre discours à la cérémonie d'inauguration le 6 mai dernier, vous avez mis l'accent sur la méditerranée comme priorité politique. Et en effet votre première visite en dehors de l'Europe était en Algérie et en Tunisie pour discuter du projet d' " Union de la Méditerranée ". Est-ce une tentative de relancer Barcelone ? Comment voyez-vous cette zone de la Méditerranée dans dix ans ? LE PRESIDENT - Pour la France, la Méditerranée est le deuxième espace de solidarité après l'Europe, et les deux se recoupent largement. Nous souhaitons donner une nouvelle impulsion politique en faveur de cette région, dont la visibilité dans l'agenda européen n'est pas à la hauteur des défis que nous avons à affronter avec ces pays, défis économique, écologique, stratégique ou culturel. Le projet d'Union Méditerranéenne répond à cette ambition. C'est un projet qui est destiné à tous les Etats riverains de la Méditerranée, qui ne fera pas concurrence aux structures existantes mais viendra en complément, et s'attachera à réaliser des projets concrets dans les domaines où les besoins sont les plus évidents, par exemple, l'eau, le développement durable ou l'intégration énergétique. Nous mesurons bien tout l'acquis qui existe en la matière, en particulier dans le cadre du partenariat Euromed. Il ne s'agit pas de refaire ou de défaire ce qui a déjà été fait mais de redonner vigueur à ce qui existe, et de décider de quelques initiatives visibles et concrètes. Le projet d'Union de la Méditerranée a reçu un très bon accueil tant chez nos partenaires méditerranéens au sein de l'Union que dans les pays du Sud de la Méditerranée. Par la position qu'elle occupe en Méditerranée, mais aussi parce qu'elle s'est toujours impliquée avec beaucoup de dynamisme dans les instances méditerranéennes, l'Egypte a un rôle déterminant à jouer. Nos deux pays partagent cette même ambition d'une Méditerranée qui unisse au lieu de diviser et qui favorise le partage plutôt que de creuser le fossé entre pauvres et riches. QUESTION - Le Liban a toujours gardé une place spéciale dans le cœur et la politique de la France, et la France a essayé récemment de réunir les protagonistes libanais dans un dialogue fermé près de Paris. Mais la France continue de refuser de dialoguer avec le Hezbollah en le considérant " un parti terroriste ". Comment la France envisage-t-elle un futur dialogue interlibanais sans un parti dominant dans la vie politique libanaise comme le Hezbollah ? Et quelles sont les conditions que la France a mises pour accepter le Hezbollah comme un parti politique ? LE PRESIDENT - La situation au Liban est préoccupante. Les récents entretiens du ministre des Affaires étrangères et européennes Bernard. Kouchner au Caire ont permis de vérifier une nouvelle fois, à cet égard aussi, la très grande convergence de vues de la France et de l'Egypte et la volonté de nos deux pays d'agir de concert en faveur du Liban. Le Liban a fait face dans la période récente à de nouveaux attentats meurtriers et son armée a dû mener depuis le 20 mai de difficiles combats au Nord contre les jihadistes du Fatah al-islam. Parallèlement, la crise politique et institutionnelle en cours depuis de longs mois se prolonge. L'approche de l'échéance majeure constituée par l'élection présidentielle n'en rend que plus urgente, la nécessité de parvenir à un compromis pour sortir de cette crise. Il est clair que, dans ce Liban très divisé, un bloc ne pourra l'emporter contre l'autre. D'où la nécessité d'une reprise du dialogue, entre les Libanais d'abord, même s'il suppose en parallèle l'implication des parties régionales intéressées et de la communauté internationale. Cette urgence du dialogue interlibanais était la raison d'être de la rencontre de La Celle-Saint-Cloud. Celle-ci a atteint son objectif et a permis non seulement de " briser la glace " mais aussi d'avancer d'utiles idées sur la table. Par son récent déplacement, le ministre des Affaires étrangères et européennes a témoigné de notre volonté de soutenir le mouvement créé à cette occasion entre les parties. Il est clair que, pour réussir, ce dialogue interlibanais doit comprendre l'ensemble des grandes forces politiques du pays. Aussi le Hezbollah, en tant que principal représentant d'une des premières communautés libanaises, y avait-il sa place, au même titre que les autres formations. Le Hezbollah est une formation libanaise qui est liée à des acteurs régionaux, l'Iran et la Syrie ; depuis la fin de la guerre civile, il est devenu un parti politique influent, disposant d'une forte assise sociale, représenté au Parlement libanais ; jusqu'à la démission de ses ministres, il était aussi dans le gouvernement nommé en 2005. En même temps, il a conservé - et il le revendique - un important dispositif milicien, puissamment armé, dont l'usage suscite beaucoup d'interrogations et d'appréhensions - au Liban d'abord. De notre point de vue, il importe de tout faire pour favoriser l'ancrage du Hezbollah en tant que formation proprement libanaise et uniquement politique. Par les résolutions des Nations Unies 1559 et 1701, la communauté internationale a réaffirmé la nécessité du désarmement de l'ensemble des milices subsistant au Liban. La résolution 1701 a de surcroît prévu, en vue de leur non-réarmement, un embargo sur les armes qui s'applique à tous les Etats. Le Hezbollah, qui siégeait au gouvernement de F. Siniora lorsque celui-ci a approuvé le plan en sept points puis la résolution 1701, est tenu par des engagements. Nous continuerons d'apprécier notre attitude vis-à-vis du Hezbollah en fonction de ce que cette organisation représente et de la manière dont elle agit. QUESTION - Quelle est la position de la France en ce qui concerne le nouveau rôle de l'ancien Premier ministre britannique Tony Blair comme émissaire du Quartet au Proche-Orient ? LE PRESIDENT - Je me félicite de la nomination de M. Tony Blair comme représentant spécial du Quartet pour le Proche-Orient. Je lui ai adressé tous mes vœux de succès dans cette importante et difficile mission. Ses qualités d'homme d'Etat et son action mobilisatrice seront déterminantes pour permettre une relance du processus de paix. L'ambition doit être forte pour arriver rapidement à un accord sur le statut final des Territoires palestiniens. QUESTION - Jusqu'à maintenant, et depuis les élections présidentielles françaises, la France ne s'est pas engagée activement au Proche-Orient. LE PRESIDENT - Je dirais au contraire que la France s'est engagée activement au Proche-Orient. Outre ses efforts incessants pour la stabilisation de la situation au Liban, la France cherche par tous les moyens à rétablir la confiance entre les parties afin de favoriser une relance du processus de paix. La France a joué un rôle moteur pour convaincre ses partenaires européens qu'il fallait reprendre l'aide budgétaire directe à l'Autorité palestinienne, ce qui a été fait. J'ai reçu à Paris le président Abbas le 29 juin et je lui ai confirmé notre soutien politique et financier (notamment une aide budgétaire française de 15M€ afin de renforcer les institutions palestiniennes). J'ai par ailleurs reçu Mme Livni, ministre israélien des Affaires étrangères, le 4 juillet à Paris pour parler très directement des possibilités de relance du processus de paix. Est-ce que cette région n'est plus une priorité dans la politique étrangère de la France? Comment envisagez-vous le futur rôle de la France dans cette région?" La France, en concertation avec ses partenaires européens, continuera à jouer un rôle de médiatrice et à faire des propositions pour aboutir rapidement à une solution du conflit israélo-palestinien. L'objectif, comme l'a rappelé à plusieurs reprises le Conseil de sécurité des Nations-Unies, consiste "en deux Etats vivant côte à côte dans la paix et la sécurité". Ceci implique que chacun des protagonistes reconnaisse le droit de l'autre. Personne ne saurait perdre de vue deux réalités fondamentales : d'un côté, le terrorisme dont est victime la population israélienne est inacceptable et, de l'autre, un peuple occupé ne renoncera jamais, quoi qu'il endure. Les Palestiniens doivent donc renoncer à la violence et Israël à sa politique d'implantation qui hypothèque l'avenir. C'est pourquoi, il importe d'adopter une position équilibrée. Je défendrai donc avec la même énergie, d'une part, le droit des Palestiniens à disposer d'un Etat et, d'autre part, la sécurité d'Israël. Par ailleurs, aucune avancée notable n'est possible sans la libération du soldat franco-israélien Shalit. La France a toujours dit sa disponibilité pour accueillir des discussions de fond sur le statut final. La France continuera ses efforts pour un renforcement de la confiance entre les parties, clé du succès de ces négociations. QUESTION - Quel est le rôle joué par la France dans la crise du Darfour, au Soudan, et la situation dégradée en Somalie ? LE PRESIDENT - Au Darfour, l'urgence est humanitaire et sécuritaire, mais la solution à la crise ne peut être que politique. Par ailleurs, il faut accélérer le déploiement de l'opération hybride de l'Union Africaine et de l'ONU au Darfour, et rechercher le déploiement d'une opération internationale de sécurisation dans l'est du Tchad et le nord-est de la Centrafrique. La France a voulu donner un nouvel élan à la mobilisation internationale sur le Darfour autour des efforts de l'ONU et de l'Union Africaine (UA). Elle n'a pas ménagé ses efforts depuis la conférence de Paris qui s'est tenue le 25 juin. Lors de la conférence de Tripoli des 15 et 16 juillet, nous avons plaidé pour de nouvelles négociations politiques dès septembre, et pour qu'un message de fermeté soit envoyé à l'ensemble des belligérants. A Addis Abeba, le 26 juillet, Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères et européennes, et le Président de la Commission de l'UA, Alpha Oumar Konaré, ont examiné ensemble l'évolution de la situation depuis la réunion de Paris, notamment la relance du processus politique et la question de la transition de la force de l'UA à l'opération hybride. Enfin, sur notre proposition, une nouvelle réunion ministérielle du groupe de contact élargi se tiendra à New York, fin septembre, en marge de l'Assemblée générale des Nations Unies. Elle sera co-organisée par l'ONU et l'UA. Nous sommes actifs dans le dossier somalien, suivi par notre représentation diplomatique à Nairobi. Notre position privilégiée à Djibouti (base militaire de 2700 hommes) nous donne une certaine expertise dans les questions régionales de la Corne de l'Afrique et représente un levier d'influence. Nous plaidons pour une approche équilibrée de la crise somalienne et avons refusé de diaboliser les Tribunaux islamiques, tout en soutenant les Institutions Fédérales de Transition. Cette position équilibrée est appréciée par l'ensemble des acteurs somaliens (gouvernement et opposition); nous sommes enfin l'un des rares pays à avoir apporté une assistance à l'AMISOM (entraînement et financement du transport stratégique du contingent burundais). QUESTION - Monsieur le Président, vous avez mené à bien la crise des infirmières bulgares et le médecin d'origine palestinienne avec la Libye, en entamant une solution non classique à une crise non classique comme vous avez dit. Est-ce que à votre avis la Libye est maintenant prête à se réintégrer au concert international ? LE PRESIDENT - La résolution de cette affaire a levé la dernière hypothèque sur le retour effectif de la Libye dans le concert des nations. Lors de la visite que j'ai effectuée le 25 juillet dans ce pays, un accord-cadre ambitieux a été signé pour relancer la coopération bilatérale. Ce partenariat stratégique repose sur des initiatives opérationnelles et dynamiques dans tous les domaines, qu'il s'agisse du nucléaire civil, de la défense, de la lutte anti-terrorisme ou du dialogue politique. Je me réjouis également de la reprise d'un partenariat entre l'Union européenne et la Libye. Enfin, mon épouse, Cécilia, qui a accompli un travail extraordinaire, et moi-même n'oublions pas notre solidarité avec les enfants contaminés de Benghazi et leurs familles, dont nous souhaitons alléger les souffrances. La coopération médicale et hospitalière se poursuivra et se renforcera. QUESTION - Je vous remercie, M. le Président, d'avoir répondu à nos questions. Notre dernière question portera sur la date éventuelle de votre prochaine visite en Egypte ? Quels sont vos projets pour augmenter la coopération entre nos deux pays ? LE PRESIDENT - Je serais naturellement très heureux de pouvoir me rendre en Egypte prochainement. Je souhaiterais, pour conclure, souligner que Français et Egyptiens partagent la même vision du monde, une vision fondée sur la nécessité du dialogue et du respect mutuel. Nos deux pays ont un rôle moteur à jouer de part et d'autre de la Méditerranée. L'Egypte et la France doivent plus que jamais continuer travailler ensemble à la résolution des conflits de la région et à la définition de ce que pourra être l'Union Méditerranéenne. | Monsieur le Conseiller d'Etat, Depuis 1994, des évolutions considérables ont bouleversé l'environnement international et les données stratégiques de notre défense et de notre sécurité : attentats du 11 septembre, émergence de nouveaux pôles de puissance régionale, prolifération, effets de la mondialisation et des évolutions technologiques. Parallèlement, la professionnalisation de notre armée et la fin de la conscription ont entraîné des mutations radicales de notre outil de défense. Enfin, aujourd'hui, des choix décisifs pour la défense du pays vont devoir être opérés, et devront se traduire dans la prochaine loi de programmation militaire. Celle-ci devra asseoir la crédibilité de notre défense, dans le respect des contraintes financières qui s'imposent à l'Etat. Pour prendre en compte l'ensemble de ces paramètres dans une démarche cohérente, j'ai décidé d'engager une réflexion approfondie sur notre politique générale de défense. Elle devra aboutir à l'établissement d'un nouveau Livre blanc. Ces travaux seront conduits sous l'égide d'une commission dont j'ai décidé de vous confier la présidence. Le futur Livre blanc définira un concept de défense globale de notre pays et de ses intérêts. Il portera sur les domaines de la défense et de la sécurité. Il devra couvrir une perspective d'une quinzaine d'années, tout en ayant vocation à être actualisé régulièrement. Vous fonderez vos travaux sur l'analyse des nouvelles données du contexte international, économique et stratégique, l'évaluation des risques et menaces potentielles, dans le souci constant d'assurer la protection des populations et du territoire, mais également des Français de l'étranger, de garantir l'indépendance du pays et la préservation de ses intérêts stratégiques dans leurs acceptions les plus larges. Sur cette base, votre étude, ainsi que les propositions que vous serez amené à formuler, devront concerner notamment l'évolution de nos alliances, de nos accords de défense et l'examen des conditions d'emploi de nos armées en opérations extérieures. Je vous demande d'accorder une attention particulière au renforcement de la dimension européenne de notre politique de défense et de sécurité ainsi qu'à notre contribution à la sécurité de l'Alliance atlantique dans son ensemble. Vous examinerez les conditions de la crédibilité de notre force de dissuasion. Vous étudierez la pertinence du format des armées et de leurs implantations, la cohérence de l'effort de renseignement, de l'effort industriel, technologique et scientifique nécessaire à notre capacité de défense, les conditions d'organisation de la défense civile et de la défense économique et le renforcement de leur coordination avec la défense militaire, dans le souci d'assurer le fonctionnement régulier des pouvoirs publics, de développer les moyens de lutte contre le terrorisme et la prolifération, et d'améliorer la prévention et la gestion des crises. Les conséquences économiques et sociales des orientations proposées devront être examinées. Enfin, il vous est également demandé de formuler des propositions sur le renforcement de l'implication du Parlement dans la définition et la mise en œuvre de notre politique de défense. Votre réflexion sera conduite sans préjugé ; elle permettra d'aborder de façon ouverte et transparente les choix auxquels nous serons confrontés pour adapter notre outil de défense, pour renforcer le lien entre la Nation et ses armées, et pour organiser la mutation de l'appareil industriel et de recherche dans un cadre national comme européen. Elle s'inscrira dans une démarche visant à maintenir et à conforter un effort de défense d'environ 2% du PIB. Dans vos travaux, vous veillerez donc à tenir compte étroitement des constats qui seront établis dans le cadre de la révision générale des politiques publiques, tout particulièrement s'agissant de la revue stratégique des programmes d'armement. Vous vous appuierez sur une Commission faisant largement appel à des personnalités de la société civile, incluant des représentants du Parlement désignés par les présidents de l'Assemblée Nationale et du Sénat, ainsi que les responsables civils et militaires des administrations concernés. Compte-tenu de la priorité que j'entends donner à l'Europe de la défense, je vous demande d'organiser les échanges appropriés avec nos principaux partenaires européens au cours des travaux. Le secrétariat général de la commission sera assuré par le secrétaire général de la défense nationale. Je donne instruction aux différents ministres concernés de vous apporter leur plein concours et celui de leurs administrations. Je souhaite disposer du futur Livre blanc début mars 2008. Il devra être précédé d'un point d'étape à la fin de l'année 2007. Je vous prie de croire, monsieur le Conseiller d'Etat, à l'assurance de mes sentiments les meilleurs. Mesdames et Messieurs, Je tenais à être parmi vous, aujourd'hui, dans cette cour d'honneur qui a si souvent témoigné de la douleur des militaires et du désespoir de leurs proches, pour rendre un dernier hommage à deux valeureux soldats. Mais que dire qui n'enlève rien à la gravité du moment, à sa solennité, à sa profonde humanité aussi ? Que dire qui soit digne de la mémoire de nos deux camarades disparus ? Qui soit digne de leur sacrifice ? Qui soit digne de la peine de leurs familles ? Que dire qui exprimerait le sens véritable de ce drame humain qu'est la perte de deux pères pour leurs familles, de deux magnifiques combattants tombés au champ d'honneur dans l'accomplissement de leur mission au service de la paix ? Sans doute exprimer simplement ce que chacun ressent au plus profond de son âme. D'abord, dire le respect et l'admiration qu'inspire le sacrifice de ces hommes. En choisissant, il y a un peu plus de vingt ans, la carrière des armes, ils engageaient leur vie au service de nos concitoyens. Le métier militaire comporte bien des contraintes et bien des exigences. Mais ce qui fait sa véritable grandeur, c'est cette part de sacrifice acceptée d'avance qui lui est consubstantielle et qui fait toute sa noblesse. Donner sa vie pour ses concitoyens. Donner son sang pour la France. Faire don de soi au service des valeurs auxquelles nous croyons et que nous défendons sur la scène internationale parce que ce sont des valeurs universelles. Existe-t-il un choix plus grand, plus digne de respect que celui-là ? Les militaires savent toujours faire ce qu'il faut pour accompagner leurs frères d'armes tombés au combat. Dans la dignité. Dans la sobriété. Ils savent aussi conserver pieusement et honorer régulièrement leur mémoire. Ils savent enfin, dans chaque unité, entourer les familles éprouvées et leur apporter soutien et réconfort. C'est leur devoir de solidarité et c'est leur honneur. Mais bien souvent, je me dis que la société pourrait sans doute faire plus et mieux pour tous ces héros anonymes qui meurent dans l'accomplissement de leur devoir : tous ces militaires et agents civils, tous ces sauveteurs bénévoles qui disparaissent chaque année en assurant la protection de leurs concitoyens. C'est pourquoi, il me paraît juste que pour sa part, l'Etat rende, à travers ses autorités politiques, l'hommage qui revient à celles et à ceux qui ont tout donné pour notre pays. Parce que tant que nous aurons des femmes et des hommes pour qui le service de la France justifiera d'avance tous les sacrifices, tant que nous aurons des femmes et des hommes qui iront jusqu'à y consentir, si nécessaire, le don de leur propre vie, la Nation vivra, le pays ne mourra pas. Cet hommage solennel que nous rendons aujourd'hui, c'est bien la manifestation de notre reconnaissance collective, exprimée à ceux qui sont morts les armes à la main mais aussi à leur famille qui supporte tout le poids de leur disparition. L'adjudant-chef Pascal CORREIA, du 1er Régiment de chasseurs parachutistes, a trouvé la mort alors qu'il participait à la formation d'une compagnie de l'armée nationale afghane, victime d'un tir de roquettes provenant des forces insurgées. C'était un sous-officier d'une remarquable valeur professionnelle et humaine, au sommet de son art. Au 9ème puis au 1er Régiment de chasseurs parachutistes, ainsi qu'au centre national d'entraînement commando, il s'était forgé une très solide compétence dans le domaine du combat aéroporté, enrichie de l'expérience de nombreuses missions extérieures : du Tchad à Sarajevo, où son courage lui valut une première citation, de la Bosnie à Bangui et au Kosovo. Pour ses camarades, il restera ce compagnon d'armes à la bonne humeur permanente, à la gentillesse profonde, simple et vraie. C'est au cours d'une mission d'assistance au déminage au Liban que l'adjudant-chef Eric LALLOYEAU, du 31ème Régiment de Génie, est tombé victime de l'explosion d'une sous-munition. Lui aussi était un sous-officier très expérimenté, connaissant toutes les arcanes et aussi les dangers de la spécialité périlleuse qu'il avait choisie. A travers ses différentes affectations - au 17ème Régiment de génie parachutiste, au 13ème Dragons parachutistes, au 3ème et au 31ème Génie -, il avait franchi tous les degrés de l'excellence professionnelle et effectué de nombreuses missions extérieures : l'opération DAGUET en 1990, puis l'ex-Yougoslavie, la République centrafricaine, le Kosovo et enfin le Liban. C'était un homme calme et droit, toujours soucieux de transmettre son expérience aux plus jeunes. Lui aussi était apprécié de ses chefs, de ses camarades et de ses subordonnés. Lui aussi a donné sa vie au service de la paix, de nos engagements internationaux, de nos valeurs et - n'en doutons pas un seul instant - de notre sécurité. Car ne nous y trompons pas : même loin de nos frontières, quand la paix recule, quand nos valeurs sont menacées, c'est notre sécurité qui s'en trouve affaiblie. Adjudant-chef CORREIA, adjudant-chef LALLOYEAU, vous êtes de la trempe de ceux que l'on donne en modèle aux plus jeunes, ces " maréchaux " qui constituent l'ossature de nos armées. Des soldats viendront encore, nombreux, qui s'inspireront de vos exemples. C'est pourquoi vous avez été promus adjudant-chef, à titre posthume, le jour où vous êtes tombés au champ d'honneur ; c'est pourquoi la croix de la valeur militaire, accompagnée d'une citation à l'ordre de l'armée - la plus élevée qui soit dans la hiérarchie des citations militaires - vous a été décernée en récompense de votre bravoure au combat et de votre magnifique esprit de sacrifice. Elle vous a été remise ce matin par vos pairs. Et c'est pourquoi, dans quelques instants, je vais vous remettre la Légion d'honneur. Mais cette cérémonie militaire, dans sa sobriété, exprime plus que l'hommage des armées et l'action de vos compagnons d'armes : elle parle d'affection. Je pense naturellement, en premier lieu, à vos épouses, à vos enfants. Mais je pense aussi à vos camarades de régiment et amis. Je sais que dans l'épreuve absolue qui les frappe et qu'ils doivent désormais affronter, les mots peuvent paraître dérisoires. C'est pourquoi j'ai tenu à dire, ici aux Invalides, à Madame CORREIA et à sa toute jeune fille Léna, à Madame LALLOYEAU, et à ses enfants Hélène et Philippe, que malgré leur douleur immense, ils peuvent être fiers de leur mari et de leur père. Je veux les assurer de la compassion, de la solidarité et de la gratitude de la Nation, qui ne les oubliera pas. En m'inclinant devant leurs corps, soixante millions de Françaises et de Français m'accompagnent pour saluer la mémoire de Pascal CORREIA et Eric LALLOYEAU, ces héros modestes et discrets. Je vous remercie. Madame la Ministre, Les résultats de l'élection présidentielle et des élections législatives qui viennent d'avoir lieu dans notre pays montrent l'ampleur de l'attente de changement manifestée par les Français. En élisant au Parlement une large majorité présidentielle, ils ont voulu donner au gouvernement, sans aucune ambiguïté possible, tous les outils nécessaires à la réussite de sa mission. Ce gouvernement, auquel vous appartenez, n'a désormais qu'un seul devoir : celui de mettre en œuvre le programme présidentiel et, au-delà, de réconcilier nos compatriotes avec l'action politique en lui prouvant qu'elle peut encore changer les choses et rendre à notre pays la maîtrise de son destin. Tout au long de la campagne présidentielle, des engagements ont été pris dans le champ de vos compétences ministérielles. Il va de soi que nous attendons de vous que vous les teniez. L'objet de cette lettre de mission est de vous préciser les points qui, parmi ces engagements, nous paraissent prioritaires et sur lesquels nous vous demandons d'obtenir rapidement des résultats. La sécurité demeure une des préoccupations majeures de nos concitoyens. Des résultats importants ont été obtenus depuis 2002. En cinq ans, la délinquance a significativement baissé et les services de la police et de la gendarmerie nationales ont été réorganisés et modernisés. Votre première mission sera de conforter et d'approfondir ces résultats. La délinquance doit continuer de baisser, de 5% en deux ans pour la délinquance générale, de 10% pour la délinquance de voie publique. Grâce aux dispositions pénales créant des peines planchers pour les récidivistes, qui viennent d'être présentées au Parlement par Mme le Garde des sceaux, ministre de la Justice, vous aurez les outils nécessaires pour mieux réprimer les délinquants d'habitude, responsables de la plus grande part de la délinquance. Vous les mettrez en œuvre avec détermination. Le taux d'élucidation des crimes et des délits devra pour sa part être porté à 40% en moyenne, avec une distinction selon les différentes catégories d'actes criminels et délictuels. A cet effet, vous poursuivrez notamment le développement de la police scientifique et technique. Notre objectif est de privilégier toujours davantage la preuve plutôt que l'aveu. Vous agirez de manière particulièrement ferme à l'égard des violences aux personnes qui restent en augmentation dans notre pays, même si le taux d'augmentation de ces violences a nettement diminué depuis 2002. Vous poursuivrez l'effort de sécurité routière, en utilisant là aussi tous les moyens techniques disponibles. Parallèlement, en liaison avec le ministre chargé des Transports, vous rendrez plus accessible l'examen du permis de conduire dont les contraintes actuelles poussent trop de personnes, en particulier des jeunes, à conduire sans permis. Enfin, l'amélioration de l'accueil des plaignants et des victimes, en particulier les femmes victimes de violences conjugales, et le soutien auquel ils peuvent prétendre, doivent faire l'objet d'une attention permanente des commissariats, bureaux de police et brigades de gendarmerie. Un suivi régulier des conditions et de la qualité de cet accueil sera organisé, ainsi que des expérimentations pour mieux utiliser les téléprocédures. Dans le même esprit, nous souhaitons que vous veilliez à ce que les conditions de la garde à vue soient respectueuses de la dignité des personnes. La lutte contre toutes les formes de criminalité organisée, et en particulier le trafic de drogue, sera évidemment une priorité de votre action. Vous développerez la coopération avec nos partenaires européens dans ce domaine. Nous souhaitons que la France devienne un pays leader en matière de lutte contre la cybercriminalité. Il vous appartiendra par ailleurs de prendre toutes les dispositions nécessaires pour que les services de la police et de la gendarmerie nationales assurent le rôle qui doit être le leur dans la politique d'immigration choisie, c'est-à-dire une action résolue contre l'économie souterraine, contre les filières d'immigration clandestine, et pour la mise en œuvre des objectifs de reconduites à la frontière qui seront définis par le ministre de l'Immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du codéveloppement. La lutte contre le terrorisme et toute autre forme d'atteinte à l'intégrité du territoire national et aux intérêts supérieurs de l'Etat sera une de vos priorités absolues. Là encore, vous développerez la coopération européenne et internationale. Dans le respect des libertés publiques, vous déploierez plus de moyens de vidéosurveillance, qui sont un instrument essentiel de prévention et de répression des actes terroristes, en particulier dans les transports en commun. Nous vous demandons de nous proposer à cet égard un plan national d'équipement. Vous renforcerez le rôle et les moyens de l'unité de coordination de la lutte anti-terroriste, en lui donnant notamment une visibilité et une autorité plus grandes au sein des services de la sécurité intérieure. Vous veillerez enfin à renforcer l'excellence des services français de renseignement, en regroupant dans une structure unique les services des renseignements généraux et ceux de la surveillance du territoire. Les missions de ces deux entités seront réorganisées pour répondre mieux à toutes les exigences de la sécurité intérieure en fonction des nécessités du terrain. Vous doterez le nouveau service des méthodes les plus exigeantes et des outils les plus performants pour assurer le plus haut degré de protection de nos concitoyens et de nos intérêts fondamentaux. La situation des banlieues est un enjeu majeur pour notre pays. Depuis 25 ans, des milliards d'euros ont été investis régulièrement dans les quartiers difficiles. Leur état n'a pourtant fait que s'aggraver. C'est pourquoi le projet présidentiel comporte l'engagement d'un changement profond des objectifs et des méthodes de la politique menée jusqu'à présent dans les quartiers en difficulté. L'objectif est la fin des ghettos, la sécurité, la liberté, la mobilité, l'emploi et l'égalité des chances pour tous. La méthode sera une lutte déterminée contre les bandes et la criminalité, la fin de l'immunité pour les délinquants, le droit à la meilleure éducation possible pour ceux qui veulent s'en sortir, le combat contre les discriminations, en particulier en matière d'emploi et de logement, et le travail de préférence à l'oisiveté. En tant que ministre de l'Intérieur, et en lien avec les autres ministres concernés par cette question, vous agirez donc de manière résolue pour garantir la sécurité dans les quartiers, préserver la tranquillité des habitants, démanteler les bandes. Vous donnerez aux GIR plus de moyens juridiques et humains pour lutter contre les trafics, en particulier par la voie fiscale. Leur méthodologie devra d'ailleurs être étendue à l'ensemble du territoire. Grâce à la loi relative à la prévention de la délinquance du 5 mars 2007 et à la suppression de l'excuse de minorité pour les mineurs de 16 à 18 ans multirécidivistes, vous disposerez des outils nécessaires pour agir sur le terrain et prévenir la délinquance des mineurs, qui crée tant de victimes et compromet l'avenir de tant de jeunes. Grâce à la suppression d'un certain nombre d'unités mobiles, vous pourrez renforcer les effectifs de sécurité dans les quartiers les plus en difficulté. En tant que responsable de l'administration territoriale de l'Etat et ministre des collectivités territoriales, et en lien avec les autres ministres concernés, vous veillerez par ailleurs à l'implantation dans les quartiers en difficulté de services publics, qu'il s'agisse d'administrations publiques de l'Etat ou des collectivités territoriales, et de services de proximité. Vous ferez porter l'effort notamment sur l'emploi, le logement, la formation professionnelle, les transports. Pour l'exercice de vos compétences en matière de sécurité intérieure, vous procéderez à la préparation d'une nouvelle loi d'orientation et de programmation, en privilégiant le redéploiement de moyens existants et le renforcement de la police scientifique et technique. Vous renforcerez la dimension européenne et internationale de votre ministère. Nous souhaitons que l'effort de rapprochement et de travail en commun de la police et de la gendarmerie nationales engagé depuis 2002 s'approfondisse, dans le respect de la spécificité de chacun. Vous étudierez un projet de loi relatif à la gendarmerie nationale, modernisant les textes sur lesquels repose aujourd'hui son fonctionnement. Enfin, avec le ministre de la défense, vous continuerez à améliorer la formation des policiers et des gendarmes et à diversifier leur recrutement, et veillerez à mettre en œuvre une politique dynamique de gestion des ressources humaines, tant celles-ci sont essentielles à l'exercice de cette mission exigeante qu'est la sécurité de nos concitoyens. En tant que ministre chargée des cultes, vous garantirez le libre exercice du culte dans le respect du principe de laïcité, des autres valeurs fondamentales de la République, et des exigences de l'ordre public. L'espérance n'est pas une menace pour la République. Nous voulons que tous les croyants de notre pays puissent pratiquer et transmettre leur religion dans des conditions dignes. Vous veillerez à cet effet à ce que les dispositions déjà en vigueur qui permettent la construction de lieux de culte soient appliquées. Vous nous proposerez des solutions concrètes s'agissant des cimetières confessionnels. Vous accompagnerez des projets de formation d'imams en France. Corrélativement, et en lien avec les autres ministres concernés, vous assurerez le strict respect du principe de laïcité par les administrations publiques et vous protégerez les agents publics qui s'efforcent du mieux possible de remplir leur devoir de neutralité, notamment à l'hôpital. Vous veillerez à protéger et à défendre la liberté de conscience. En tant que ministre des collectivités territoriales, vous ferez une pause dans l'octroi de compétences nouvelles aux collectivités territoriales, sauf exceptions de simplification ou d'expérimentation. En revanche, vous ferez en sorte que les collectivités locales puissent exercer leurs compétences de manière plus libre, plus efficace et plus simple, au plus près des attentes et des besoins de nos compatriotes. Nous vous demandons de rechercher, dans la concertation avec les collectivités, les moyens de clarifier les compétences des différents niveaux de collectivités locales en les regroupant par blocs et en supprimant les redondances. Une loi organique pourra venir conforter cette répartition. Vous ferez en sorte que le pouvoir réglementaire national n'intervienne plus, et en tout cas moins, dans les domaines relevant de la compétence des collectivités locales. Si le législateur a voulu un transfert de compétences, il doit être réel et total. En lien avec le ministre du Budget, des comptes publics et de la fonction publique, vous permettrez une réelle mobilité entre les trois fonctions publiques, condition d'une plus grande autonomie pour les collectivités locales. Sur le plan des finances locales, en liaison avec la ministre de l'Economie, des finances et de l'emploi, vous procéderez à l'actualisation des bases de la taxe d'habitation et des taxes foncières à chaque changement d'occupant ou de propriétaire. Vous participerez aux travaux que nous avons demandé d'entreprendre à la ministre de l'Economie, des finances et de l'emploi pour réformer réellement la taxe professionnelle. En liaison avec le ministre du Budget, des comptes publics et de la fonction publique, vous associerez et intéresserez les collectivités territoriales à l'effort de redressement de nos finances publiques. Vous engagerez enfin une réflexion sur les moyens de simplifier notre organisation administrative au niveau local, avec le souci notamment de réduire le nombre de niveaux d'administration. Vous procéderez à une réorganisation des services de l'Etat entre l'échelon départemental et l'échelon régional dans le double but de mieux répondre aux besoins de notre pays et de nos concitoyens et de réduire la taille de l'administration d'Etat, au profit d'une administration plus légère, plus souple et plus stratège. Dans le cadre de ce schéma général, vous donnerez aux préfets de région et de département pleine compétence pour répartir les effectifs dans les différents services de l'Etat. Enfin, sous votre autorité, le secrétaire d'Etat chargé de l'outre-mer mettra en œuvre le projet présidentiel relatif aux collectivités ultramarines. L'outre-mer est partie intégrante de notre projet pour la France et chacune des onze collectivités d'outre-mer a toute sa place au sein de notre République. Les cultures d'outre-mer doivent notamment être davantage connues et valorisées en métropole. Les difficultés économiques et sociales que nos compatriotes rencontrent outre-mer exigent de nous une implication constante et totale. En premier lieu, il faut créer les conditions d'un développement économique endogène. C'est la façon la plus efficace et la plus durable de lutter contre le chômage et de permettre à nos compatriotes de vivre dignement du fruit de leur travail. Cela passe notamment par le choix d'une politique stable de défiscalisation et par la mise en place de « zones franches globales d'activités » qui couvriront, sur les secteurs les plus porteurs, l'intégralité des territoires de chacun des quatre DOM. Il faudra, parallèlement, faire émerger outre-mer des pôles d'excellence dans la logique des pôles de compétitivité, associant les acteurs économiques et les centres de recherche publique. A cet égard, vous porterez une attention toute particulière au secteur des énergies renouvelables. Les filières agricoles traditionnelles devront être consolidées et l'agriculture ultramarine devra être mieux positionnée sur les marchés. La mise en place d'une politique ambitieuse de protection de l'environnement permettant une exploitation touristique durable des territoires concernés est pour sa part une nécessité absolue. En deuxième lieu, vous vous attacherez à renforcer la sécurité de nos compatriotes d'outre-mer qui sont exposés à des risques importants et, parfois, spécifiques. Les mesures en matière de sécurité concernant la France entière ont, naturellement, vocation à s'appliquer en outre-mer. Cependant, nous vous demandons, en liaison avec les ministres des Affaires étrangères et européennes, de la Justice, de la Défense, de l'Immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du codéveloppement, d'accentuer particulièrement les efforts entrepris pour l'outre-mer dans les directions suivantes : la lutte contre les trafics illicites et l'immigration clandestine, spécialement à Mayotte, en Guyane et en Guadeloupe ; l'amélioration de la prise en charge carcérale des délinquants par un programme ambitieux de rénovation et de construction d'établissements pénitentiaires ; le renforcement de la politique de partenariat, de coopération et de codéveloppement avec les Etats voisins de nos collectivités d'outre-mer ; enfin, l'amélioration de la gestion des risques naturels, notamment par la création de forces d'intervention locales dotées de moyens de projection et de stocks de matériels prépositionnés. Enfin, vous mettrez en œuvre les moyens nécessaires pour assurer aux Français d'outre-mer une réelle égalité des chances. Parce qu'ils ont à faire face à de multiples handicaps structurels, les collectivités d'outre-mer et leurs habitants ont besoin d'une solidarité sans faille. La modernisation du système éducatif pour répondre aux besoins de scolarisation et de formation de la jeunesse d'outre-mer sera une priorité. Vous veillerez, également, à l'accélération de la construction de logements, en particulier de logements sociaux, à l'amélioration de l'offre de soins et à la diversification des structures d'accueil pour les personnes âgées et handicapées, et, enfin, à l'amélioration de la continuité territoriale, aérienne et numérique, gage de cohésion nationale. Par ailleurs, vous vous engagerez dans une lutte résolue contre les discriminations dont peuvent faire l'objet nos compatriotes d'outre-mer, qu'ils vivent dans leurs territoires d'origine ou en métropole. Vous le savez, le programme présidentiel devra être mis en œuvre en respectant scrupuleusement notre volonté de préserver l'avenir des générations futures grâce à une gestion rigoureuse des finances publiques, conforme à nos engagements européens et composante essentielle de la démocratie irréprochable que nous souhaitons mettre en place. Réussir les réformes attendues par les Français et cesser la spirale de l'endettement ne sont nullement inconciliables, mais sont au contraire deux objectifs complémentaires dès lors qu'il est décidé d'abandonner les politiques qui ne marchent pas au profit de politiques qui marchent. Répartir la pénurie est aussi lâche et inefficace que laisser courir la dette publique. Si nous voulons modifier en profondeur les structures et les modes d'intervention des administrations publiques, c'est pour que chaque euro dépensé soit un euro utile et que le potentiel humain inestimable de notre administration soit beaucoup mieux valorisé. Dès cet été, une révision générale des politiques publiques, à l'instar de celle réalisée par le Canada au milieu des années 90, sera donc entreprise. Elle sera conduite, sous notre autorité, par le Secrétaire général de la Présidence de la République, le Directeur du cabinet du Premier ministre, le ministre du Budget, des comptes publics et de la fonction publique, le secrétaire d'Etat chargé de la Prospective et de l'évaluation des politiques publiques, ainsi que des personnalités qualifiées issues du secteur public et du secteur privé, et des parlementaires. L'objet de cette révision générale des politiques publiques sera de passer en revue, avec la collaboration, naturellement, des ministres concernés, chacune des politiques publiques et des interventions mises en œuvre par les administrations publiques, d'en évaluer les résultats et de décider des réformes nécessaires pour améliorer la qualité du service rendu aux Français, le rendre plus efficace et moins coûteux, et surtout réallouer les moyens publics des politiques inutiles ou inefficaces au profit des politiques qui sont nécessaires et que nous voulons entreprendre ou approfondir. C'est dans le cadre de cette révision générale que sera mis en œuvre l'engagement présidentiel d'embaucher un fonctionnaire pour deux partant à la retraite et que nos objectifs de finances publiques sur cinq ans seront poursuivis et atteints (réduction de la dette publique à moins de 60% du PIB, équilibre budgétaire, baisse aussi rapide que possible des prélèvements obligatoires avec l'objectif d'une réduction de quatre points sur dix ans). Nous vous demandons de vous impliquer personnellement et sans réserve dans cet exercice qui ne saurait remettre aucunement en cause la mission que la présente lettre vous confie. Les premières grandes réformes issues de la révision générale des politiques publiques interviendront dès la préparation des budgets pour 2008. Nous insistons sur le fait qu'un bon ministre ne se reconnaîtra pas à la progression de ses crédits, mais à ses résultats et à sa contribution à la réalisation du projet présidentiel, y compris sur le plan financier. Sur l'ensemble des points de cette lettre de mission, nous vous demandons de nous proposer des indicateurs de résultats dont le suivi sera conjoint. Nous souhaitons que figurent notamment, parmi ceux-ci, des indicateurs de résultats relatifs à la lutte contre la délinquance, en particulier dans les domaines de la délinquance des mineurs, des violences aux personnes et de la criminalité organisée, à l'action des GIR, au renforcement de la police scientifique et technique, à l'effort de maîtrise des finances locales et à la simplification des normes qui s'appliquent aux collectivités locales, à la mise en œuvre du projet présidentiel outre-mer. Nous ferons le point d'ici un an de l'avancement de votre mission et des inflexions qu'il convient, le cas échéant, de lui apporter. En vous renouvelant notre confiance, nous vous prions d'agréer, Madame la Ministre, l'expression de nos respectueux hommages. Excellence, Monsieur le président de la République Française, Excellence, Monsieur le Président de la République Gabonaise Mesdames et Messieurs les membres du Gouvernement, Mesdames et Messieurs les Elus de la République, Chers collègues, Mesdames et Messieurs, Le 17 aout 1960, le Gabon accédait en présence d'André MALRAUX représentant le Général de GAULLE empêché, à la souveraineté nationale, après avoir fait partie de l'Afrique équatoriale française de 1910 à 1958. La visite que vous effectué ce jour, Monsieur le Président de la République, moins d'un mois de la commémoration de cet événement fondateur de la coopération franco gabonaise souligne s'il en ait besoin l'excellence et la densité de cette relation privilégiée et mutuellement profitable. Le Gabon s'enorgueillit d'avoir près d'un demi-siècle durant su rester fidèle à ses engagements. En un peu plus de quatre décennies, la relation franco gabonaise a su résister à l'épreuve du temps et aux aléas de la conjoncture internationale. Ces dernières années, les échanges et la coopération entre la France et le Gabon ont donné des fruits divers, dans divers domaines et atteint l'âge de la maturité en dépit de l'ouverture aux pays émergeants dicté par la nouvelle donne internationale. Consolidé et développé les relations avec la France constituent un axe majeur de la politique gabonaise, sous la houlette du Président de la République gabonaise, Son Excellence M. El Hadj Omar Bongo Ondimba, nos élites œuvrent inlassablement dans ce but. L'attachement de nos élites à la France et à sa civilisation tient essentiellement à des raisons historiques et culturelles. Comme leurs consœurs du reste du continent, les élites gabonaises éprouvent une grande fascination pour cette culture vivante dynamique et humaniste qu'incarne la France. Comme vous le savez, Monsieur le Président de la République française, ce sont des élites africaines, en l'occurrence les Présidents Léopold SEDAR SENGHOR du Sénégal, Hamani DIORI du Niger et Habib BOURGIBA de Tunisie qui furent à l'origine de la création du mouvement de la Francophonie, voulu comme un espace d'échanges, de partage et de diffusion de cultures à travers la promotion et le rayonnement de notre instrument de communication commun, la langage française. Dés 1970, le Gabon a voulu accompagné ce mouvement dont il a très tôt perçu le caractère fédérateur, novateur et dynamique. Deux fils du Gabon, François OWONO-NGUEMA et Paul OKOUMBA D'OKWATSEGUE eurent, entre 1982 et 1989, l'insigne honneur de diriger la défunte agence de coopération culturelle et technique devenue depuis, Agence Intergouvernementale de la Francophonie. Autant la France a apporté une contribution inestimable aux progrès de l'humanité, autan le mouvement francophone a servi l'éclosion et la reconnaissance des cultures africaines. Aujourd'hui encore, la France se trouve à l'avant-garde du combat pour le dialogue des cultures et la valorisation des civilisations anciennes. Dédié aux Arts et Cultures d'Amérique, d'Asie et Océanie et surtout d'Afrique, le Musée du Quai Branly est à cet égard, le plus éloquent des témoignages. Très attaché à sa relation avec la France, le Gabon continuera à inscrire cette relation bi latérale dans une vision stratégique à long terme réaffirmant ainsi sa détermination à poursuivre ce dialogue fécond. Que de fois, en effet, l'histoire n'a-t-elle pas associée nos efforts, assemblée nos espoirs et unis nos destins. Au cours des deux derniers mois, vous n'avez eu de cesse d'envoyer des signaux aussi forts que positifs au peuple gabonais qui augurent de perspectives nouvelles porteuses d'espérances et de mieux être pour les populations gabonaises. C'est ainsi que la France et le Gabon ont signé récemment un accord sur la gestion concertée des flux migratoires. Au terme du dit accord, les étudiants gabonais en France, désireux de trouver un premier emploi auront accès sur le site Internet de l'Agence Nationale pour l'Emploi et l'Agence pour l'emploi des Cadres à l'ensemble des offres disponibles. La France a par la suite fortement contribué à rallier le Club de Paris à l'offre de remboursement anticipé de la dette du Gabon portant sur un montant d'un milliard six cents millions d'euros. Ces négociations, ayant aboutit à une décote globale supérieure à 15 %, portent assurément la marque du génie de la France qui assumant totalement son rôle de principal créancier du Gabon a consenti à alléger la dette bi latérale du Gabon de 20 %. Je rappelle ces faits, monsieur le Président de la République française, pour vous exprimer, au nom des élus gabonais, toute notre gratitude. Le Gabon doit d'abord d'exister grâce à la vaillance de ces fils, au labeur de son peuple et à la fidélité à ses engagements. Mais quand il lui a fallu dénombrer ses amis pour affronter les défis du siècle qui s'amorce, la France était à ses cotés. De tout cela, je dirais que nos relations sont fondées sur l'échange et le soutien mutuel. Monsieur le Président de la République française, monsieur le Président de la République gabonaise, dans un contexte internationale en plein mutation, l'approfondissement du partenariat global franco gabonais doit non seulement correspondent aux intérêts fondamentaux des peuples mais aussi contribuer au maintient de la paix et de la stabilité ainsi qu'à la promotion de nouveaux pôles de croissance et de prospérité. A cet égard, qu'il me soit permis, monsieur le Président de la République, de dire que j'ai noté dans votre méthode de gouvernement et votre projet de société d'énormes similitudes avec la pratique et les préoccupations politiques en vigueur, chez nous, au Gabon. Premièrement, l'ouverture pour une plus grande efficacité de la puissance publique depuis la restauration de la démocratie en 1990 les gouvernements successifs ont été au Gabon, marqués du sceau de la main tendue à l'ensemble des talents et sensibilités qui, par-delà les clivages partisans, entendent se mette au service de la communauté nationale tout en demeurant fidèles à l'esprit des institutions et à la nécessité de consolider chaque jour davantage le dialogue social. Deuxièmement, le refus de voir les valeurs humaines et permettez-moi de vous paraphraser, monsieur le Président de la République française, donc "le refus de voir les valeurs humaines céder sous la pression de seuls intérêts commerciaux et financiers", fin de citation, et la fois dans les initiatives intégratrices attachées au droit de l'Homme, à la démocratie et à la solidarité. Déterminé à assurer la protection des plus faibles, le Gabon croit en un ordre mondial qui protège l'Afrique des dérives de la mondialisation et favorise un renforcement des structures supranationales. Troisièmement, la nécessité de répondre à l'urgence du développement durable. La France, pays industrialisé, et donc potentiel émetteur de gaz à effet de serre est à la pointe de la réflexion pour la mise en place d'une organisation mondiale de l'environnement. Le Gabon, pays en développement situé dans le bassin du Congo. Deuxième poumon de l'humanité après l'Amazonie, concentre actuellement ses efforts, à la fois sur sa modernisation et la protection de la diversité biologique. Sur ces aspects, nos deux Etats, sont, une fois de plus forts complémentaires. L'Agence Française de Développement a, depuis toujours, appuyé la formulation et la mise en œuvre des plans d'aménagement en vue d'une gestion durable de la diversité biologique dans les forêts de production. Le Gabon, a pour sa part, créé, le 30 août 2002, un réseau de 13 parcs nationaux, couvrant pas moins de 10,6% du territoire national. Ce qui constitue une réponse complète aux engagements de Rio de Janeiro. Mais, pour parler franc, monsieur le Président de la République française, cette initiative du Président BONGO ONDIMBA ne reçoit pas toujours le soutien qu'elle est en droit d'attendre de la part de la communauté internationale, compte tenu de la position du Gabon et ses responsabilités dans le devenir des écosystèmes du bassin du Congo. Les élus gabonais sont prêts à contribuer à l'approfondissement de notre coopération globale avec la France, notamment en ce qui concerne la foresterie communautaire, l'agroforesterie, le tourisme, plus particulièrement l'éco-tourisme communautaire, la recherche scientifique ainsi que la protection de l'environnement et de la diversité biologique. Pour étendre sans cesse cette coopération à de nouveaux domaines et se donner les moyens de relever avec succès les défis du troisième millénaire. Monsieur le Président de la République française, Monsieur le Président de la République gabonaise, Mesdames et Messieurs les membres du gouvernement, Mesdames et Messieurs les élus, Chers collègues, Mesdames et Messieurs, En 47 ans de coopération bilatérale, le chemin parcouru est important qui rapproche deux Etats, mais aussi deux nations, deux sociétés, deux peuples, animés par le désir de mieux se connaître et mieux de comprendre. La prise en compte des nouveaux défis planétaires donnera à nos deux peuples une occasion supplémentaire de se présenter l'un à l'autre en magnifiant le legs du passé tout en ouvrant des perspectives nouvelles. En acceptant de vous exprimer devant des élus gabonais, vous leur avez, dès à présent, monsieur le Président, donné l'occasion de manifester l'attachement qu'il porte à la France et à son peuple. Au nom des élus gabonais, je voudrais, en cette circonstance solennelle, exprimer notre désir de voir la France réussir sa mutation sociopolitique, tout en accompagnant celle du Gabon dans l'intérêt de nos deux peuples et d'un monde plus prospère et plus stable. Oui, monsieur le Président de la République française, nous avons beaucoup à faire ensemble. La relation franco-gabonaise, construite tout au long de notre histoire commune, se veut aussi prospective et porteuse d'avenir, parce que, fondée sur une culture et des valeurs partagées, ensemble, essayons à présent d'inventer le futur. Je vous remercie de votre bienveillante attention. LE PRESIDENT Monsieur le Président de la République, Cher Omar, Monsieur le Président de l'Assemblée nationale, Monsieur le Président du Sénat, Mesdames et Messieurs les Députés et Sénateurs, Monsieur le Premier Ministre, Mesdames et Messieurs les Ministres, C'est un réel plaisir pour moi que de m'entretenir avec vous à l'occasion de ma visite au Gabon. J'ai vu aujourd'hui, au Gabon, un pays qui évolue, une société civile active, un pays qui veut la modernité. Après la période douloureuse du début des années 90, et les élections contestées de 1993, le temps de l'apaisement est arrivé. Le Gabon s'est clairement engagé sur la voie du multipartisme composante essentielle de la démocratie. Vous connaissez ma franchise et ma liberté de parole. Contrairement à ce que certains disent, il n'y a pas d'exception africaine ou je ne sais quelle spécificité culturelle qui rendrait l'Afrique incompatible avec la démocratie. Dire cela, c'est aussi stupide et choquant que ceux qui affirmaient que les pays d'Europe de l'Est n'étaient pas faits pour la démocratie. Ou que la Russie n'était pas faite pour la démocratie. La démocratie s'est un droit pour tous les peuples sur tous les continents. La renaissance africaine est, aujourd'hui, l'aspiration commune des peuples du continent. Les Africains y cherchent la dignité, le respect et surtout la maîtrise de leur propre destin. Au Gabon, comme ailleurs, une démocratie vivante et forte y répondra. Alors la démocratie au Gabon bat donc au rythme des élections. Je m'en félicite. Mais parce que nous sommes amis, je veux vous dire, sans détour, que la démocratie ne se résume pas aux élections. La démocratie pour les élus du peuple que nous sommes, c'est aussi de rendre des comptes à ceux qui nous ont fait confiance. C'est un devoir pour quiconque est élu. La démocratie, c'est construire un Etat de droit, c'est assurer la neutralité d'une administration au service de l'intérêt général, c'est protéger les libertés individuelles, c'est garantir le plein respect des droits de l'Homme, la liberté de la presse et l'indépendance de la justice. Je sais bien les difficultés, les efforts que cela représentent. La démocratie en France, Cher Omar, ne s'est pas faite en un jour. Elle a besoin de beaucoup de perfectionnement encore. C'est un travail patient, de longue haleine et qui suppose une détermination et une vigilance de tous les instants. Je veux vous dire que votre Parlement a un rôle essentiel à jouer. C'est une lourde exigence. Mais n'est-ce pas aussi un honneur formidable que de répondre aux aspirations démocratiques de votre peuple, qui sont aussi celles de tous les peuples d'Afrique et du monde. Une démocratie plurielle suppose que l'opposition ait un statut et des droits reconnus. Dans la réforme de la Constitution que je propose en France, j'ai demandé à ce que l'on réfléchisse à cette question du statut de l'opposition. Je n'oublie pas non plus l'importance des moyens dont doit disposer chaque élu du peuple pour assumer toutes ses responsabilités et tous ses devoirs. A cet égard, -on est sûr de toujours faire un tabac devant les parlementaires avec cela, de ce point de vue, le parlementaire du Gabon ressemble aux parlementaires de France et pourtant c'est vrai-. Il va de soit, donc, que la France est disposée à poursuivre et à accroître sa coopération interparlementaire avec le Gabon. Ses échanges doivent se multiplier. Je sais que le Président du Sénat français est venu à Libreville. D'autres missions seront les bienvenues dans un sens comme dans l'autre. Mesdames et Messieurs les Députés et Sénateurs, le Gabon, comme tous les Etats d'Afrique, doit relever les défis de la modernité. L'Afrique ne peut pas, l'Afrique ne doit pas rester à l'écart de la mondialisation en marche. Nous avons, vous et nous, une responsabilité commune pour y parvenir. La France, pour ce qui la concerne, est déterminée à appuyer les efforts de ceux qui, en Afrique, souhaite adapter leur économie et promouvoir les libertés et les droits de l'Homme. La France fait un effort particulier pour alléger la dette du Gabon qui va au-delà des remises de dette que viennent d'accepter, à la demande de la France, les principaux créanciers du Club de Paris. Je propose que cet effort supplémentaire français serve à financer au Gabon des projets de développement liés à la préservation des forêts. L'Afrique a tous les atouts pour attirer les investisseurs étrangers d'où qu'ils viennent et bénéficier pleinement des fruits du commerce international. L'Afrique pourra d'autant plus le faire qu'elle consolidera tous les éléments d'une bonne gouvernance, la transparence des comptes publics, l'environnement favorable aux entrepreneurs, la lutte contre la corruption, le respect du droit de la propriété. Chers amis, d'Afrique, si vous voulez que les investisseurs du monde entier investissent en Afrique, considérez que le respect du droit de propriété et l'état de droit, sont des éléments essentiels pour que l'économie d'Afrique se développe. Il est indispensable que les règles soient les mêmes pour tous, claires, appliquées également et dans la transparence, en évitant ce qui serait un deux poids, deux mesures, qui pénaliserait ceux qui respectent les lois et qui favoriserait ceux qui les ignorent. Il est important que le Gabon ait fait le choix d'adhérer volontairement à l'initiative internationale sur la transparence des industries extractives. Dans ce cadre, je note que le Gabon est le seul pays en Afrique à avoir publié deux rapports successifs d'application. Je ne peux que vous encourager à poursuivre dans cette voie prometteuse. Je ne veux pas être plus long, mais je ne pourrais pas clore mes propos sans rappeler que l'Assemblée parlementaire de la Francophonie a élu pour président, le Président de l'Assemblée nationale gabonaise. Permettez-moi de le féliciter. La défense et la promotion de la langue française seront ainsi menées avec constance et avec détermination sous sa direction. Je vous remercie de m'avoir permis de m'exprimer en toute amitié devant vous, car je sais que parlant devant vous, je parle devant l'ensemble des gabonais. La France est l'amie du Gabon. La France demeurera l'amie du peuple gabonais. La France vous accompagnera sur le chemin du développement, de la démocratie et du respect des droits de l'Homme. Je vous remercie. | QUESTION - Doit-on voir dans cette première visite en terre gabonaise un signe supplémentaire des liens privilégiés qui unissent le Gabon et la France ? LE PRESIDENT - Il y a deux raisons à ma présence au Gabon. La première, c'est que, depuis 1967, le Gabon est un partenaire privilégié de la France, au-delà de toutes les alternances en France, quels qu'aient été les présidents, le Général de GAULLE, Georges POMPIDOU, Valéry GISCARD d'ESTAING, François MITTERRAND, Jacques CHIRAC. Quelle que fut la couleur de la majorité politique en place, le Gabon a toujours été un ami fidèle pour la France. Il y a 850 militaires français, ici, au Gabon. C'est un ami traditionnel de la France et c'est la première raison de ce déplacement. La seconde, c'est le rôle du Président Omar BONGO, doyen des Chefs d'Etat et, en Afrique, cela a une vraie signification. Chaque fois que dans la sous-région ou dans la région, il y a une crise, le Gabon a joué son rôle au service de la paix et de l'unité. J'ai pu le vérifier lors de multiples contacts. Ces deux raisons m'ont fait venir ici au Gabon. QUESTION - Monsieur le Président, nous sommes ici au Gabon, mais l'actualité française ne s'arrête pas pour autant. Je voulais savoir si vous aviez une réaction à la mise en examen de Dominique de VILLEPIN ? LE PRESIDENT - Aucune. QUESTION - Monsieur le Président, vous avez manifesté la volonté d'instaurer un nouveau type de partenariat avec l'Afrique en général. Quels sont les contours ou encore quelles formes pourrait prendre cette coopération. ? LE PRESIDENT - Deux exemples avec le Gabon. Le premier, c'est l'affaire des visas. Le Président BONGO m'en avait parlé à d'innombrables reprises. Il voulait plus de facilités pour l'obtention des visas pour les diplomates et les hommes d'affaires gabonais. C'est chose faite. Par ailleurs, c'est la première fois que la France a signé un accord de réadmission qui fait que le Gabon, non seulement s'engage à reprendre ses propres ressortissants en situation illégale mais tout autre ressortissant, même s'il n'est pas gabonais, à partir du moment où il est en provenance du Gabon. Deuxième élément, c'est l'affaire de la dette. Je veux dire les choses telles qu'elles se présentent Le Gabon n'a pas de riches réserves pétrolières. La production de pétrole y diminue, passant sur les cinq dernières années de 17 millions de tonnes à 12. Et dans dix ans, si on ne trouve pas de nouveaux gisements, il n'y aura plus de pétrole. Présenter le Gabon comme un pays qui ne peut pas bénéficier de remise de dettes, c'est, me semble-t-il, une injustice. J'ajoute que le Gabon a une réserve extraordinairement importante pour la planète, c'est la forêt, puisque le Gabon fait partie du bassin du Congo. Et sur le bassin du Congo existe la deuxième forêt du monde après la forêt amazonienne. Cela représente un potentiel de consommation de gaz à effet de serre extraordinaire. La seule forêt gabonaise consomme chaque année quatre fois plus de gaz à effet de serre que n'en produit toute la France. Nous devons donc aider nos amis gabonais à entretenir, à exploiter écologiquement, j'allais dire durablement, cette forêt qui est une richesse pour le monde. Je me suis investi avec Jean-Marie BOCKEL pour la renégociation de la dette auprès du club de Paris. Le Gabon a obtenu une décote de 15% qu'il demandait depuis bien longtemps. Sa dette doit être de l'ordre de 2 milliards 200 millions d'euros. La France représente un peu plus d'un milliard de cette dette et la France appliquera une décote de 20%. Mais comme je ne peux pas, en tant que Chef de l'Etat, supprimer une dette, j'ai proposé de transformer les 5% qui existent entre les quinze % de décote et les 20 %. Cela représente 50 millions d'euros. Et j'ai proposé de transformer cette dette en investissement dans la forêt gabonaise. C'est-à-dire qu'au lieu de nous rembourser 50 millions d'euros, les Gabonais vont investir cette somme dans leur forêt. Je soutiens d'ailleurs le plan gabonais qui a fait que vous avez créé pas moins de dix parcs nationaux sur l'ensemble de votre territoire. C'est un enjeu considérable et c'est un enjeu de développement. Je dis les choses comme je les pense. Nous voulons aider les pays d'Afrique sur la voie du développement et sur la voie de la diversification. QUESTION - Je voudrais savoir pourquoi Brice HORTEFEUX, ministre de l'Immigration, de l'Identité Nationale et du Co-développement ne vous accompagne pas. Ma deuxième question concerne l'accueil de votre discours d'hier à Dakar. Son accueil semble avoir été assez frais ce matin dans la presse sénégalaise notamment. Je voudrais savoir si cela vous surprend. LE PRESIDENT - Brice ne m'a pas accompagné, comme Bernard KOUCHNER ne m'a pas accompagné, comme Christine LAGARDE ne m'a pas accompagné alors qu'elle a participé à la renégociation de la dette. Je dois d'ailleurs vous dire que je souhaite être un Président de la République qui n'empoisonne pas la vie des ministres du gouvernement qui ont des occupations importantes. On doit pouvoir se déplacer les uns et les autres, chaque fois que c'est utile. Il m'a semblé qu'à partir du moment où j'avais à mes côtés, le ministre de la Coopération et Rama YADE, de surcroît, parce qu'il s'agissait du Sénégal, c'était bien suffisant. Brice est venu ici il y a très peu de temps. Je ne vois pas pourquoi j'allais lui imposer de revenir. Donc, n'y voyez pas d'autre signification que celle-ci. Mais je lui transmettrais votre regret et je suis sûr qu'il y sera sensible, Monsieur JEUDY. Sur le Sénégal, j'étais très heureux de mon déplacement. Pourquoi ? Parce que j'ai trouvé que, pour la première fois, un Chef d'Etat, Abdoulaye WADE, s'est engagé sur une vision de l'immigration partagée par la France. Et je n'ai pas le souvenir qu'un seul Chef d'Etat, dans une conférence de presse, ait dit avec autant de franchise que le Président du Sénégal : " nos élites doivent revenir au pays pour aider au développement de ce pays ". C'est un moment fort et particulièrement important. J'ajoute que j'ai été très sensible à l'accueil populaire. C'est plus difficile de faire des déplacements en Afrique en disant que tout le monde n'a pas vocation à venir en France. C'est plus difficile de tenir le même discours en Afrique et à Paris que de tenir des discours différents. Convenez-en. Il fut un temps où vous-même avez décrit des voyages au cours desquels les gens dans la rue criaient : " des visas, des visas ". Mon discours est le même. L'Afrique a besoin de ses cadres et de ses élites. J'aime l'Afrique, j'aime les Africains, je les respecte. Donc je dis quelle est la politique que nous allons suivre. Je trouve que, dans ce contexte, l'accueil a été remarquable. J'ajoute que nous allons prendre des initiatives communes, le Président du Sénégal et moi, peut-être même signer un papier. Car, dans la nuit, le Président du Sénégal a rédigé une note manuscrite pour me dire combien il avait été intéressé par cette idée de Conseil Eurafrique et, qu'avant le sommet de Lisbonne, nous devrions prendre une initiative ensemble. Et franchement, je trouve que tout ceci s'est passé au mieux entre l'étape libyenne et l'étape sénégalaise. L'Afrique, c'est l'Afrique et on ne peut pas se plaindre qu'il n'y ait pas assez de démocratie. Cela devient difficile ! Quand il n'y a pas de critiques, c'est qu'il n'y a pas de démocratie, quand il y a des critiques, il n'y a pas d'accord. Il faut accepter et les gens qui ne sont pas d'accord au Sénégal, c'est très bien. J'ajoute que j'y ai reçu les représentants de l'opposition et que j'en avais parlé au Président Wade. C'est peut-être une nouvelle façon de concevoir les rapports entre l'Afrique et la France. Je ne saurais trop vous recommander de souligner ce qui, à mes yeux, n'est pas un détail. QUESTION - Revenons sur les relations franco-gabonaises. Vous allez vous rendre tout à l'heure dans la forêt gabonaise de la Mondah. Vous allez visiter un site forestier alors que vous auriez pu visiter tout autre chose. Quel sens particulier donnez-vous à cette visite, Monsieur le Président ? LE PRÉSIDENT - Parce que c'est un enjeu environnemental et parce que je reste convaincu, que pour le Gabon, et pas que pour le Gabon, la forêt est une matière première extraordinaire. Je souhaite, d'ailleurs, que les pays européens soit beaucoup plus sévères avec les fournisseurs illégaux de bois car je ne veux pas que l'on pille la forêt africaine. Elle doit être respectée parce que c'est un élément essentiel de l'équilibre du monde. Dans mes invités, vous verrez une femme, Jane Goodall, que je vais vous présenter et qui a consacré sa vie à la forêt. C'était une façon pour moi pour de dire que le monde d'aujourd'hui a besoin de l'Afrique. A mes yeux, la matière première la plus importante pour l'Afrique est la forêt. C'est un enjeu majeur. Je voulais aller dans le bassin du Congo. J'ai hésité même sur un autre déplacement parce que je voulais insister sur cette question de la forêt et notamment de la forêt africaine. C'est une richesse considérable. Le monde a besoin de l'Afrique pour des raisons écologiques. Il ne faut pas laisser piller la forêt africaine, il faut l'entretenir. Cela ne veut pas dire qu'il ne faut pas laisser nos amis africains l'exploiter. Au contraire, il faut les laisser l'exploiter mais l'exploiter de façon durable. Et c'est cet engagement, 50 millions d'euros, que la France met au service de cette forêt. Voila pourquoi j'ai choisi de privilégier ce déplacement parce qu'il m'a semblé que c'était particulièrement illustratif du rôle que je voudrais voir jouer à Afrique. J'ajoute que, pour l'Afrique et l'Europe, il y a une nécessité de rapprochement qui est évidente pour des raisons économiques, politiques. De ce point de vue, le Président WADE a des idées très claires, très justes. Il y a un marché considérable en Afrique. Il y a des possibilités de développement considérable. L'Afrique et l'Europe doivent se tenir la main QUESTION - La justice française a ouvert le mois dernier une enquête préliminaire sur les biens immobiliers des Président BONGO et N'GUESSO. Est-ce que cette enquête ne pose pas le problème de la mauvaise gouvernance ? Est-ce qu'elle n'écorne pas l'image du Gabon, du Congo Brazzaville et des relations de ces deux pays avec la France ? Par ailleurs, au Niger, les autorités accusent la Libye et la société française AREVA de soutenir la rébellion touarègue. Le représentant français d'AREVA à Niamey a été expulsé, quelle est votre réaction ? LE PRESIDENT - Sur la deuxième question, c'est une réaction très mesurée. Nous essayons de démêler les fils, de voir ce qui s'est exactement passé. Ce n'est pas la première crise que connaît le Niger. Je fais toute confiance aux autorités démocratiques du Niger pour surmonter cette crise. Et il se peut que dans les jours qui viennent, nous prenions une initiative pour essayer de renouer les fils du dialogue. Je ne voudrais rien dire qui complique une situation qui l'est déjà suffisamment. Le Niger est un pays important pour nous, puisque il est l'un des principaux producteurs d'uranium, d'où la présence d'AREVA sur place. Sur les éléments dont vous venez de parler, il y a une enquête préliminaire qui a été engagée d'ailleurs avant que je ne devienne Président de la République. Que la justice fasse son travail. Mais je ne vois pas au nom de quoi cela devrait avoir un impact sur les relations entre notre pays et le Gabon. Si à chaque fois qu'il y avait des enquêtes judiciaires, il fallait qu'on arrête nos relations, on ne les aurait pas arrêtées simplement du côté africain, si vous voyez ce que je veux dire. Attendez que la justice fasse son travail et on verra bien. J'ajoute que j'aimerais que l'on soit juste avec nos amis africains. S'agissant du Gabon, je ne pense pas que cela soit le pays qui ait le plus à rougir du fonctionnement de la démocratie interne par la pluralité de la presse, par la pluralité des forces politiques. QUESTION - Allez-vous recevoir des opposants politiques gabonais ? LE PRESIDENT - Franchement, ils ne m'en ont pas fait la demande, à la différence du Sénégal où je les ai reçus bien volontiers. Ici, ils ne m'ont pas fait cette demande et je n'ai pas été jusqu'à les solliciter. Mais j'ai observé que le Président du Sénégal avait reçu également Ségolène ROYAL. Je ne m'en étais pas formalisé. Ce sont des pratiques tout à fait régulières et qui ne posent pas l'ombre d'un problème. QUESTION - Monsieur le Président, votre gouvernement comporte un ministère de l'Intégration, de l'Immigration, de l'Identité Nationale et du Co-développement avec, entre autres, comme priorité la maîtrise des flux migratoires. Est-ce que cette volonté affirmée ne relègue pas au second plan les préoccupations en matière de co-développement pour reprendre un terme qui vous est cher ? Et comment comptez-vous, Monsieur le Président, concrètement rassurer vos partenaires africains, même si de la candidature à la Présidence de la République, de l'eau a déjà coulé sous les ponts ? LE PRESIDENT - Il est sûr que de l'eau a coulé sous les ponts, parce c'est plus facile d'être Président que d'être candidat. Mais je n'ai pas le sentiment d'avoir changé. Je veux aider l'Afrique à se développer. Et je veux lui parler franchement comme je l'ai fait à Dakar hier. On ne peut pas tout mettre sur le compte de la colonisation. Ce n'est pas vrai. La corruption, les dictateurs, les génocides, ce n'est pas la colonisation. Je suis un ami de l'Afrique et je ne crois pas qu'elle soit condamnée au malheur et à l'absence de croissance. Il y a un potentiel considérable en Afrique. Mais je pense qu'à un certain moment, il faut bien que quelqu'un dise qu'il y a 450 millions de jeunes Africains qui ont moins de 17 ans et que tous ne pourront pas venir en Europe. Si on prend tous vos médecins, tous vos cadres, tous vos ingénieurs, tous vos techniciens, comment allez-vous développer vos économies ? Je sais bien, cela ne se fait pas de dire cela. Pourtant, c'est la vérité. Et la France restera un pays ouvert. Mais la France restera un pays qui dira sa part de vérité. Mesdames et Messieurs, je vous remercie. LE PRESIDENT - M. le Président, vous avez reçu votre homologue gabonais Omar Bongo Ondimba fin mai, c'est-à-dire très peu de temps après votre prise de fonction. Vous vous êtes à nouveau entretenus à Paris début juillet. Et vous voilà, à votre tour, à Libreville. C'est la réaffirmation, et même l'approfondissement, d'une relation particulière. Vous avez raison de parler de relation particulière. On pourrait aussi parler de relation privilégiée. Vous connaissez comme moi la richesse et la diversité des liens qui unissent nos deux pays. C'est une relation qui est faite d'amitié, de respect, d'échange, d'amour parfois, puisque près du tiers des Français inscrits au Consulat de France à Libreville sont des bi-nationaux. La France et le Gabon ont un héritage commun mais surtout un avenir commun. Cette relation exemplaire, qui est une chance pour nos deux pays, doit être modernisée, adaptée aux évolutions du monde. C'est le sens de ma visite aujourd'hui et de l'accent que j'ai voulu mettre sur les grands équilibres de la planète. Je dois dire aussi que je connais le président Bongo depuis de nombreuses années. QUESTION - Une nouvelle illustration de la qualité des liens entre Libreville et Paris a été la signature, le 5 juillet, d'un accord qualifié de "modèle" par le ministre français de l'Immigration et un de vos proches, Brice Hortefeux, et visant à la maîtrise des flux migratoires, l'une de vos grandes priorités... LE PRESIDENT - Dans le cas du Gabon il ne s'agit pas vraiment de maîtriser des flux migratoires. Le Gabon est plus un pays d'immigration que d'émigration. Cet accord est cependant un modèle au sens où il comporte des concessions réciproques et facilite la circulation. Il tient compte à la fois de la faiblesse du risque migratoire présenté par les Gabonais et de la spécificité de notre relation. Cet accord souligne que la gestion concertée des flux migratoires ce n'est pas la fermeture mais une circulation qui bénéficie aux deux parties. QUESTION - En réponse au message de félicitations que le président Bongo Ondimba vous a adressé au lendemain de votre élection, vous exprimiez la volonté de "donner un nouvel élan" aux relations entre nos deux pays "au moyen d'une coopération renforcée et d'un partenariat sans cesse plus étroit". Dans quelles directions pensez-vous qu'il est nécessaire de travailler en priorité aujourd'hui ? LE PRESIDENT - Ce partenariat plus étroit que je souhaite développer avec le Gabon et avec le reste du continent africain c'est celui qui doit permettre d'accélérer la croissance afin de fournir des emplois à la jeunesse et de réduire la pauvreté. Les directions dans lesquelles il faut travailler sont celles qui correspondent à la stratégie adoptée par le gouvernement gabonais et sur lesquelles les partenaires au développement se sont engagés à apporter leur appui. Au Gabon, la France s'engage pour soutenir la politique de diversification économique, de protection et de gestion durable de la forêt et d'amélioration de l'accès à des services sociaux de qualité. Je pense que la France vient tout récemment de donner une illustration concrète du renforcement de cette coopération en appuyant les efforts du Gabon pour obtenir un accord au Club de Paris permettant un remboursement anticipé de la dette gabonaise. La France, ira même au-delà de l'accord obtenu sur une décote de 15% en accordant une conversion/annulation additionnelle permettant d'atteindre une décote de 20%. Cette démarche est partenariale car elle vise à atteindre un objectif validé par les deux partenaires par la réalisation d'engagements souscrits par les deux partenaires. Chacun doit faire sa part. QUESTION - Dans la relation franco-africaine, Paris a certes accompli d'importants efforts en matière d'aide publique au développement. Mais ceux-ci restent encore en-dessous du seuil de 0,7% du PIB consacré à cette APD. Peut-on en espérer un accroissement et à quel horizon, surtout au regard des problèmes croissants de développement auxquels est confrontée l'Afrique ? LE PRESIDENT - Je ne pense pas que l'on puisse parler des problèmes croissants de développement de l'Afrique. Il me semble au contraire que la situation de l'Afrique s'améliore. Pour la quatrième année consécutive, la croissance économique du continent dépasse en effet les 5%. L'aide publique au développement ne doit pas être renforcée parce que la situation de l'Afrique se dégrade, elle doit l'être pour accélérer les mutations en cours. Elle doit l'être également car elle représente pour la France un investissement dans l'avenir de l'Afrique avec laquelle elle partage un destin commun. La France respectera ses engagements internationaux. Au-delà du volume, il faut parler de l'efficacité et du ciblage de l'aide. Le volume de l'aide n'est pas une solution miracle. Dans les années 1960, la France consacrait à l'APD plus de 0,7% de son Revenu National Brut sans pour autant réussir à provoquer un décollage économique décisif. Je dois enfin préciser que seule l'efficacité de l'aide permet de justifier aux yeux des contribuables français l'effort de solidarité qui leur est demandé au moment où les besoins ne manquent pas non plus en France. QUESTION - Quelles seront sous votre présidence les principales conditionnalités à remplir pour bénéficier de l'aide publique française ? LE PRESIDENT - L'aide publique française, ce n'est pas de la charité soumise à des conditions. L'aide publique est un investissement dans un avenir commun. Comme tous les investissements l'aide ne peut être efficace que si ses objectifs sont précis, si tous les acteurs les partagent, s'engagent sur les moyens de les atteindre et tiennent leurs engagements. L'aide publique française sera donc accordée prioritairement aux pays qui respectent leurs engagements ; je pense notamment aux performances en matière de gouvernance politique et économique. Les performances en matière politique et économique, les valeurs que nous défendons, vous et nous, sont d'abord au service du peuple, nous ne devons jamais l'oublier. Je pense également qu'il faut encourager les gouvernements qui s'engagent dans une gestion transparente de leurs recettes publiques, notamment ceux qui ont adhéré à l'initiative pour la transparence dans les industries d'extraction et la mettent en œuvre. Il faut encourager les gouvernements et qui rendent compte de l'utilisation des recettes publiques à la représentation nationale et à la société civile. Enfin, je dois vous dire que je méfie du mot " conditionnalité " qui est souvent utilisé pour rejeter sur les partenaires extérieurs les obligations qui incombent aux gouvernements. Certains dénoncent des ingérences extérieures dans des conditionnalités politiques liées à l'aide et oublient un peu vite que les droits de l'homme et la démocratie sont aussi des valeurs africaines. J'invite tous ceux-là à relire la charte africaine des droits de l'homme et des peuples. QUESTION - Ces dernières années, on observe une offensive diplomatique d'autres puissances mondiales dans les anciennes colonies françaises : les Etats Unis, la Chine et d'autres pays émergents. Cette situation inquiète-t-elle la France ? Que compte faire Paris pour maintenir son rang dans son pré carré ? LE PRESIDENT - Je ne considère pas que les anciennes colonies françaises puissent être décrites comme un pré carré. C'est un concept anachronique qui ne correspond ni à la réalité, ni au souhait de la France, ni à celui des pays concernés. Ce concept renvoie même à un paternalisme que je rejette et qui a fait beaucoup de tort à la relation entre la France et l'Afrique. Au nom de quoi, 47 ans après leurs indépendances, ces pays devraient-ils renoncer à tirer profit des opportunités offertes par d'autres partenaires. Comment regretter que les anciennes colonies françaises s'ouvrent à de nouveaux partenaires quand la France s'ouvre à l'ensemble des pays africains. Ce ne serait ni juste, ni équitable, ni respectueux de ces pays. A l'époque de la mondialisation, aucun pays, aussi proche du Gabon soit-il, ne peut prétendre avoir le monopole de son amitié. Le monde change, le Gabon change. Nos relations doivent changer également. Le changement, c'est aussi le souci de la diversification. Je salue à cet égard l'ouverture de votre pays sur le monde et sa capacité à attirer de nouveaux partenaires et de nouveaux investisseurs. Je pense aux nouveaux venus qui offrent de véritables opportunités pour la valorisation des ressources naturelles. On ne peut pas dire qu'on a de l'amitié pour un pays, qu'on souhaite son développement et regretter les investissements d'autres acteurs tels que la Chine, le Brésil ou l'Afrique du Sud. Leur présence est importante et bénéfique dès lors qu'ils respectent eux aussi les enjeux du développement durable. S'il y a concurrence, c'est aux Africains de fixer des règles équitables et transparentes et d'en profiter. Mon seul souci est que ces règles soient les mêmes pour tous. Si c'est le cas, les entreprises françaises sauront démontrer, j'en suis convaincu, qu'elles sont compétitives. Elles pourront, elles aussi, continuer à travailler au Gabon et participer au développement du pays. La France ne cherche pas non plus à maintenir un " rang ". Si des relations privilégiées doivent exister entre des pays ou entre des peuples, ce n'est certainement pas en vertu d'un héritage mais plutôt d'une adhésion commune, volontaire et renouvelée à des valeurs communes, à un projet commun. Elle souhaite avoir pour amis et alliés les pays qui se reconnaissent dans les valeurs qu'elle porte et dans son action. Je pense que les pays comme le Gabon avec lesquels nous partageons une histoire et une familiarité réciproque seront enclins plus facilement que d'autres à se reconnaître dans l'action de la France et à l'appuyer. Ensemble, tout devient possible. QUESTION - Une question presque personnelle pour finir. Lors de la campagne présidentielle en France, vos adversaires vous ont présenté comme une sorte d'épouvantail, en raison notamment de votre discours sur la rupture. Pensez-vous, à présent que vous êtes à la tête du pays, continuer à susciter de la méfiance auprès des Africains, en particulier ? S'il vous était donné de juger vous-même votre style, comment le qualifierez-vous ? LE PRESIDENT - Je n'ai pas le sentiment d'être un épouvantail. Je ne pense pas non plus qu'un discours de rupture suscite tant de méfiance en Afrique. Les Africains aussi veulent le changement. Comme je viens de le dire, le monde change, et il change très vite. Ce qui vaut pour le Gabon vaut pour la France. Mon pays, comme tous les pays du monde, doit s'adapter à ces changements. On ne peut progresser dans l'immobilisme. C'est en ce sens qu'il y a parfois des ruptures nécessaires. Mon souci c'est la modernisation, mais ce n'est pas un but en soi. Le véritable objectif, c'est l'efficacité. Mesdames et Messieurs, Permettez-moi de remercier d'abord le gouvernement et le peuple sénégalais de leur accueil si chaleureux. Permettez-moi de remercier l'université de Dakar qui me permet pour la première fois de m'adresser à l'élite de la jeunesse africaine en tant que Président de la République française. Je suis venu vous parler avec la franchise et la sincérité que l'on doit à des amis que l'on aime et que l'on respecte. J'aime l'Afrique, je respecte et j'aime les Africains. Entre le Sénégal et la France, l'histoire a tissé les liens d'une amitié que nul ne peut défaire. Cette amitié est forte et sincère. C'est pour cela que j'ai souhaité adresser, de Dakar, le salut fraternel de la France à l'Afrique toute entière. Je veux, ce soir, m'adresser à tous les Africains qui sont si différents les uns des autres, qui n'ont pas la même langue, qui n'ont pas la même religion, qui n'ont pas les mêmes coutumes, qui n'ont pas la même culture, qui n'ont pas la même histoire et qui pourtant se reconnaissent les uns les autres comme des Africains. Là réside le premier mystère de l'Afrique. Oui, je veux m'adresser à tous les habitants de ce continent meurtri, et, en particulier, aux jeunes, à vous qui vous êtes tant battus les uns contre les autres et souvent tant haïs, qui parfois vous combattez et vous haïssez encore mais qui pourtant vous reconnaissez comme frères, frères dans la souffrance, frères dans l'humiliation, frères dans la révolte, frères dans l'espérance, frères dans le sentiment que vous éprouvez d'une destinée commune, frères à travers cette foi mystérieuse qui vous rattache à la terre africaine, foi qui se transmet de génération en génération et que l'exil lui-même ne peut effacer. Je ne suis pas venu, jeunes d'Afrique, pour pleurer avec vous sur les malheurs de l'Afrique. Car l'Afrique n'a pas besoin de mes pleurs. Je ne suis pas venu, jeunes d'Afrique, pour m'apitoyer sur votre sort parce que votre sort est d'abord entre vos mains. Que feriez-vous, fière jeunesse africaine de ma pitié ? Je ne suis pas venu effacer le passé car le passé ne s'efface pas. Je ne suis pas venu nier les fautes ni les crimes car il y a eu des fautes et il y a eu des crimes. Il y a eu la traite négrière, il y a eu l'esclavage, les hommes, les femmes, les enfants achetés et vendus comme des marchandises. Et ce crime ne fut pas seulement un crime contre les Africains, ce fut un crime contre l'homme, ce fut un crime contre l'humanité toute entière. Et l'homme noir qui éternellement « entend de la cale monter les malédictions enchaînées, les hoquettements des mourants, le bruit de l'un d'entre eux qu'on jette à la mer ». Cet homme noir qui ne peut s'empêcher de se répéter sans fin « Et ce pays cria pendant des siècles que nous sommes des bêtes brutes ». Cet homme noir, je veux le dire ici à Dakar, a le visage de tous les hommes du monde. Cette souffrance de l'homme noir, je ne parle pas de l'homme au sens du sexe, je parle de l'homme au sens de l'être humain et bien sûr de la femme et de l'homme dans son acceptation générale. Cette souffrance de l'homme noir, c'est la souffrance de tous les hommes. Cette blessure ouverte dans l'âme de l'homme noir est une blessure ouverte dans l'âme de tous les hommes. Mais nul ne peut demander aux générations d'aujourd'hui d'expier ce crime perpétré par les générations passées. Nul ne peut demander aux fils de se repentir des fautes de leurs pères. Jeunes d'Afrique, je ne suis pas venu vous parler de repentance. Je suis venu vous dire que je ressens la traite et l'esclavage comme des crimes envers l'humanité. Je suis venu vous dire que votre déchirure et votre souffrance sont les nôtres et sont donc les miennes. Je suis venu vous proposer de regarder ensemble, Africains et Français, au-delà de cette déchirure et au-delà de cette souffrance. Je suis venu vous proposer, jeunes d'Afrique, non d'oublier cette déchirure et cette souffrance qui ne peuvent pas être oubliées, mais de les dépasser. Je suis venu vous proposer, jeunes d'Afrique, non de ressasser ensemble le passé mais d'en tirer ensemble les leçons afin de regarder ensemble l'avenir. Je suis venu, jeunes d'Afrique, regarder en face avec vous notre histoire commune. L'Afrique a sa part de responsabilité dans son propre malheur. On s'est entretué en Afrique au moins autant qu'en Europe. Mais il est vrai que jadis, les Européens sont venus en Afrique en conquérants. Ils ont pris la terre de vos ancêtres. Ils ont banni les dieux, les langues, les croyances, les coutumes de vos pères. Ils ont dit à vos pères ce qu'ils devaient penser, ce qu'ils devaient croire, ce qu'ils devaient faire. Ils ont coupé vos pères de leur passé, ils leur ont arraché leur âme et leurs racines. Ils ont désenchanté l'Afrique. Ils ont eu tort. Ils n'ont pas vu la profondeur et la richesse de l'âme africaine. Ils ont cru qu'ils étaient supérieurs, qu'ils étaient plus avancés, qu'ils étaient le progrès, qu'ils étaient la civilisation. Ils ont eu tort. Ils ont voulu convertir l'homme africain, ils ont voulu le façonner à leur image, ils ont cru qu'ils avaient tous les droits, ils ont cru qu'ils étaient tout puissants, plus puissants que les dieux de l'Afrique, plus puissants que l'âme africaine, plus puissants que les liens sacrés que les hommes avaient tissés patiemment pendant des millénaires avec le ciel et la terre d'Afrique, plus puissants que les mystères qui venaient du fond des âges. Ils ont eu tort. Ils ont abîmé un art de vivre. Ils ont abîmé un imaginaire merveilleux. Ils ont abîmé une sagesse ancestrale. Ils ont eu tort. Ils ont créé une angoisse, un mal de vivre. Ils ont nourri la haine. Ils ont rendu plus difficile l'ouverture aux autres, l'échange, le partage parce que pour s'ouvrir, pour échanger, pour partager, il faut être assuré de son identité, de ses valeurs, de ses convictions. Face au colonisateur, le colonisé avait fini par ne plus avoir confiance en lui, par ne plus savoir qui il était, par se laisser gagner par la peur de l'autre, par la crainte de l'avenir. Le colonisateur est venu, il a pris, il s'est servi, il a exploité, il a pillé des ressources, des richesses qui ne lui appartenaient pas. Il a dépouillé le colonisé de sa personnalité, de sa liberté, de sa terre, du fruit de son travail. Il a pris mais je veux dire avec respect qu'il a aussi donné. Il a construit des ponts, des routes, des hôpitaux, des dispensaires, des écoles. Il a rendu fécondes des terres vierges, il a donné sa peine, son travail, son savoir. Je veux le dire ici, tous les colons n'étaient pas des voleurs, tous les colons n'étaient pas des exploiteurs. Il y avait parmi eux des hommes mauvais mais il y avait aussi des hommes de bonne volonté, des hommes qui croyaient remplir une mission civilisatrice, des hommes qui croyaient faire le bien. Ils se trompaient mais certains étaient sincères. Ils croyaient donner la liberté, ils créaient l'aliénation. Ils croyaient briser les chaînes de l'obscurantisme, de la superstition, de la servitude. Ils forgeaient des chaînes bien plus lourdes, ils imposaient une servitude plus pesante, car c'étaient les esprits, c'étaient les âmes qui étaient asservis. Ils croyaient donner l'amour sans voir qu'ils semaient la révolte et la haine. La colonisation n'est pas responsable de toutes les difficultés actuelles de l'Afrique. Elle n'est pas responsable des guerres sanglantes que se font les Africains entre eux. Elle n'est pas responsable des génocides. Elle n'est pas responsable des dictateurs. Elle n'est pas responsable du fanatisme. Elle n'est pas responsable de la corruption, de la prévarication. Elle n'est pas responsable des gaspillages et de la pollution. Mais la colonisation fut une grande faute qui fut payée par l'amertume et la souffrance de ceux qui avaient cru tout donner et qui ne comprenaient pas pourquoi on leur en voulait autant. La colonisation fut une grande faute qui détruisit chez le colonisé l'estime de soi et fit naître dans son cœur cette haine de soi qui débouche toujours sur la haine des autres. La colonisation fut une grande faute mais de cette grande faute est né l'embryon d'une destinée commune. Et cette idée me tient particulièrement à cœur. La colonisation fut une faute qui a changé le destin de l'Europe et le destin de l'Afrique et qui les a mêlés. Et ce destin commun a été scellé par le sang des Africains qui sont venus mourir dans les guerres européennes. Et la France n'oublie pas ce sang africain versé pour sa liberté. Nul ne peut faire comme si rien n'était arrivé. Nul ne peut faire comme si cette faute n'avait pas été commise. Nul ne peut faire comme si cette histoire n'avait pas eu lieu. Pour le meilleur comme pour le pire, la colonisation a transformé l'homme africain et l'homme européen. Jeunes d'Afrique, vous êtes les héritiers des plus vieilles traditions africaines et vous êtes les héritiers de tout ce que l'Occident a déposé dans le cœur et dans l'âme de l'Afrique. Jeunes d'Afrique, la civilisation européenne a eu tort de se croire supérieure à celle de vos ancêtres, mais désormais la civilisation européenne vous appartient aussi. Jeunes d'Afrique, ne cédez pas à la tentation de la pureté parce qu'elle est une maladie, une maladie de l'intelligence, et qui est ce qu'il y a de plus dangereux au monde. Jeunes d'Afrique, ne vous coupez pas de ce qui vous enrichit, ne vous amputez pas d'une part de vous-même. La pureté est un enfermement, la pureté est une intolérance. La pureté est un fantasme qui conduit au fanatisme. Je veux vous dire, jeunes d'Afrique, que le drame de l'Afrique n'est pas dans une prétendue infériorité de son art, sa pensée, de sa culture. Car, pour ce qui est de l'art, de la pensée et de la culture, c'est l'Occident qui s'est mis à l'école de l'Afrique. L'art moderne doit presque tout à l'Afrique. L'influence de l'Afrique a contribué à changer non seulement l'idée de la beauté, non seulement le sens du rythme, de la musique, de la danse, mais même dit Senghor, la manière de marcher ou de rire du monde du XXème siècle. Je veux donc dire, à la jeunesse d'Afrique, que le drame de l'Afrique ne vient pas de ce que l'âme africaine serait imperméable à la logique et à la raison. Car l'homme africain est aussi logique et raisonnable que l'homme européen. C'est en puisant dans l'imaginaire africain que vous ont légué vos ancêtres, c'est en puisant dans les contes, dans les proverbes, dans les mythologies, dans les rites, dans ces formes qui, depuis l'aube des temps, se transmettent et s'enrichissent de génération en génération que vous trouverez l'imagination et la force de vous inventer un avenir qui vous soit propre, un avenir singulier qui ne ressemblera à aucun autre, où vous vous sentirez enfin libres, libres, jeunes d'Afrique d'être vous-mêmes, libres de décider par vous-mêmes. Je suis venu vous dire que vous n'avez pas à avoir honte des valeurs de la civilisation africaine, qu'elles ne vous tirent pas vers le bas mais vers le haut, qu'elles sont un antidote au matérialisme et à l'individualisme qui asservissent l'homme moderne, qu'elles sont le plus précieux des héritages face à la déshumanisation et à l'aplatissement du monde. Je suis venu vous dire que l'homme moderne qui éprouve le besoin de se réconcilier avec la nature a beaucoup à apprendre de l'homme africain qui vit en symbiose avec la nature depuis des millénaires. Je suis venu vous dire que cette déchirure entre ces deux parts de vous-mêmes est votre plus grande force, et votre plus grande faiblesse selon que vous vous efforcerez ou non d'en faire la synthèse. Mais je suis aussi venu vous dire qu'il y a en vous, jeunes d'Afrique, deux héritages, deux sagesses, deux traditions qui se sont longtemps combattues : celle de l'Afrique et celle de l'Europe. Je suis venu vous dire que cette part africaine et cette part européenne de vous-mêmes forment votre identité déchirée. Je ne suis pas venu, jeunes d'Afrique, vous donner des leçons. Je ne suis pas venu vous faire la morale. Mais je suis venu vous dire que la part d'Europe qui est en vous est le fruit d'un grand péché d'orgueil de l'Occident mais que cette part d'Europe en vous n'est pas indigne. Car elle est l'appel de la liberté, de l'émancipation et de la justice et de l'égalité entre les femmes et les hommes. Car elle est l'appel à la raison et à la conscience universelles. Le drame de l'Afrique, c'est que l'homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire. Le paysan africain, qui depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l'idéal de vie est d'être en harmonie avec la nature, ne connaît que l'éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n'y a de place ni pour l'aventure humaine, ni pour l'idée de progrès. Dans cet univers où la nature commande tout, l'homme échappe à l'angoisse de l'histoire qui tenaille l'homme moderne mais l'homme reste immobile au milieu d'un ordre immuable où tout semble être écrit d'avance. Jamais l'homme ne s'élance vers l'avenir. Jamais il ne lui vient à l'idée de sortir de la répétition pour s'inventer un destin. Le problème de l'Afrique et permettez à un ami de l'Afrique de le dire, il est là. Le défi de l'Afrique, c'est d'entrer davantage dans l'histoire. C'est de puiser en elle l'énergie, la force, l'envie, la volonté d'écouter et d'épouser sa propre histoire. Le problème de l'Afrique, c'est de cesser de toujours répéter, de toujours ressasser, de se libérer du mythe de l'éternel retour, c'est de prendre conscience que l'âge d'or qu'elle ne cesse de regretter, ne reviendra pas pour la raison qu'il n'a jamais existé. Le problème de l'Afrique, c'est qu'elle vit trop le présent dans la nostalgie du paradis perdu de l'enfance. Le problème de l'Afrique, c'est que trop souvent elle juge le présent par rapport à une pureté des origines totalement imaginaire et que personne ne peut espérer ressusciter. Le problème de l'Afrique, ce n'est pas de s'inventer un passé plus ou moins mythique pour s'aider à supporter le présent mais de s'inventer un avenir avec des moyens qui lui soient propres. Le problème de l'Afrique, ce n'est pas de se préparer au retour du malheur, comme si celui-ci devait indéfiniment se répéter, mais de vouloir se donner les moyens de conjurer le malheur, car l'Afrique a le droit au bonheur comme tous les autres continents du monde. Le problème de l'Afrique, c'est de rester fidèle à elle-même sans rester immobile. Le défi de l'Afrique, c'est d'apprendre à regarder son accession à l'universel non comme un reniement de ce qu'elle est mais comme un accomplissement. Le défi de l'Afrique, c'est d'apprendre à se sentir l'héritière de tout ce qu'il y a d'universel dans toutes les civilisations humaines. C'est de s'approprier les droits de l'homme, la démocratie, la liberté, l'égalité, la justice comme l'héritage commun de toutes les civilisations et de tous les hommes. C'est de s'approprier la science et la technique modernes comme le produit de toute l'intelligence humaine. Le défi de l'Afrique est celui de toutes les civilisations, de toutes les cultures, de tous les peuples qui veulent garder leur identité sans s'enfermer parce qu'ils savent que l'enfermement est mortel. Les civilisations sont grandes à la mesure de leur participation au grand métissage de l'esprit humain. La faiblesse de l'Afrique qui a connu sur son sol tant de civilisations brillantes, ce fut longtemps de ne pas participer assez à ce grand métissage. Elle a payé cher, l'Afrique, ce désengagement du monde qui l'a rendue si vulnérable. Mais, de ses malheurs, l'Afrique a tiré une force nouvelle en se métissant à son tour. Ce métissage, quelles que fussent les conditions douloureuses de son avènement, est la vraie force et la vraie chance de l'Afrique au moment où émerge la première civilisation mondiale. La civilisation musulmane, la chrétienté, la colonisation, au-delà des crimes et des fautes qui furent commises en leur nom et qui ne sont pas excusables, ont ouvert les cœurs et les mentalités africaines à l'universel et à l'histoire. Ne vous laissez pas, jeunes d'Afrique, voler votre avenir par ceux qui ne savent opposer à l'intolérance que l'intolérance, au racisme que le racisme. Ne vous laissez pas, jeunes d'Afrique, voler votre avenir par ceux qui veulent vous exproprier d'une histoire qui vous appartient aussi parce qu'elle fut l'histoire douloureuse de vos parents, de vos grands-parents et de vos aïeux. N'écoutez pas, jeunes d'Afrique, ceux qui veulent faire sortir l'Afrique de l'histoire au nom de la tradition parce qu'une Afrique ou plus rien ne changerait serait de nouveau condamnée à la servitude. N'écoutez pas, jeunes d'Afrique, ceux qui veulent vous empêcher de prendre votre part dans l'aventure humaine, parce que sans vous, jeunes d'Afrique qui êtes la jeunesse du monde, l'aventure humaine sera moins belle. N'écoutez pas jeunes d'Afrique, ceux qui veulent vous déraciner, vous priver de votre identité, faire table rase de tout ce qui est africain, de toute la mystique, la religiosité, la sensibilité, la mentalité africaine, parce que pour échanger il faut avoir quelque chose à donner, parce que pour parler aux autres, il faut avoir quelque chose à leur dire. Ecoutez plutôt, jeunes d'Afrique, la grande voix du Président Senghor qui chercha toute sa vie à réconcilier les héritages et les cultures au croisement desquels les hasards et les tragédies de l'histoire avaient placé l'Afrique. Il disait, lui l'enfant de Joal, qui avait été bercé par les rhapsodies des griots, il disait : « nous sommes des métis culturels, et si nous sentons en nègres, nous nous exprimons en français, parce que le français est une langue à vocation universelle, que notre message s'adresse aussi aux Français et aux autres hommes ». Il disait aussi : « le français nous a fait don de ses mots abstraits -si rares dans nos langues maternelles. Chez nous les mots sont naturellement nimbés d'un halo de sève et de sang ; les mots du français eux rayonnent de mille feux, comme des diamants. Des fusées qui éclairent notre nuit ». Ainsi parlait Léopold Senghor qui fait honneur à tout ce que l'humanité comprend d'intelligence. Ce grand poète et ce grand Africain voulait que l'Afrique se mit à parler à toute l'humanité et lui écrivait en français des poèmes pour tous les hommes. Ces poèmes étaient des chants qui parlaient, à tous les hommes, d'êtres fabuleux qui gardent des fontaines, chantent dans les rivières et qui se cachent dans les arbres. Des poèmes qui leur faisaient entendre les voix des morts du village et des ancêtres. Des poèmes qui faisaient traverser des forêts de symboles et remonter jusqu'aux sources de la mémoire ancestrale que chaque peuple garde au fond de sa conscience comme l'adulte garde au fond de la sienne le souvenir du bonheur de l'enfance. Car chaque peuple a connu ce temps de l'éternel présent, où il cherchait non à dominer l'univers mais à vivre en harmonie avec l'univers. Temps de la sensation, de l'instinct, de l'intuition. Temps du mystère et de l'initiation. Temps mystique où le sacré était partout, où tout était signes et correspondances. C'est le temps des magiciens, des sorciers et des chamanes. Le temps de la parole qui était grande, parce qu'elle se respecte et se répète de génération en génération, et transmet, de siècle en siècle, des légendes aussi anciennes que les dieux. L'Afrique a fait se ressouvenir à tous les peuples de la terre qu'ils avaient partagé la même enfance. L'Afrique en a réveillé les joies simples, les bonheurs éphémères et ce besoin, ce besoin auquel je crois moi-même tant, ce besoin de croire plutôt que de comprendre, ce besoin de ressentir plutôt que de raisonner, ce besoin d'être en harmonie plutôt que d'être en conquête. Ceux qui jugent la culture africaine arriérée, ceux qui tiennent les Africains pour de grands enfants, tous ceux-là ont oublié que la Grèce antique qui nous a tant appris sur l'usage de la raison avait aussi ses sorciers, ses devins, ses cultes à mystères, ses sociétés secrètes, ses bois sacrés et sa mythologie qui venait du fond des âges et dans laquelle nous puisons encore, aujourd'hui, un inestimable trésor de sagesse humaine. L'Afrique qui a aussi ses grands poèmes dramatiques et ses légendes tragiques, en écoutant Sophocle, a entendu une voix plus familière qu'elle ne l'aurait crû et l'Occident a reconnu dans l'art africain des formes de beauté qui avaient jadis été les siennes et qu'il éprouvait le besoin de ressusciter. Alors entendez, jeunes d'Afrique, combien Rimbaud est africain quand il met des couleurs sur les voyelles comme tes ancêtres en mettaient sur leurs masques, « masque noir, masque rouge, masque blanc–et-noir ». Ouvrez les yeux, jeunes d'Afrique, et ne regardez plus, comme l'ont fait trop souvent vos aînés, la civilisation mondiale comme une menace pour votre identité mais la civilisation mondiale comme quelque chose qui vous appartient aussi. Dès lors que vous reconnaîtrez dans la sagesse universelle une part de la sagesse que vous tenez de vos pères et que vous aurez la volonté de la faire fructifier, alors commencera ce que j'appelle de mes vœux, la Renaissance africaine. Dès lors que vous proclamerez que l'homme africain n'est pas voué à un destin qui serait fatalement tragique et que, partout en Afrique, il ne saurait y avoir d'autre but que le bonheur, alors commencera la Renaissance africaine. Dès lors que vous, jeunes d'Afrique, vous déclarerez qu'il ne saurait y avoir d'autres finalités pour une politique africaine que l'unité de l'Afrique et l'unité du genre humain, alors commencera la Renaissance africaine. Dès lors que vous regarderez bien en face la réalité de l'Afrique et que vous la prendrez à bras le corps, alors commencera la Renaissance africaine. Car le problème de l'Afrique, c'est qu'elle est devenue un mythe que chacun reconstruit pour les besoins de sa cause. Et ce mythe empêche de regarder en face la réalité de l'Afrique. La réalité de l'Afrique, c'est une démographie trop forte pour une croissance économique trop faible. La réalité de l'Afrique, c'est encore trop de famine, trop de misère. La réalité de l'Afrique, c'est la rareté qui suscite la violence. La réalité de l'Afrique, c'est le développement qui ne va pas assez vite, c'est l'agriculture qui ne produit pas assez, c'est le manque de routes, c'est le manque d'écoles, c'est le manque d'hôpitaux. La réalité de l'Afrique, c'est un grand gaspillage d'énergie, de courage, de talents, d'intelligence. La réalité de l'Afrique, c'est celle d'un grand continent qui a tout pour réussir et qui ne réussit pas parce qu'il n'arrive pas à se libérer de ses mythes. La Renaissance dont l'Afrique a besoin, vous seuls, Jeunes d'Afrique, vous pouvez l'accomplir parce que vous seuls en aurez la force. Cette Renaissance, je suis venu vous la proposer. Je suis venu vous la proposer pour que nous l'accomplissions ensemble parce que de la Renaissance de l'Afrique dépend pour une large part la Renaissance de l'Europe et la Renaissance du monde. Je sais l'envie de partir qu'éprouvent un si grand nombre d'entre vous confrontés aux difficultés de l'Afrique. Je sais la tentation de l'exil qui pousse tant de jeunes Africains à aller chercher ailleurs ce qu'ils ne trouvent pas ici pour faire vivre leur famille. Je sais ce qu'il faut de volonté, ce qu'il faut de courage pour tenter cette aventure, pour quitter sa patrie, la terre où l'on est né, où l'on a grandi, pour laisser derrière soi les lieux familiers où l'on a été heureux, l'amour d'une mère, d'un père ou d'un frère et cette solidarité, cette chaleur, cet esprit communautaire qui sont si forts en Afrique. Je sais ce qu'il faut de force d'âme pour affronter le dépaysement, l'éloignement, la solitude. Je sais ce que la plupart d'entre eux doivent affronter comme épreuves, comme difficultés, comme risques. Je sais qu'ils iront parfois jusqu'à risquer leur vie pour aller jusqu'au bout de ce qu'ils croient être leur rêve. Mais je sais que rien ne les retiendra. Car rien ne retient jamais la jeunesse quand elle se croit portée par ses rêves. Je ne crois pas que la jeunesse africaine ne soit poussée à partir que pour fuir la misère. Je crois que la jeunesse africaine s'en va parce que, comme toutes les jeunesses, elle veut conquérir le monde. Comme toutes les jeunesses, elle a le goût de l'aventure et du grand large. Elle veut aller voir comment on vit, comment on pense, comment on travaille, comment on étudie ailleurs. L'Afrique n'accomplira pas sa Renaissance en coupant les ailes de sa jeunesse. Mais l'Afrique a besoin de sa jeunesse. La Renaissance de l'Afrique commencera en apprenant à la jeunesse africaine à vivre avec le monde, non à le refuser. La jeunesse africaine doit avoir le sentiment que le monde lui appartient comme à toutes les jeunesses de la terre. La jeunesse africaine doit avoir le sentiment que tout deviendra possible comme tout semblait possible aux hommes de la Renaissance. Alors, je sais bien que la jeunesse africaine, ne doit pas être la seule jeunesse du monde assignée à résidence. Elle ne peut pas être la seule jeunesse du monde qui n'a le choix qu'entre la clandestinité et le repliement sur soi. Elle doit pouvoir acquérir, hors d'Afrique la compétence et le savoir qu'elle ne trouverait pas chez elle. Mais elle doit aussi à la terre africaine de mettre à son service les talents qu'elle aura développés. Il faut revenir bâtir l'Afrique ; il faut lui apporter le savoir, la compétence le dynamisme de ses cadres. Il faut mettre un terme au pillage des élites africaines dont l'Afrique a besoin pour se développer. Ce que veut la jeunesse africaine c'est de ne pas être à la merci des passeurs sans scrupules qui jouent avec votre vie. Ce que veut la jeunesse d'Afrique, c'est que sa dignité soit préservée. C'est pouvoir faire des études, c'est pouvoir travailler, c'est pouvoir vivre décemment. C'est au fond, ce que veut toute l'Afrique. L'Afrique ne veut pas de la charité. L'Afrique ne veut pas d'aide. L'Afrique ne veut pas de passe-droit. Ce que veut l'Afrique et ce qu'il faut lui donner, c'est la solidarité, la compréhension et le respect. Ce que veut l'Afrique, ce n'est pas que l'on prenne son avenir en main, ce n'est pas que l'on pense à sa place, ce n'est pas que l'on décide à sa place. Ce que veut l'Afrique est ce que veut la France, c'est la coopération, c'est l'association, c'est le partenariat entre des nations égales en droits et en devoirs. Jeunesse africaine, vous voulez la démocratie, vous voulez la liberté, vous voulez la justice, vous voulez le Droit ? C'est à vous d'en décider. La France ne décidera pas à votre place. Mais si vous choisissez la démocratie, la liberté, la justice et le Droit, alors la France s'associera à vous pour les construire. Jeunes d'Afrique, la mondialisation telle qu'elle se fait ne vous plaît pas. L'Afrique a payé trop cher le mirage du collectivisme et du progressisme pour céder à celui du laisser-faire. Jeunes d'Afrique vous croyez que le libre échange est bénéfique mais que ce n'est pas une religion. Vous croyez que la concurrence est un moyen mais que ce n'est pas une fin en soi. Vous ne croyez pas au laisser-faire. Vous savez qu'à être trop naïve, l'Afrique serait condamnée à devenir la proie des prédateurs du monde entier. Et cela vous ne le voulez pas. Vous voulez une autre mondialisation, avec plus d'humanité, avec plus de justice, avec plus de règles. Je suis venu vous dire que la France la veut aussi. Elle veut se battre avec l'Europe, elle veut se battre avec l'Afrique, elle veut se battre avec tous ceux, qui dans le monde, veulent changer la mondialisation. Si l'Afrique, la France et l'Europe le veulent ensemble, alors nous réussirons. Mais nous ne pouvons pas exprimer une volonté à votre place. Jeunes d'Afrique, vous voulez le développement, vous voulez la croissance, vous voulez la hausse du niveau de vie. Mais le voulez-vous vraiment ? Voulez-vous que cessent l'arbitraire, la corruption, la violence ? Voulez-vous que la propriété soit respectée, que l'argent soit investi au lieu d'être détourné ? Voulez-vous que l'État se remette à faire son métier, qu'il soit allégé des bureaucraties qui l'étouffent, qu'il soit libéré du parasitisme, du clientélisme, que son autorité soit restaurée, qu'il domine les féodalités, qu'il domine les corporatismes ? Voulez-vous que partout règne l'État de droit qui permet à chacun de savoir raisonnablement ce qu'il peut attendre des autres ? Si vous le voulez, alors la France sera à vos côtés pour l'exiger, mais personne ne le voudra à votre place. Voulez-vous qu'il n'y ait plus de famine sur la terre africaine ? Voulez-vous que, sur la terre africaine, il n'y ait plus jamais un seul enfant qui meure de faim ? Alors cherchez l'autosuffisance alimentaire. Alors développez les cultures vivrières. L'Afrique a d'abord besoin de produire pour se nourrir. Si c'est ce que vous voulez, jeunes d'Afrique, vous tenez entre vos mains l'avenir de l'Afrique, et la France travaillera avec vous pour bâtir cet avenir. Vous voulez lutter contre la pollution ? Vous voulez que le développement soit durable ? Vous voulez que les générations actuelles ne vivent plus au détriment des générations futures ? Vous voulez que chacun paye le véritable coût de ce qu'il consomme ? Vous voulez développer les technologies propres ? C'est à vous de le décider. Mais si vous le décidez, la France sera à vos côtés. Vous voulez la paix sur le continent africain ? Vous voulez la sécurité collective ? Vous voulez le règlement pacifique des conflits ? Vous voulez mettre fin au cycle infernal de la vengeance et de la haine ? C'est à vous, mes amis africains, de le décider . Et si vous le décidez, la France sera à vos côtés, comme une amie indéfectible, mais la France ne peut pas vouloir à la place de la jeunesse d'Afrique. Vous voulez l'unité africaine ? La France le souhaite aussi. Parce que la France souhaite l'unité de l'Afrique, car l'unité de l'Afrique rendra l'Afrique aux Africains. Ce que veut faire la France avec l'Afrique, c'est regarder en face les réalités. C'est faire la politique des réalités et non plus la politique des mythes. Ce que la France veut faire avec l'Afrique, c'est le co-développement, c'est-à-dire le développement partagé. La France veut avec l'Afrique des projets communs, des pôles de compétitivité communs, des universités communes, des laboratoires communs. Ce que la France veut faire avec l'Afrique, c'est élaborer une stratégie commune dans la mondialisation. Ce que la France veut faire avec l'Afrique, c'est une politique d'immigration négociée ensemble, décidée ensemble pour que la jeunesse africaine puisse être accueillie en France et dans toute l'Europe avec dignité et avec respect. Ce que la France veut faire avec l'Afrique, c'est une alliance de la jeunesse française et de la jeunesse africaine pour que le monde de demain soit un monde meilleur. Ce que veut faire la France avec l'Afrique, c'est préparer l'avènement de l'Eurafrique, ce grand destin commun qui attend l'Europe et l'Afrique. A ceux qui, en Afrique, regardent avec méfiance ce grand projet de l'Union Méditerranéenne que la France a proposé à tous les pays riverains de la Méditerranée, je veux dire que, dans l'esprit de la France, il ne s'agit nullement de mettre à l'écart l'Afrique, qui s'étend au sud du Sahara mais, qu'au contraire, il s'agit de faire de cette Union le pivot de l'Eurafrique, la première étape du plus grand rêve de paix et de prospérité qu'Européens et Africains sont capables de concevoir ensemble. Alors, mes chers Amis, alors seulement, l'enfant noir de Camara Laye, à genoux dans le silence de la nuit africaine, saura et comprendra qu'il peut lever la tête et regarder avec confiance l'avenir. Et cet enfant noir de Camara Laye, il sentira réconciliées en lui les deux parts de lui-même. Et il se sentira enfin un homme comme tous les autres hommes de l'humanité. Je vous remercie. | QUESTION - Monsieur le président de la République, quelle place le Sénégal occupe-t-il dans les nouveaux rapports entre la France et l'Afrique ? LE PRESIDENT - Je pense que ma présence aujourd'hui au Sénégal, pour la première étape de mon premier déplacement en Afrique subsaharienne, deux mois après mon entrée en fonction, répond d'elle-même à votre question ! J'ai tenu, en effet, à marquer par cette première étape toute l'importance que j'accorde à la relation entre la France et le Sénégal, grande nation africaine, symbole de tolérance, d'ouverture et de paix en Afrique. L'amitié entre nos deux pays est profondément ancrée dans un long passé commun et, au fil des années, elle s'est encore approfondie en s'adaptant aux nouvelles réalités du monde, aux nouveaux défis que nous devons relever ensemble. Je souhaite, en venant au Sénégal, affirmer ma volonté de maintenir et de renforcer ce lien exceptionnel et apporter un nouveau témoignage de la proximité de nos positions sur la plupart des grandes questions internationales, en commençant par celles qui concernent la paix et la sécurité sur le continent africain. Les efforts conjoints que nous menons dans ce domaine constituent un bon exemple de partenariat réussi. Les relations entre la France et le Sénégal sont appelées à évoluer mais elles sont déjà, par de nombreux aspects, emblématiques des nouveaux rapports que je souhaite établir avec l'Afrique. Ces nouveaux rapports doivent se traduire par des relations amicales, constructives et décomplexées, reposant sur deux conditions essentielles : une volonté commune et un respect mutuel. Je crois qu'avec le Sénégal, il n'est plus nécessaire de démontrer la volonté mutuelle de chacun de maintenir cette proximité, tout comme le grand respect et la franchise qui caractérisent nos relations. QUESTION - Récemment, la France a défini des conditionnalités pour l'aide au développement qui, du reste, rappellent le " discours de la Baule " : l'organisation d'élections régulières, le respect des droits de l'Homme, la lutte contre la corruption, des politiques publiques bénéficiant aux populations. Le Sénégal répond-il à ces critères ? LE PRESIDENT - Il est effectivement souhaitable que notre aide au développement, qui est un investissement dans notre avenir commun, soit guidée par les règles qui garantissent l'efficacité de l'argent public et de tout investissement : la définition d'une stratégie précise, des exigences réciproques clairement fixées, la culture du résultat et la nécessité de rendre des comptes. C'est en ce sens que les critères que vous mentionnez sont pertinents. Je me méfie cependant du mot " conditionnalité " qui ne traduit pas vraiment la démarche de partenariat équilibré et de responsabilité réciproque. " Conditionnalité " renvoie, en effet, souvent à une exigence extérieure que certains en Afrique assimilent à une ingérence. Je pense, au contraire, que ces critères n'ont rien d'extérieur car ils correspondent d'abord à ce que les Africains attendent de leurs gouvernements. Votre référence au discours de La Baule est un bon exemple car on oublie trop souvent que ce discours a été précédé de la conférence nationale souveraine du Bénin qui a donné le coup d'envoi d'une exigence démocratique qui a balayé tout le continent. Pour répondre à votre question : ce n'est pas par hasard que le Sénégal est le premier bénéficiaire de l'aide publique au développement française en Afrique subsaharienne. QUESTION - La France est le premier partenaire économique du Sénégal. Le cap sera-t-il maintenu sous votre magistère ou qu'est-ce qui pourrait changer ? LE PRESIDENT - Je ne pense pas que le statut de premier partenaire économique relève de la décision d'un chef d'Etat. Il dépend d'abord de la compétitivité des entreprises, de leur capacité à répondre à la demande et à s'y adapter. Le Sénégal ne manque pas d'atouts pour imposer son économie dans la mondialisation. Sa force est d'avoir su développer une économie basée non sur les ressources naturelles mais sur le dynamisme et la compétence de sa population. Certains secteurs de l'économie sénégalaise connaissent une croissance remarquée : le BTP, l'agro-alimentaire, les transports. La volonté du Sénégal de s'engager dans la voie des pays émergents, notamment à travers la Stratégie de Croissance Accélérée, est un élément essentiel. Je ne doute pas de la capacité des sociétés françaises à accompagner cette évolution. Dans un climat concurrentiel, je fais confiance au dynamisme et au talent de nos entreprises pour maintenir et renforcer leurs positions, mais aussi en gagner de nouvelles, et cela dans l'intérêt de nos deux pays. Je suis, vous le savez, en faveur de la compétition et de la mise en concurrence pourvu que les règles du jeu soient claires, transparentes et appliquées par tous. QUESTION - De 7%, l'immigration économique verra sa part monter à 50%, avec, notamment le visa " compétence et talent ". Sont-elles fondées, les craintes d'exclusion d'une bonne partie des travailleurs africains au profit de ceux de l'Union européenne et des anciens pays de l'Est ? LE PRESIDENT - Non, ces craintes ne sont pas fondées. La France est, en effet, largement ouverte à l'immigration africaine. Sur 200 000 entrées annuelles en France, environ 65% proviennent du continent africain. Ce flux migratoire est aujourd'hui largement dominé par les entrées pour motif familial. L'un des objectifs de la nouvelle politique française de l'immigration est de définir un équilibre entre immigration de travail et immigration familiale. Avec le Sénégal, la France a entrepris une politique exemplaire de gestion concertée des flux migratoires qui s'est matérialisée dans l'accord que j'ai eu le plaisir de signer ici même à Dakar en septembre dernier, avec M. Ousmane Ngom, lors de ma dernière visite en tant que Ministre de l'Intérieur. C'est la première fois que deux pays s'entendent ainsi pour gérer ensemble les flux migratoires, non pour les tarir mais pour les orienter. Il s'agit de lutter contre la fuite des cerveaux, de faciliter une migration de mobilité pour les professionnels et les étudiants qui souhaitent se former en France et l'accueil dans les meilleures conditions de ceux qui viennent en France pour des raisons familiales. La loi du 24 juillet 2006 a instauré la carte " compétences et talents " et ouvert, pour la première fois depuis 1974, le marché du travail français. Il ne s'agit pas de favoriser les travailleurs issus de telle ou telle région mais bien d'ouvrir de vraies perspectives professionnelles dans les domaines où le marché de l'emploi français recherche des compétences. L'antenne de l'ANAEM (Agence nationale de l'accueil des étrangers et des migrations) basée à Dakar aura précisément pour mission d'aider les travailleurs sénégalais à mieux connaître et à profiter de ces perspectives professionnelles nouvelles En ce qui concerne l'Union Européenne, il est vrai que les engagements européens de la France prévoient un régime particulier de libre circulation et de libre accès au marché de l'emploi, comme cela existe pour les ressortissants de la CEDEAO au Sénégal. En dehors de cette exception, la France n'entend pas favoriser l'immigration de telle ou telle région du monde au détriment de l'immigration de ressortissants africains. QUESTION - L'Afrique doit aussi chercher des solutions internes en synergie avec les partenaires au développement dont la France. Pensez-vous qu'un gouvernement continental soit une solution efficace ? LE PRESIDENT - Je suis convaincu, comme Kwame Nkrumah, que l'Afrique doit s'unir. La nécessité d'une Union africaine, ou d'Etats-Unis d'Afrique, dotée de la volonté politique et des moyens institutionnels qui lui permettent de relever les défis auquel le continent africain doit faire face me paraît évidente. La France soutient cet objectif et le dialogue permanent avec l'Union Africaine est pour nous un principe central dans la conduite de la politique africaine. C'est unie et efficace que l'Afrique pourra pleinement jouer son rôle sur la scène internationale, venir à bout des derniers conflits qui subsistent et répondre aux menaces économiques, environnementales ou sanitaires sur le continent. Il appartient aux Africains de trouver les modalités de cette union, selon les méthodes qui leur paraissent les mieux adaptées à cet objectif. Le défi lancé n'est pas simple et nous en faisons l'expérience en Europe où le processus engagé depuis des années déjà connaît des hauts et des bas. Mais il est essentiel pour favoriser le développement économique notamment à travers des infrastructures de qualité, et accroître son poids dans les négociations internationales et je pense ici notamment à celles de l'OMC. Je n'ai pas de modèle ou de mode d'emploi à proposer. C'est aux Africains de trouver leur voie et les responsables de l'Union Africaine trouveront toujours avec la France un partenaire disposé à appuyer leurs efforts d'intégration. | QUESTION - Ministre de l'Industrie et des Finances, vous aviez été l'artisan de la lutte contre la délocalisation des services, notamment des Centres d'appels vers les pays africains. Aujourd'hui, quelle est la position du Président de la République française sur cette question ? LE PRESIDENT - Je n'ai pas changé d'avis. Vous n'imaginez pas que le président de la République française encourage la délocalisation d'activités existant en France. Ma réaction en tant que ministre de l'économie et des finances portait sur l'absence de règles et le désordre dans lequel s'opéraient ces délocalisations. Je pense qu'aujourd'hui on y voit plus clair et je constate que les télé-services, spécialement les centres d'appels, se développent partout, en France, au Maghreb, en Afrique occidentale, spécialement au Sénégal. Dés lors qu'il s'agit de créer de nouvelles activités, le problème se pose différemment. Le Sénégal a de vrais atouts dans ce domaine, à commencer par la francophonie, et doit les valoriser. A la demande du gouvernement sénégalais, la coopération française s'apprête d'ailleurs en envoyer une mission d'experts au Sénégal pour aider à la mise en place du cadre légal nécessaire à leur développement. Je pense plus particulièrement à la législation sur la protection des données personnelles dont l'absence empêche pour l'instant les centres d'appel sénégalais de travailler durablement avec des entreprises européennes. QUESTION - Partagez-vous le constat d'Anthony Bouthelier, président délégué du Conseil des investisseurs (français) en Afrique noire (Cian), selon lequel, en Afrique francophone, "notre problème n'est pas d'identifier de nouveaux investisseurs privés, mais d'empêcher ceux qui sont là de partir" ? LE PRESIDENT - Ce constat qu'il faudrait restituer dans son contexte et ne pas généraliser traduit d'abord, me semble-t-il, la demande des entreprises, que celles-ci soient françaises ou sénégalaises, de bénéficier d'un environnement des affaires le plus favorable possible. Sinon elles vont naturellement investir dans les pays où les marchés sont les plus porteurs et les conditions les plus attractives. C'est la loi de la mondialisation. Il faut attirer les entreprises et les investissements étrangers. Cela vaut pour le Sénégal comme pour la France et tous les pays. Je sais que le Sénégal a une politique ambitieuse à cet égard. Je ne peux qu'encourager cette volonté de tendre vers un environnement des affaires de classe internationale. J'observe d'ailleurs que de nombreuses entreprises françaises investissent actuellement au Sénégal, dans le ciment, dans les télécommunications, dans l'agro-industrie, dans les services, voire dans les mines avec le groupe européen et mondial Arcelor Mittal qui vient de signer des conventions pour l'exploitation du fer. QUESTION - Comment concevez-vous la coopération entre la France et l'Afrique ? Et quel sort sera réservé aux sommets France-Afrique ? Seront-ils maintenus dans leur configuration actuelle ou subiront-ils des changements ? LE PRESIDENT - La France a noué au fil du temps une relation particulière avec l'Afrique et je souhaite que nos relations avec l'Afrique soient une des orientations prioritaires de la politique étrangère de la France car je suis intiment persuadé que la France et l'Afrique, l'Europe et l'Afrique ont un destin commun. Aujourd'hui, comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire, je veux entretenir avec l'Afrique des relations amicales, équilibrées et décomplexées, reposant sur deux conditions essentielles : une volonté commune et un respect mutuel. La relation de la France avec l'Afrique est forte, spéciale, car la France est la meilleure des passerelles entre les continents africain et européen, mais cette relation ne peut pas être exclusive. J'ai le souci de moderniser les relations qu'entretient la France avec ses partenaires africains, d'arriver à la responsabilisation de chacun dans un partenariat étroit mais exigeant et d'en chasser les vieux démons du clientélisme, du paternalisme et de l'assistanat. Sur les sommets Afrique-France, il faut en discuter avec nos partenaires africains car la France n'entend pas décider seule. Dans l'immédiat, je constate que cette formule que la France a initiée avec le groupe des pays francophones, avant de l'élargir progressivement à l'ensemble du continent, est maintenant reprise par d'autres partenaires de l'Afrique, notamment par l'Union Europénne. QUESTION - La présence permanente des bases militaires françaises en Afrique est contestée non pas par les autorités africaines, mais par une bonne partie de leurs populations. La France va-t-elle, malgré tout, maintenir ses bases militaires en Afrique ? Et dans quelle proportion ? LE PRESIDENT - Il me semble que la contestation que vous évoquez est très localisée et n'est pas sans rapport avec une instrumentalisation politique. Votre question m'offre l'occasion de réaffirmer une évidence : la France ne maintiendra jamais ses bases contre l'avis des pays qui accueillent ses bases. Je pense néanmoins qu'il faut clarifier les objectifs d'une telle présence et si besoin son cadre juridique. Le Sénégal a renégocié en 1974 l'accord de 1960. D'autres pays ne l'ont pas fait alors que ces accords comportent des clauses aujourd'hui caduques et anachroniques comme l'accès aux matières premières ou des commandements communs. Je pense également qu'il est nécessaire de donner la plus grande transparence aux droits et obligations réciproques de ces accords. La guerre froide est finie et la mission des forces pré-positionnées a beaucoup évolué. Je vous rappelle que le dispositif militaire français en Afrique a désormais pour principale mission d'appuyer les efforts de l'Union africaine pour construire une architecture de paix et de sécurité et de soutenir la montée en puissance des forces africaines en attente pour permettre au continent africain de garantir lui-même sa sécurité. On ne saurait exclure que la réalisation de cette mission entraine des ajustements à l'avenir. QUESTION - Le Secrétaire d'Etat français chargé de la Coopération et de la Francophonie a donné l'assurance, mercredi dernier, que l'aide de la France au développement ne connaîtra pas de diminution. Va-t-elle, pour autant, augmenter ? Si oui, dans quelle proportion ? LE PRESIDENT - La France a pris des engagements précis en matière d'Aide publique au Développement, notamment dans le cadre de l'Union Européenne. Elle entend naturellement les respecter. Je ne suis pas en mesure à ce stade des discussions budgétaires de vous indiquer précisément quel sera le volume d'APD pour 2008. Ce qui est clair dés à présent, c'est que le maintien du niveau actuel signifiera dés 2008 une augmentation des crédits budgétaires et donc de l'effort des contribuables français car le plus gros de l'initiative d'annulation de la dette des pays les moins avancés a déjà été effectué. L'accroissement de cet effort ne pourra être justifié pour le contribuable que si nous sommes capables, vous et nous, de démontrer que cet effort est efficace. Davantage d'aide doit impliquer davantage d'efficacité, de part et d'autre. Nous ne devons plus accepter que l'aide au développement puisse devenir une prime à la mauvaise gouvernance. Question – Bonjour Monsieur le Président. J'ai entendu que Monsieur Nicolas SARKOZY, Président de la République française, va rencontrer l'opposition sénégalaise. Je voudrais savoir quelles en sont les raisons ? LE PRESIDENT – C'est très simple. En plein accord avec le Président WADE, ils ont demandé à me voir. Je suis là, je les vois. Le Sénégal est une démocratie. Des forces politiques sénégalaises demandent à rencontrer un chef d'Etat en visite au Sénégal, en plein accord avec le Président du Sénégal, je les vois. Question – Je voudrais reformuler une question que j'ai posée hier à Monsieur SARKOZY à Tripoli, concernant le coton africain. Cette question s'adresse aussi au Président WADE. Quelle suite comptez-vous réserver au souhait exprimé par le Président WADE au nom du Sénégal, du Mali et du Burkina, de racheter les parts de l'Etat français dans le groupe DAGRIS ? LE PRESIDENT – D'abord, je veux vous dire combien je crois à la production de coton en Afrique, qui est une production écologique, et combien je demande qu'on respecte les producteurs africains. Et on ne les respecte pas, lorsque d'autres pays plus riches subventionnent leurs propres producteurs. J'observe, au passage, que, par rapport à d'autres pays, si ma mémoire est exacte, le Burkina Faso et le Mali, le Sénégal n'est pas le plus important des producteurs de coton. C'est le Burkina Faso qui est le plus important en la matière. Nous en avons parlé avec le Président WADE. Comme à l'accoutumée, la France sera très attentive aux demandes du Sénégal. Je n'ai pas observé que le Président m'ait indiqué qu'il y avait urgence, même si j'ai noté avec beaucoup d'intérêt la volonté du Sénégal, du Mali et du Burkina de prendre éventuellement, mais c'est à eux de le dire, une participation dans le capital de cette société. Un appel d'offres a été lancé. Puisque nous avons un peu de temps, nous allons y travailler ensemble, main dans la main. Il n'y a pas de blocage du côté de la France. Ce que nous voulons, c'est que l'Afrique puisse vivre dignement de ses matières premières, et le coton en est une. LE PRESIDENT ABDOULAYE WADE – Je voudrais ajouter effectivement que le Sénégal est un petit producteur de coton. Mais j'ai été mandaté par les autres chefs d'Etat pour traiter cette question, c'est-à-dire nous porter acquéreur des parts de l'Etat français dans la société DAGRIS. Il y a deux événements qui sont survenus depuis, je dirais même trois. Le premier, c'est la position des travailleurs de DAGRIS qui m'ont écrit pour me demander d'essayer de sauver la situation puisque ils avaient perdu le procès devant les tribunaux et qu'il ne restait que les voies politiques. Le deuxième élément, c'est qu'un autre repreneur s'est présenté qui a offert trois fois plus que le prix des actions françaises, c'est-à-dire 21 millions d'euros. Alors, va-t-on rouvrir les appels d'offres pour apprécier cette nouvelle offre ? Il y a donc des perspectives dans ces conditions. Le troisième élément, c'est que le présumé acquéreur actuel, lui-même, a fait le tour des Etats africains pour dire que, dans le cas où DAGRIS lui serait adjugé, il ouvrirait le capital aux sociétés africaines. Donc, il y a là un certain nombre de possibilités. Nous ne pensons pas qu'il y ait une extrême urgence. Nous allons continuer à en discuter pour trouver la meilleure solution. Quoi qu'il en soit, je crois que le Président SARKOZY a pris une position qui est très claire et qui est très nette. Il l'avait déjà exposée au G8, qui est la défense des « cotonculteurs » africains qui sont victimes des subventions accordées au coton des pays développés, ce qui nous empêche, nous, d'accéder au marché. Nous, nous disons qu'avant l'aide, il y a quand même la justice. La justice, c'est, lorsque nous avons travaillé, de nous voir appliquer le prix réel du marché et non pas des prix subventionnés. Donc, je pense que des perspectives sont ouvertes pour trouver une solution avec DAGRIS, avec la discussion entre la France et nous. Question – Une question pour le Président WADE. Je voudrais savoir si vous avez discuté avec Monsieur SARKOZY de la candidature de Monsieur STRAUSS KAHN à la tête du FMI. Et si oui, est-ce que vous souhaitez cette candidature qui est déjà celle des Européens ? LE PRESIDENT ABDOULAYE WADE – Vous savez, nous soutenons la candidature de Dominique STRAUSS KAHN. D'abord parce que c'est le candidat de la France, et ensuite, parce que nous le connaissons. Nous connaissons ses compétences, son ouverture. Nous pensons qu'il sera très attentif aux problèmes du tiers-monde, et, en particulier, aux problèmes africains. En tout cas, nous, le Sénégal, nous le soutenons et nous nous faisons fort d'expliquer à nos collègues africains les raisons pour lesquelles nous soutenons cette candidature. LE PRESIDENT – Je voudrais remercier le Président WADE que j'ai sollicité. Vous comprenez bien qu'une voix autorisée comme la sienne, Président du Sénégal, cela compte pour faire avancer vers le succès la candidature de Dominique STRAUSS KAHN. Après m'être attaché le soutien de l'Europe, il était très important que la voix du Sénégal puisse s'exprimer de cette façon. Je tiens à en remercier le Président WADE. C'est aussi cela l'amitié, la confiance et le partenariat. Question – Monsieur le Président, vous dites que le Sénégal est prêt à juger Hissène HABRE, mais vous semblez dire que cela coûte très cher. Est-ce que vous comptez sur la France pour vous aider. Et est-ce que la France est prête à vous aider ? Une deuxième question. On apprend à l'instant que Dominique PIN, le directeur de l'entreprise AREVA au Niger, vient d'être expulsé du Niger pour atteinte à la sûreté de l'Etat. Or, vous savez que, samedi dernier, plusieurs milliers de manifestants nigériens ont accusé à la fois la Libye et l'entreprise AREVA de soutenir la rébellion touarègue au Nord Niger. Quelle est la réaction du Président SARKOZY ? LE PRESIDENT WADE – Concernant Hissène HABRE, vous savez que c'est en toute indépendance que nous avons accepté de le juger. Nous aurions pu faire comme d'autres et fuir la question. Mais nous l'avons acceptée parce que l'Afrique nous fait confiance, fait confiance à notre système judiciaire, à nos magistrats. Nos collègues ont pensé que Hissène HABRE pouvait être jugé au Sénégal conformément au droit international et dans le respect de toutes les règles de procédure, dans le respect des droits de la défense et des droits de l'accusation. Il se trouve que, malheureusement, depuis que nous avons accepté cette mission, il y a eu beaucoup de lenteurs du côté de l'Union africaine, déjà pour nous transmettre la résolution qui a donné compétence au Sénégal. Cela a été très long. Ensuite, il nous a fallu élaborer un document sur le coût de ce procès. Le premier document a été énorme. Nous l'avons critiqué. Puis, nous avons travaillé avec des ONG qui s'intéressaient à l'affaire. Et finalement, un document a été adopté comme proposition sur le coût du procès et sur le financement. Nous avions déjà le principe de la participation de la France pour le financement de ce procès. Mais ce procès, vous vous en doutez bien, va coûter beaucoup d'argent. Je pense que ce devrait être la communauté internationale qui devrait s'en charger. L'Afrique d'abord, puisque l'Afrique a dit aux Européens, disons aux Belges qu'ils n'avaient pas à se mêler de cette affaire, que c'était une affaire africaine. Donc, il faut que nous-mêmes, nous fassions ce qu'il faut pour que ce procès ait lieu, que nous participions très largement à ce financement. Mais, d'un autre côté, il y a des pays qui ont insisté pour que Hissène HABRE soit jugé. Il y a aussi les Nations Unies. Donc moi, ce que j'ai suggéré tout à l'heure au Président SARKOZY, c'est que nous proposions une sorte de commission pour encadrer ce procès, et surtout pour régler les problèmes qui se posent. Il n'y a plus de problème juridique, de compétence. Tout cela est résolu, puisque c'est le tribunal sénégalais qui est saisi. Nous nous sommes déclarés compétents pour juger Hissène HABRE. Mais il y a quand même d'autres aspects qui sont très compliqués, notamment le financement. Peut-être aurons-nous besoin de l'assistance juridique de la France, pour voir comment nous allons mener ce procès qui est quand même très compliqué. Il y aura peut-être des milliers de témoins. Il y a aura ce que l'on appelle le transport en droit pour aller à N'Djamena faire des enquêtes et peut-être en Belgique ou ailleurs. Donc, ce n'est pas une petite affaire. Je demanderai à notre ministre de la Justice de voir avec les autorités françaises comment nous pouvons avoir une aide juridique dans l'approche même de ce procès. LE PRESIDENT – Je veux dire que ce procès est essentiel. D'abord parce qu'il montre que l'impunité, c'est terminé. Et deuxièmement, parce qu'il est très important que les Africains gèrent eux-mêmes les sorties de crise de cette nature. J'en ai parlé avec la Secrétaire d'Etat, Rama YADE. Et j'ai dit au Président WADE que la France aiderait le Sénégal par des conseils techniques et par des dotations financières. Car il n'y a aucune raison que le Sénégal assume seul le poids financier de ce procès. Par parenthèses, le fait que ce soit au Sénégal que l'on juge un ancien dictateur est un hommage rendu à la démocratie sénégalaise et au rôle du Président WADE. Donc la France le soutiendra. Sur la seconde question, je vais me renseigner avant de porter un jugement définitif sur une crise dont le moins que l'on puisse dire c'est qu'elle est complexe. Question – Permettez-moi une question sans rapport avec votre déplacement ici. Comptez-vous vous rendre à l'arrivée du Tour de France sur les Champs Elysées dimanche ? Et quel regard portez-vous sur cette épreuve sportive frappée par le dopage ? LE PRESIDENT – Je soutiens les organisateurs du Tour de France parce qu'ils ont le courage de mettre dehors les tricheurs. Imaginez que je ne les soutienne pas. Cela voudrait dire que je ne soutiens pas les gens qui prennent leurs responsabilités en renforçant les contrôles anti-dopage. Arrêtons l'hypocrisie ! Cela fait des décennies que cela durait. Enfin, nous avons des gens déterminés : Monsieur Christian PRUDHOMME et Monsieur Patrice CLERC. Je les soutiens. Quant à savoir si je serai dimanche à l'arrivée du Tour de France, sachez que si je n'y suis pas, c'est que je serai devant ma télévision. Comme je suis déjà allé sur le Tour, cela n'aura pas de signification que j'y aille ou non. Mais le plus important, c'est que j'apporte tout mon soutien aux organisateurs pour débarrasser le Tour des tricheurs. Question – Ma question s'adresse au Président français, Nicolas SARKOZY. Ici, au Sénégal, quand on parle de Nicolas SARKOZY, les gens pensent immédiatement aux charters. Ici, il y a des milliers de Sénégalais qui, chaque mois, se jettent dans la mer pour se rendre en France. Quel discours tenez-vous à ces jeunes ? Est-ce que les lois contre l'immigration vont se durcir davantage ? LE PRESIDENT – Je vous remercie de poser cette question. J'aurai l'occasion de parler de tout ceci tout à l'heure, lors de mon discours à l'Université Anta DIOP. Je voudrais néanmoins vous dire une chose : vous savez, je suis comme le Président WADE, je suis franc. Savez-vous quel a été, en 2006, le pourcentage de visas acceptés par la France, par rapport aux demandes provenant du Sénégal ? Près de 83%. Peut-être auriez-vous pu poser la même question en vous félicitant également des 83% des visas qui sont accordés, car je ne suis pas sûr que tous les pays du monde fassent autant que la France. En 2004, c'était à peine plus de 60%. C'est une première remarque et c'est un premier chiffre sur lequel je vous invite à méditer. Par ailleurs, nous partageons, avec le Président WADE, la même préoccupation : le jour où toutes vos élites seront en Europe, qui construira le développement ici en Afrique ? Quand on pense qu'il y a plus de médecins béninois en France qu'au Bénin. Qui peut se satisfaire de cela ? Ce n'est pas comme cela que l'on va améliorer la santé des Africains ? Savez-vous combien nous avons d'étudiants sénégalais en France à l'instant où je parle ? Près de 10 000. C'est la nationalité la plus représentée dans nos universités. Mais à quoi cela servirait-il de les garder pour nous ? Ces étudiants formés doivent revenir au Sénégal. Nous avons d'ailleurs, avec le Président WADE, amélioré le système avec la carte « compétences et talent ». Dans mon esprit, la formation, ce n'est pas simplement les études universitaires, c'est également le droit à une première expérience professionnelle. Je voudrais dire avec force que la France n'a pas à rougir, qu'elle est très heureuse et qu'elle continuera de faire tout cela. En 2006, nous avons signé sous l'autorité personnelle du Président WADE, un accord qui a été complété par la visite du Ministre de l'immigration, de l'identité nationale et du co-développement, Monsieur HORTEFEUX, et qui fonctionne au mieux. Je crois que les chiffres que j'ai donnés interdisent toute exploitation politique sur ce sujet. La France est un pays ouvert. La France est un pays généreux. La France aime l'Afrique. La France n'a pas l'intention de piller les universités africaines. La France a le courage de parler aux Africains comme à des hommes et à des femmes d'Etat responsables. Nous ne pouvons pas accueillir tout le monde. Sur cette question de l'immigration, il y a eu beaucoup de mensonges, beaucoup d'hypocrisie. Il est facile pour des pays qui font infiniment moins que la France de donner des leçons. La France fait beaucoup et mon rôle de Président de la République française, c'est de le rappeler, à vous journalistes sénégalais, à vous journalistes français. Vous savez que je n'ai pas deux langages, je n'en ai qu'un seul. J'ai été très ému par l'accueil que m'a réservé la population de Dakar lorsque nous sommes arrivés avec le Président WADE. Mais moi, je ne viens pas en Afrique pour tenir un discours en Afrique différent de celui que je tiens à Paris. Je respecte l'Afrique et j'aime les Africains. Ma façon de les respecter et de les aimer, c'est de les écouter. C'est que j'ai fait avec le Président WADE. Il peut en porter témoignage puisque nous nous sommes vus à d'innombrables reprises lorsque j'étais ministre de l'Intérieur. J'ai écouté ses craintes et ses remarques. Par ailleurs, et vous pourrez le demander aux autorités consulaires, les listes d'attentes diminuent. Je suis très conscient des difficultés. L'Afrique est à 14 kilomètres de l'Europe et je sais parfaitement que la réussite de l'Afrique sera la réussite de l'Europe, et l'échec de l'Afrique sera le désastre de l'Europe. S'il y a un continent qui doit comprendre que nos destins sont liés, c'est le nôtre. S'il y a bien une responsabilité pour la France, c'est de faire comprendre aux Européens que les jeunes Africains ont droit au développement, à la croissance, à la formation et à l'emploi, mais pour aider leur pays, pas pour le quitter. Cela ne veut pas dire que tout le monde doit rester, ni que la jeunesse africaine est assignée à résidence. Mais comme toute les jeunesses du monde, elle doit penser à développer son pays, parce que l'Afrique se développera d'abord grâce aux Africains. Et si les Africains les mieux formés s'en vont, avec qui l'Afrique se développera-t-elle ? Et sur cette question, croyez bien que j'ai beaucoup appris du Président WADE, lorsque nous en avons parlé. C'était tout a fait passionnant. Cela m'a fait évoluer sur une question dont je n'avais pas compris la profondeur, la sensibilité et l'importance. C'est très difficile pour eux : ils veulent former leurs étudiants et leurs économies, mais ils n'ont pas encore les emplois pour les étudiants les mieux formés. C'est cela que nous voulons rompre. Question – Monsieur e Président Wade, que pensez-vous du principe de gestion concertée de l'immigration ? Est-ce réellement envisageable ? PRESIDENT WADE – Vous savez, il faut partir du principe que nous sommes des pays indépendants. Dans des pays indépendants, certaines personnes ont été élues pour défendre les intérêts du pays. Il peut y avoir des divergences, mais l'essentiel, c'est de discuter. Aujourd'hui malgré les divergences de départ, nous sommes arrivés à la même conclusion, c'est tout. Je suis contre le fait que les élites africaines aillent s'installer en France. Il ne faut pas que l'Afrique soit pillée par l'Europe ou par les pays occidentaux donc nous sommes tout à fait d'accord avec ce plan. Et il s'agit maintenant de traduire cela de manière tout à fait concrète. QUESTION – Comment voyez-vous la présence croissante d'autres pays que la France en Afrique et particulièrement dans son pré carré ? LE PRESIDENT – Je n'aurais certainement pas employé l'expression « pré carré » parce que je ne la trouve pas respectueuse. D'abord je trouve que, à l'inverse de ce que j'entends dire, c'est une très bonne nouvelle pour l'Afrique que d'autres pays que la France s'intéressent au développement de l'Afrique. Je ne vois pas au nom de quoi on pourrait porter le discours qui consiste à souhaiter le développement de l'Afrique et se plaindre que des forces nouvelles investissent en Afrique. Le « pré carré », cela n'a aucun sens. Nous avons en Afrique des amis parce que nous avons une histoire commune et il y a des pays avec qui nous n'avons pas d'histoire commune mais que nous avons intérêt à voir se développer et se stabiliser. La géographie a mis l'Europe, et donc la France, et l'Afrique en voisins. Nous voulons aider au développement de l'Afrique. Et d'ailleurs, j'ai dit au Président WADE deux choses : la première, c'est que je voulais qu'il réfléchisse et qu'il m'aide à renouveler le format du dialogue entre la France et l'Afrique pour en faire un dialogue plus fécond, plus subtil et plus franc. Par ailleurs, j'ai dit au Président WADE que ce n'était pas normal, à mes yeux, qu'il n'y ait pas un seul représentant de l'Afrique comme membre permanent du Conseil de Sécurité. Le Président WADE, une fois encore, a dit des choses très fortes sur le sujet. L'Afrique doit être représentée parmi les membres permanents du Conseil de Sécurité. L'Afrique est la jeunesse du monde : il y a 400 millions d'Africains qui ont moins de 17 ans. L'Afrique a besoin d'amis et la France est l'amie de l'Afrique. L'Afrique francophone, bien sûr, mais la France ne s'interdit pas d'avoir des amis partout en Afrique. Au nom de cette amitié, la France veut aider l'Afrique à se développer, à s'unir, à se stabiliser et à être un continent de paix. Voilà un beau projet. Je vous remercie. Mesdames et Messieurs, Je vous remercie d'avoir répondu à notre invitation dans des délais aussi brefs. Je veux d'abord dire au nom du gouvernement, du Premier ministre François FILLON, du ministre des Affaires étrangères, Bernard KOUCHNER, qui ont bien sûr suivi l'avancée des négociations, pas à pas, et même minute par minute, toute cette nuit et ces derniers jours, et de Rama YADE. Je voulais vous dire quelle était notre joie de voir la fin de ce long calvaire, qui a frappé cinq femmes bulgares, un médecin palestinien et même le mari de l'une des infirmières, qui est également dans l'avion et qui se trouvait assigné à résidence à l'ambassade de Bulgarie à Tripoli. Le mari était naturellement très bouleversé. Il a d'ailleurs été le premier, cette nuit, à gagner l'avion de la République Française. C'est d'abord un cauchemar qui se termine pour ces femmes et pour cet homme, dont chacun, en Europe, est convaincu de l'innocence et de la bonne foi. Cela faisait huit ans et demi que ces femmes et que cet homme étaient retenus contre leur gré. Ils ont vécu beaucoup de tension, puisqu'ils ont subi deux condamnations à mort et une condamnation à perpétuité. Il était temps que tout ceci se termine. Je voudrais rendre un hommage particulier au Président de la Commission européenne, qui tient en ce moment même, en plein accord avec nous, un point de presse à Bruxelles. Nous avons, avec le Président BARROSO, essayé de dénouer les fils de cette négociation compliquée en travaillant main dans la main. Je veux bien sûr remercier Benita FERRERO-WALDNER, qui est venue à Paris pour rencontrer le ministre des Affaires étrangères et moi-même il y a quelques jours, que j'ai eue au téléphone à de nombreuses reprises, et que nous avons été chercher à Bruxelles tôt dimanche matin pour participer à ce dernier voyage qui a permis de débloquer la situation. Mme FERRERO-WALDNER a fait un très bon travail. Elle a été courageuse, et je dois à la vérité de dire que la Commission et la France ont pris toutes les initiatives ensemble. Je veux donc leur rendre hommage. Je veux également remercier le Premier ministre du Qatar pour sa médiation, son intervention extrêmement importante et le geste humanitaire qui a été le sien. Je veux associer tous ceux qui ont travaillé à cette libération. La Présidence portugaise et tous ceux qui, auparavant, ont oeuvré pour qu'une solution humaine soit trouvée à ce drame humain extrêmement profond. Mes pensées vont également vers les quatre cent soixante familles libyennes qui ont un enfant atteint du sida. Il y a eu une cinquantaine de morts, et je comprends l'émotion qui règne en Libye autour de ces enfants, qu'il faut soigner, qu'il faut accompagner. Je comprends, pour les familles, la douleur que cela peut représenter. Je voudrais préciser que l'Europe et la France ont fait un travail humanitaire et politique et s'en sont tenus à cela. J'aurai l'occasion demain, avec le ministre des Affaires étrangères, Bernard KOUCHNER, d'effectuer un déplacement politique, cette fois ci, en Libye pour aider la Libye à réintégrer le concert des nations. Je dois à la vérité de dire qu'en tant que ministre de l'Intérieur j'avais pu mesurer, depuis plusieurs années, la collaboration qui était devenue possible dans la lutte contre le terrorisme. Avec la Libye, la France n'était pas, d'ailleurs, le seul pays à le constater. Vous comprendrez que je dise également que Cécilia a fait un travail tout à fait remarquable. Pour être une phrase courte, elle n'en est pas moins très sincère. Pour nous tous cela a été un dénouement très heureux. La nuit a été courte pour nous trois et, bien sûr, pour les négociateurs. Je veux également dire toute ma reconnaissance à Claude GUEANT, le Secrétaire général de l'Elysée, qui a fait un travail tout à fait remarquable, de même que Jean-David LEVITTE qui, à mes côtés, s'est investi comme toute l'équipe du Quai d'Orsay avec qui nous avons travaillé absolument main dans la main. Si vous avez des questions à nous poser, on essayera d'y répondre le mieux possible. QUESTION – Bonjour, vous parliez de Cécilia et de Claude GUEANT. Est-ce qu'on s'oriente vers une nouvelle forme de diplomatie ? M. KOUCHNER lui-même disait hier qu'il n'avait pas du tout été associé aux négociations. S'agit-il donc d'un nouveau style de diplomatie ? LE PRESIDENT – Non. C'est fantastique, cette capacité à théoriser alors même qu'il y avait un problème à résoudre. Avec François FILLON et avec Bernard KOUCHNER, nous travaillons absolument main dans la main. Les initiatives de la diplomatie française sont nombreuses. Bernard KOUCHNER, a tenu une réunion extraordinairement difficile sur le Liban, à la Celle Saint-Cloud. Nous avons organisé avec lui une conférence sur Darfour. Croyez-bien que les dossiers ne manquent pas. De quoi s'agissait-il ? Il s'agissait d'arracher cinq malheureuses femmes et un médecin palestinien à un sort bien peu enviable. Cela faisait huit ans et demi que chacun essayait de les sortir de la situation dans laquelle ils se trouvaient. Ce n'est pas une nouvelle forme de diplomatie. Il y avait un problème à résoudre, on l'a résolu, point. On ne l'a pas résolu seul, mais on l'a résolu et c'est la seule chose qui compte. Naturellement, avec Bernard KOUCHNER, nous travaillons main dans la main. Il s'agissait de femmes, il s'agissait d'un problème humanitaire, j'ai pensé que Cécilia pouvait mener une action utile. Ce qu'elle a fait avec beaucoup de courage et beaucoup de sincérité, beaucoup d'humanité, beaucoup de brio, en comprenant tout de suite qu'une des clefs résidait dans notre capacité à prendre toutes les douleurs en considération : celle des infirmières, bien sûr, mais celles des cinquante familles qui avaient perdu un enfant. Cela compte. Avec la sensibilité qui est la sienne, elle l'avait parfaitement perçu. S'agissant de Claude GUEANT, c'est mon plus proche collaborateur depuis bien longtemps, et chacun voit bien qu'un dossier qui durait depuis huit ans et demi, sans trouver de solution, n'est pas exactement une affaire que l'on peut traiter de façon classique. J'ai vu les commentaires des uns et des autres, qui étaient notamment ministres pendant deux ans et demi, au moment où cette affaire s'est déroulée. Mais s'ils avaient tant de bonnes idées, il ne fallait surtout pas qu'ils se gênent pour la résoudre, cette affaire. En tout cas, moi, j'avais dit aux Français pendant la campagne électorale, et j'avais dit le soir de mon élection, que ces infirmières étaient françaises, pas juridiquement, mais dans mon cœur. Elles étaient Françaises parce qu'elles étaient injustement accusées, parce qu'elles souffraient, parce qu'il fallait les sortir de là. A partir du moment où on a résolu le problème, il n'y a pas à théoriser sur une nouvelle organisation de la diplomatie française, le statut de l'épouse du chef de l'Etat ou je ne sais quel raisonnement. Il fallait les faire sortir, on les a fait sortir, et c'est cela qui compte. De là même façon, nous avons travaillé main dans la main avec la Commission et on a travaillé avec tous ceux qui voulaient bien nous aider. Il faut maintenant mettre du pragmatisme dans les problèmes internationaux comme dans les problèmes nationaux. Que nous demandent les Français ? Ils nous demandent d'obtenir des résultats. Je m'étais engagé sur la libération de ces femmes et de cet homme, nous l'avons obtenue en travaillant tous ensemble. Je dois dire que Madame FERRERO-WALDNER a eu un comportement absolument remarquable de courage et d'intelligence et on ne s'est pas demandé dans l'avion si c'était un avion de la République française, si c'était la place de la Commissaire quand on allait la chercher à Bruxelles ou qui faisait quoi. On a tous avancé ensemble et cette nuit, nous avons travaillé avec M. BARROSO à quatre reprises de façon tout à fait transparente. Il a eu lui-même M. KADHAFI hier, je l'ai eu a plusieurs reprises avant-hier, avant avant-hier et à chaque fois je lui expliquais le contenu de nos discussions. De même avec le Président Bulgare que j'ai eu deux fois hier et une fois encore ce matin. Ce qui compte, c'est que l'on ait des résultats, et pas la théorisation de ce qui ne se fait pas. Ce qui se faisait et qui a conduit à ce que des femmes innocentes restent en prison pendant 8 ans, il faut peut-être se demander si on avait raison de le faire comme cela. Je ne sais pas si notre organisation ne se fait pas, mais à partir du moment où elles sont sorties, il y a au moins des femmes qui sont heureuses. J'ai eu ce matin très tôt l'une des infirmières quand elles sont arrivées à l'aéroport de Tripoli. Elle parle quelques mots d'anglais. Elle m'a dit : « je suis la femme la plus heureuse du monde ». Elle ne m'a pas demandé : « quel est le statut de votre épouse ? », « comment cela se passe-t-il avec Bernard KOUCHNER ? », « avez-vous avez tenu informé François FILLON ? Et à quelle heure l'avez vous eu au téléphone ? ». BERNARD KOUCHNER – D'ailleurs, je n'ai pas dit cela. J'ai dit que ce n'était pas mon dossier, mais j'ai également dit que j'avais été associé puisqu'un certain nombre de mesures médicales avaient été prises, un voyage avait été prévu avec Madame FERRERO-WALDNER, des rencontres avec Monsieur STEINMEIER, etc.··· tout cela a aussi été préparé par le ministère des Affaires étrangères. LE PRESIDENT - C'est normal que l'on travaille ensemble d'ailleurs. Et nous irons ensemble à Tripoli. QUESTION – Vous avez remercié les uns et les autres, en France et en Europe. Est-ce que vous remerciez également le Colonel KADHAFI ? Par ailleurs, vous dites : « on a fait preuve de pragmatisme ». Est-ce que cela veut dire que les diplomates ne sont pas capables de pragmatisme, puisque c'est le Secrétaire général de l'Elysée, en l'occurrence un ancien Préfet, qui a finalisé ces négociations ? LE PRESIDENT - Mais il y avait des diplomates. Notre Ambassadeur sur place a été associé à toutes les négociations. C'est d'ailleurs lui-même qui avait reçu et accompagné Cécilia et Claude GUEANT il y a dix jours, quand ils sont allés pour la première fois à Tripoli. Et il était encore là jusqu'à une heure avancée de la nuit. C'est l'ensemble du Quai d'Orsay, avec Jean-David LEVITTE, incarnation du diplomate de qualité, qui a été associé à cette négociation et qui prépare notre voyage à Tripoli. Quant au Colonel KADHAFI, je le remercie bien volontiers d'avoir compris qu'il était important que cette décision soit prise. J'avais d'ailleurs indiqué que si elle n'était pas prise, je ne pouvais pas envisager le voyage dans les mêmes conditions. QUESTION - Monsieur le Président, précisément quelles étaient les exigences libyennes, exigences dont on a compris qu'elles ont rendu la dernière ligne droite des négociations assez dure comme vous l'avez dit hier ? Qu'est-ce la Communauté européenne et la France ont finalement accordé aux Libyens ? Le Réseau « Sortir du nucléaire », notamment, dit que la France a proposé d'aider la Libye à se doter d'un programme nucléaire civil ? LE PRESIDENT - Cela n'a strictement rien à voir. Je tiendrai des réunions cet après-midi avec Bernard KOUCHNER et le Premier ministre pour préparer mon voyage mais il m'était très difficile de faire un accord alors que je ne savais pas si les infirmières allaient être libérées. L'Europe, Bernard KOUCHNER le sait mieux que moi, s'est beaucoup investie, la France également, pour que l'hôpital de BENGHAZI puisse fonctionner avec un certain nombre de médecins français et européens. Je peux simplement vous confirmer que ni l'Europe, ni la France n'ont versé la moindre contribution financière à la Libye. J'ai eu l'occasion de remercier très chaleureusement les autorités qatariennes pour leur médiation et leur intervention humanitaire. C'est à elles de parler si elles ont quelque chose à dire sur le sujet. QUESTION – Et que pensent les Libyens de cette libération après des négociations difficiles ? LE PRESIDENT - Vous les interrogerez. Il n'y a pas que de ce point de vue que c'était difficile. C'était difficile car il y a une opinion publique libyenne, qu'il y a eu beaucoup de souffrance et beaucoup d'incompréhension. C'était très complexe parce que nous, européens, ne voulons pas reconnaître la culpabilité d'infirmières qui à nos yeux sont innocentes et qui viennent d'ailleurs d'être graciées par la Bulgarie, Etat francophone et européen. En même temps, les Libyens ont leur propre vision des choses. Quand on veut essayer de trouver une solution, on essaie d'humilier personne, et de se tourner vers l'avenir plutôt que de refaire le passé. J'ai eu l'occasion d'indiquer à Monsieur KADHAFI que la meilleure façon de se tourner vers l'avenir, de façon apaisée, c'était de régler ce problème qui était à mes yeux un préalable. QUESTION - Monsieur le Président, se tourner vers l'avenir est-ce que cela veut dire éventuellement aller jusqu'à signer des accords précis avec la Libye, des accords de coopération qui pourraient excéder le cadre simplement économique ? LE PRESIDENT - Des accords de coopération avec la Libye, j'espère que l'on en signera, bien évidemment. Je ne sui pas le seul, la France n'est pas la seule. Les Etats-Unis l'ont fait, Monsieur BLAIR s'est rendu en Libye, Monsieur PRODI lui-même s'est rendu en Libye, pour signer des accords de coopération avec l'Italie pour la gestion des flux migratoires et la lutte contre l'immigration clandestine. Je ne vois pas au nom de quoi la France serait le seul pays à ne pas signer ce type d'accord. On devrait se réjouir de voir la Libye prendre cette décision. On ne va quand même pas punir la Libye parce qu'elle a pris la décision de libérer des innocents alors que, pendant huit ans et demi, j'ai vu un certain nombre de chefs de gouvernement et de ministres s'y rendre sans que cela ne choque personne. On ne va pas m'expliquer que c'est choquant d'aller en Libye maintenant que ces personnes sont libérées alors que tant de chefs d'Etat et de gouvernement s'y sont rendus alors qu'elles étaient emprisonnées. Je ne porte pas de jugement sur la façon qu'ils ont eue de gérer leurs visites. J'ajoute que lorsque Cécilia et Claude GUEANT s'y sont rendus il y a dix jours, ils ont pris soin - et vraiment c'était très intelligent et très adapté - d'avoir une longue discussion avec les infirmières et d'aller à BENGHAZI pour rencontrer les familles d'enfants malades. Cela a beaucoup compté dans l'intelligence de la compréhension de la situation, beaucoup. C'est toujours un problème, quand on fait face à des questions difficiles, de ne voir que sa propre thèse, que sa propre façon de voir les choses sans jamais se mettre à la place des autres. C'est un problème. Je n'ai fait aucune concession sur la question des droits de l'homme. Nous n'avons rien cédé sur la non culpabilité des infirmières, et elles sont sorties. QUESTION - Avec le Colonel KADHAFI, on sait bien que rien ne se fait sans compensation, c'est impossible, donc il y a forcément eu des choses sur lesquelles vous vous êtes engagé. Je comprends votre discrétion aujourd'hui mais on aimerait bien en savoir un peu plus quand même. Là, vous ne vous voulez pas, disons, faire perdre la face au Colonel KADHAFI et dire que c'est un beau geste. Mais on voudrait des précisions. LE PRESIDENT - Madame, d'abord j'essaie de ne jamais faire perdre la face à qui que ce soit parce que ce n'est pas une bonne façon de gérer les affaires nationales ou internationales. Deuxièmement, Madame, je vous ai parlé de la médiation et de l'intervention humanitaire du Qatar mais ce n'est pas à moi de parler au nom de nos amis qataris ou au nom du Colonel KADHAFI. Adressez-vous directement à eux si vous voulez connaître leur point de vue. Si vous me posez la question « la France a-t-elle versé un euro ? », ma réponse est non. Si vous me posez la question « l'Europe a-t-elle versé un euro dans le cadre de cette négociation au-delà du protocole d'accord qui était sur la table » et que vous connaissez, que Monsieur KOUCHNER peut décrire mieux que moi, la réponse est non. Monsieur BARROSO vous le dira. Nous avons convenu, à un moment donné de la négociation, Monsieur BARROSO et moi-même, qu'il fallait faire intervenir un Etat ami. Les discussions qui ont eu lieu par la suite entre le Qatar et la Libye, deux pays arabes, ce sont des discussions qui regardent ces deux pays. S'ils veulent communiquer dessus, ils le feront eux-mêmes. A travers votre question vous suggérez que je ne suis pas un intime de Monsieur KADHAFI. Certes, je ne peux que confirmer cette information. Je ne suis pas un intime de tous les chefs d'Etat avec qui je parle. QUESTION - Quel a été le rôle concret de votre épouse ces 48 dernières heures ? LE PRESIDENT - Elle s'est rendue deux fois en Libye en dix jours et sur les 46 heures de présence sur le sol libyen, elle a eu l'occasion de s'entretenir avec Monsieur KADHAFI, de le rencontrer longuement à une reprise et de s'entretenir avec lui à plusieurs reprises. Après, dans le détail des événements, elle-même ne souhaite pas s'attarder sur son rôle et ne fera, sur le sujet, aucune déclaration. Je vous remercie.